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Vous sont proposés ici des articles, dépêches et points d’actualité en liaison avec la biodiversité et l’alimentation.


Manger sain et équitable ou encore manger frais et bio figurent au menu de nombreux Français. Pour satisfaire les papilles de ces consommateurs avertis à des prix abordables, agriculteurs, entrepreneurs et associations paysannes se sont mis au goût du jour.


Les jardiniers qui vivent la nature au quotidien sont parmi les plus sensibles à la qualité de l’environnement : Impact du climat sur les plantations, saisonnalité des plantes, utilisation de produits ... Plus que tous les autres, ils connaissent les caprices de Dame Nature, mais aussi sa préciosité et sa fragilité.
Alors mettre son jardin au vert, pur pléonasme ? Pas du tout. Retour aux sources... Le jardin écologique est d’abord une façon de penser son jardin. Ici, l’homme a cessé de dessiner la nature à sa façon et de la plier à ses désirs. La démarche se veut aussi respectueuse de l’environnement : avec le recyclage, on économise plus pour consommer moins, on évite toute pollution, et l’eau, précieuse, est utilisée comme telle.
Pourtant ils sont encore minoritaires, ceux qui ont pris conscience des dégâts engendrés par leur activité. Le chemin est long... Il y a malgré tout, de plus en plus de passionnés pour montrer l’exemple. C’est à eux que nous donnons la parole.
Charte du jardinage raisonné
A lire : « Le jardin du cheminot », Association Nationale de Jardins Familiaux et Collectifs, issue du personnel de la SNCF.
23 rue yves Toudic, 75481 Paris Cedex 10.Tel: 01.42.08.78.22 »
A visiter : Société Nationale d’Horticulture de France S.N.H.F (http://www.snhf.org/), G.N.I.S. Groupement National Interprofessionnel des Semences et des plants ("http://www.gnis.fr/"), Le G.N.I.S lance le magazine en ligne des semences végétales ("http://www.semencemag.fr"), La S.N.H.F , le G.N.I.S et l’association nationale des jardins familiaux collectifs organisent le concours national des jardins potagers télécharger le pdf, et visitez le site


Les locavores sont des consommateurs qui mangent des produits exclusivement venus de marchés locaux. Pour cela, ils sont prêts à se rendre directement chez les producteurs.


Daniel Vuillon n’est pas homme à se laisser faire. Dernier agriculteur de la banlieue d’Aubagne (Provence-Alpes-Côte d’Azur), au beau milieu d’une zone commerciale, il résiste à la pression. Pour contrer la menace d’expropriation qui pèse sur ces épaules depuis 1987, il fait appel au soutien des consommateurs : avec eux, il crée en 2001 la première Amap française, l’Association pour le maintien de l’agriculture paysanne.
Amoureux de la biodiversité
La ferme des Olivades, près de Toulon, est dans la famille de Daniel Vuillon depuis 1864. Né en 1944, le jeune Daniel suit des études scientifiques et devient professeur de mathématiques. Le souvenir de son enfance le pousse à s’intéresser à l’agronomie pour, finalement, "revenir aux sources, à la terre". A la retraite de son père, au début des années 1980, il reprend l’exploitation familiale avec Denise, sa femme. Autrefois "ceinture verte" de l’agglomération, la ferme est, depuis 1987, encerclée de hangars, de grandes surfaces et de parking. En témoigne le site des Olivades : pour y accéder, "laisser Décathlon sur votre gauche, Carrefour sur votre droite. Prendre la première route à droite après Mac Donald, direction garage Volkswagen." Une menace d’expropriation frappe alors la famille.
Au début des années 1990, les Vuillon font face et traitent avec leurs voisins. Les enseignes leur achètent leur stock. Mais en 1992, "la grande distribution" arrête la commercialisation des tomates en terre pour leur préférer celles cultivées hors-sol. "Evidemment, explique Daniel, elles sont bien rondes, bien rouges mais n’ont aucun goût. Un passionné des tomates comme moi ne peut pas accepter ça." L’homme commence alors une collection de variétés de tomates ! Non pas par opposition, mais pour "préserver la diversité de ce légume."
En 1994, le couple rencontre Alain Ducasse, chef cuisinier étoilé, qui décide de les encourager. Désormais, il ne se fournira que chez les Vuillon ! Mais Daniel veut plus. "Mon objectif était de sortir de la tourmente des grands distributeurs."
Révélation à Manhattan.
En 2000, Daniel et Denise rendent visite à leur fille qui vit à Manhattan (Etats-Unis). Qui aurait cru que la solution leur serait offerte par cette mégalopole ? Au cours de leur voyage, ils découvrent le concept CSA, Amap en français, Association pour le maintien de l’agriculture paysanne. Le producteur vend ses produits à 250 familles en direct, sans aucun intermédiaire. Les "mangeurs", eux, s’engagent à payer à l’avance leur consommation des six prochains mois. "C’est pour moi le parfait contraire de la logique de marché", constate Daniel. "C’était incroyable ! Les seuls agriculteurs qui arrivaient à survivre étaient ceux qui adhéraient au concept. Et tous pratiquaient l’agriculture biodynamique," une agriculture qui, selon son créateur Rudolf Steiner, "assure la santé du sol et des plantes pour procurer une alimentation saine aux animaux et aux Hommes".
Première Amap française en 2001
A son retour en France, l’agriculteur aubagnais lance un appel à travers la "gazette des jardins". L’association Attac y répond et l’invite à présenter l’Amap lors d’une conférence sur la "malbouffe", en plein scandale de la vache folle. Deux mois après, en avril 2001, 40 familles signent leur contrat avec Daniel et Denise, leurs "fermiers de famille".
En 2008, les Olivades se consacrent à 100 % à leurs Amapiens. Les 10 hectares fournissent en produits biologiques 210 familles, soit 850 personnes. "La menace d’expropriation existe toujours mais avec 210 familles et 5 emplois créés, ça devient plus difficile pour eux", ironise Daniel. Denise et lui ont également créé l’association Alliance Provence pour aider les agriculteurs ou les "mangeurs" à créer leur propre Amap. Un millier d’association de ce type existerait maintenant en France.


Près d’un Allemand sur deux consomme régulièrement des produits biologiques. Pour faire face à ce succès, les magasins importent du monde entier. Du coup, la filière ne sait plus à quel saint se vouer : doit-elle viser toujours plus de parts de marché ou rester fidèle à ses origines de contestation de la société de consommation ?
"J’ai commencé à faire du bio par militantisme. » Parce qu’il était un étudiant « très engagé » dans la contestation sociale des années 1970, Meinrad Schmitt décide, il y a vingt ans, de vendre des produits biologiques. « On a commencé l’aventure à quatre au fond d’un hangar minuscule, raconte-t-il. C’était une façon de dire que nous n’étions pas d’accord avec la société capitaliste. »
Aujourd’hui, l’homme est niché dans des bureaux flambant neufs à la périphérie de Berlin. Sous sa fenêtre défilent sans cesse des camions flanqués du logo de son entreprise. Terra Naturkosthandel est le troisième grossiste bio d’Allemagne. Fruits, légumes, shampoings, cosmétiques, plats préparés, plus de 10 000 références cohabitent dans un immense entrepôt. « L’économique a pris le pas sur l’idéologique, admet-il sans détour. Nous faisons des compromis que je n’aurais jamais envisagés à l’époque où j’ai commencé. »
Comme, par exemple, vendre des tomates en hiver ou même des produits surgelés. Meinrad Schmitt s’est tout de même fixé quelques limites : « Nous ne vendons pas de fraises à Noël. » Surtout, il ne livre qu’aux magasins bio, pas aux supermarchés traditionnels ou aux discounteurs comme Aldi ou Lidl. « Edeka [importante chaîne allemande de supermarchés, ndlr] nous a récemment fait une proposition très intéressante, raconte le grossiste. Avec mes cadres, nous nous sommes enfermés pendant trois jours pour en débattre. Et finalement, nous avons décliné leur offre. »
Préserver une certaine idée du bio au risque de stagner, ou gagner des parts de marché quitte à se trahir ? A l’image de Meinrad Schmitt, nombre d’acteurs du bio en Allemagne sont confrontés à ce dilemme. Car si le bio n’embrasse que 4 % du marché de l’alimentation outre-Rhin, sa croissance est vertigineuse : + 125 % ces six dernières années, + 100 % prévus d’ici à 2012. L’Allemagne constitue le premier marché bio en Europe, le deuxième au monde après les Etats-Unis. « Le bio n’est plus un produit de niche », résume Wolfram Dienel, du cabinet de conseil ÖkoStrategie Beratung.
Recettes de la grande distribution
Acheter bio est devenu un acte banal : 47 % des Allemands le font au moins une fois par mois, notamment dans les grandes surfaces spécialisées qui fleurissent un peu partout. La première du genre a ouvert ses portes en 1998 à Munich. Depuis, pas moins de cinq enseignes se disputent ce marché porteur. « Le plus grand supermarché bio d’Europe » a ainsi été inauguré l’an dernier à Berlin. Deux escalators, des linéaires bien garnis et de volumineux chariots : le LPG a planté ses 1 600 m2 de tôle au coeur du Berlin Est branché. « Je voulais offrir aux gens ce qu’ils ont l’habitude de trouver dans leur supermarché traditionnel, explique Werner Schauerte, son fondateur.
Nous sommes les premiers, par exemple, à proposer des places de parking à nos clients. Au début, ça choquait mais maintenant, c’est devenu normal. » Cheveux ébouriffés, pull trop large et parka campagnarde : Werner Schauerte n’a pas l’allure d’un homme d’affaires. Mais ce nouveau venu dans le secteur ne dissimule pas ses intentions. « Mon objectif ? Gagner de l’argent. Avec le bio, j’étais convaincu de parvenir à mes fins. »
Vendre davantage pour négocier de meilleurs prix auprès de ses fournisseurs : le directeur applique sans complexe les méthodes de la grande distribution. Dans son magasin, l’habitué des grandes surfaces traditionnelles n’est pas dépaysé : yaourts et confitures se déclinent en dizaines de parfums et l’aspect des légumes est irréprochable. « Auparavant, le client bio pouvait accepter de manger une carotte molle. Aujourd’hui, ça n’est plus possible », conclut le directeur. Car les supermarchés bios doivent aussi lutter contre la grande distribution traditionnelle qui surfe sans complexe sur la vague du bio. Aujourd’hui, 46 % des produits bios commercialisés en Allemagne passent par les rayons des supermarchés traditionnels plutôt que par ceux des magasins spécialisés. La chaîne de hard discount alimentaire Aldi est même devenue le premier vendeur de pommes de terre bios du pays.
Des hectares de blé en Bourse
L’engouement des consommateurs est tel, que les producteurs allemands sont débordés par la demande. « En 2006, la croissance des surfaces agricoles bios a atteint son plus bas rythme historique : 2,3 %, c’est insuffisant pour couvrir la demande qui dans le même temps a augmenté de 20 % », déplore Felix zu Löwenstein, patron de la confédération du secteur. L’Allemagne importe donc à grand renfort de kérosène des laitues chinoises ou des concombres bulgares. Bios sans doute, écolos forcément un peu moins… Peu subventionné par rapport à l’agriculture conventionnelle, le secteur biologique cherche d’autres sources de financement. L’an dernier, Siegfried Hofreiter a ainsi garé son tracteur devant la Bourse de Francfort. « L’agriculture bio est une affaire rentable », déclare ce paysan à la tête de KTG Agrar, qui fédère 14 000 hectares de surfaces cultivables, principalement dans l’est du pays.
Il consacre près de la moitié de ses terres au bio. Et, pour continuer à se développer et acheter davantage d’hectares, il est entré en Bourse. Une première. « Dans huit ans, 30 % à 40 % des denrées vendues en Allemagne seront estampillées bios », prophétise l’agriculteur. Objectif : produire du blé en grande quantité pour ensuite nourrir des élevages géants de poulets, eux aussi labellisés bios. Une agriculture certes sans pesticides, mais à grande échelle, loin de l’idéal des pionniers.
Grand écart
L’emblème de ce bio décomplexé est sans aucun doute la limonade 100 % naturelle : Bionade. Couleur attrayante, étiquette design et parfums exotiques, c’est la boisson à la mode. On la trouve partout, dans les boîtes de nuit branchées, comme dans les cafés alternatifs. Lors du G8 en Allemagne en juin 2007, la marque s’était opportunément proclamée « Bionade : la boisson d’un monde meilleur » le temps d’une campagne publicitaire fleurant l’utopie et les mouvements altermondialistes. Ce qui ne l’a pas empêchée de négocier en parallèle un partenariat de distribution avec McDo, le roi du hamburger. Cette alliance a fait s’étrangler quelques clients idéalistes, mais le patron du groupe Bionade assume : « Nous voulons être la boisson du peuple, assure Peter Kowalsky. Nous devons donc être présents là où se trouvent les gens. » Comprenez « partout ».
Reste que ce type de grand écart n’est pas toujours possible. L’enseigne de supermarchés bios Basic, dont le slogan proclame « Du bio pour tous », l’a appris à ses dépens. L’an dernier, elle a annoncé un ambitieux plan de développement en partenariat avec le groupe de hard discount Lidl, emblème de la grande distribution agressive. Résultat : un tollé chez les clients et les fournisseurs qui menacent de boycotter et contraignent la direction à faire marche arrière. Josef Spanrunft, directeur de Basic, a pigé la leçon : « On ne peut pas vouloir grandir à n’importe quel prix. »


Interview de Jean-Marc Carité, écrivain spécialisé dans le vin bio auteur de l'ouvrage à paraître « Mes bonnes adresses du vin bio 2009-2010 ».
Qu’est-ce que c’est le vin bio ?
Le vin bio est un produit qui ne contient pas de produit chimique ajouté, pas d’éléments de standardisation ou d’amélioration. Aujourd’hui, c’est la culture de la vigne qui est certifiée agriculture biologique (label AB), alors qu’il n’y a pas de certification agréée sur le vin. Il existe toutefois des cahiers de charge auquel les vinificateurs peuvent adhérer dans une démarche volontaire. Sur 1 500 vignerons bio en France, 300 ont adhéré à une charte privée, visant à certifier la vinification elle-même. Il existe 3 chartes qui donnent lieu à une mention à côté du label AB : la Fnivab (Fédération Nationale Interprofessionnelle des Vins de l'Agriculture Biologique), Demeter (organisme de contrôle de l'agriculture bio-dynamique) et Biodyvin (syndicat des viticulteurs en bio-dynamie). La directive bio est en train d’être réécrite au niveau européen, et le vin bio va y sera intégré. C’est une bonne nouvelle car, même si les normes peuvent être critiquées parce qu’elles sont minimalistes, elles constituent un plancher auquel tous les vins bio devront se conformer.
En bio, c’est la nature qui parle, ce qui ne veut pas dire que les vignerons bio ne se soucient pas du progrès technique. Il y a une différence entre technique et chimique : les vins bios produits aujourd’hui ne sont pas les mêmes qu’il y a 90 ans.
Pourquoi choisir du vin bio ?
On a tendance à penser qu’il n’y a rien de plus naturel que le vin. Or, un rapport coordonné par PAN-Europe, et soutenue par le MDRGF pour la France indique que tous les vins conventionnels contiennent des résidus de pesticides, même certains grands crus bordelais classés. On y a même trouvé de l’arsenic, bien que son utilisation soit interdite depuis 6 ans. Le vin bio, c’est un produit propre qui a même concilié beaucoup de consommateurs avec le vin blanc et le rosé. Les vins conventionnels contiennent un conservateur, le SO2 ou sulfites, responsable du mal à la tête qui décourageait les amateurs de vins blancs.
Le vin bio c’est un produit sain et qui se conserve bien.
Est-il bon aussi ?
Le vin bio a plus de subtilité d’arômes que le vin conventionnel. Le système racinaire de la vigne se développe verticalement descendant jusqu’à 15-20 mètres de profondeur. Si l’on tue le sol avec des produits chimiques, ces racines poussent horizontalement pour se nourrir de l’apport extérieur d’engrais chimiques. Lorsque la terre est vivante, riche en vie microbienne, les racines de la vigne descendent dans la terre et le vin fait de ses fruits exprime la richesse des arômes d’un terroir.
Le vin bio, coûte-t-il plus cher ?
Aujourd’hui, on est tout à fait en mesure de faire du vin bio, mais cela revient plus cher car, malgré les dépenses en moins pour les produits chimiques, il faut plus de main d’œuvre. Toutefois le prix du vin bio s’aligne sur celui du vin conventionnel, car il se vend dans le même réseau et pas en magasin spécialisé. Vous pouvez trouver d’excellentes bouteilles entre 5 et 10 euros et des Champagnes entre 15 et 20 euros. Pour terminer, il faut répéter au consommateur que le vin bio, c’est du vin : il a donc les mêmes quantités d’alcool qu’un vin conventionnel et par là même, il faut le consommer avec discernement.


La récente baisse des cours des matières premières alimentaires n'y changera rien, du moins dans l'immédiat. Le nombre de personnes souffrant de la faim aura augmenté en 2008. Et il dépassera le milliard d'individus en 2009, a alerté Olivier de Schutter, rapporteur pour le droit à l'alimentation auprès de l'Organisation des Nations unies, lundi 27 octobre.
"La crise alimentaire est encore là", a prévenu M. de Schutter. En septembre, l'organisation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture (FAO) avait indiqué qu'en 2008 au moins 925 millions de personnes étaient touchées par la faim, contre 848 millions entre 2003 et 2005. "Mais ces chiffres faisaient référence au début de l'année. Depuis, les estimations indiquent que 44 millions de personnes supplémentaires ont faim", a précisé M. de Schutter, qui redoute que le chiffre total d'un milliard soit dépassé début 2009. Selon lui, l'espoir d'atteindre l'objectif du Millénaire fixé en 2000 par les Nations unies - réduire de moitié la faim dans le monde d'ici à 2015 - s'éloigne.
"Les cours des produits alimentaires sur les marchés internationaux ont baissé depuis le pic de juin, quand ils étaient supérieurs de 64 % à leur niveau de 2002. Mais sur les marchés nationaux, ils restent à des niveaux historiquement élevés", relève-t-il. Cette situation a laissé des marques parmi les plus pauvres, qui ont dû réduire leur consommation alimentaire.
Pouvoir d'achat insuffisant
Pour ce juriste, le problème n'est pas la production et l'acheminement de la nourriture - la récolte 2008 devrait être exceptionnelle -, mais le pouvoir d'achat insuffisant des populations des pays en voie de développement. Il craint que l'augmentation de la production agricole ne se fasse au détriment des petits producteurs. "Il faut éviter à tout prix, sous prétexte d'augmenter les rendements, d'accroître la marginalisation des fermiers modestes et de renforcer la différentiation du système agricole au profit des seuls gros producteurs", a-t-il insisté.
M. de Schutter considère que les petits paysans, qui constituent la moitié des affamés de la planète, doivent être protégés de la volatilité des prix sur les marchés internationaux. Mais aussi des risques induits par une compétition injuste avec les agriculteurs des pays développés, dont l'activité est "massivement subventionnée".


Depuis que les produits agricoles sont devenus l'objet de spéculations financières, les cours des matières premières connaissent de grandes fluctuations. En même temps, le mécanisme des "marges arrière" creuse l’écart entre les prix à la consommation et le prix payés aux producteurs. Pour imposer un nouveau modèle de distribution, Patricia Juthiaud lance en 2002 Paysans.fr, site web de vente directe de produits agricoles. En 2008, avec ses six salariés, elle met en relation chaque semaine 80 producteurs avec 9 600 clients.
L’instabilité des prix des produits agricoles, une menace pour les revenus des producteurs
En 2007, les revenus des céréaliers ont doublé alors que ceux des producteurs de fruits ont baissé d'environ 20 %. A l'échelle régionale, si les revenus des producteurs d'Ile-de-France ont augmenté de 90 %, ceux des producteurs de Bretagne (où domine l’élevage) ont diminué de 32 % (source : Service central des enquêtes et études statistiques, ministère de l'Agriculture, 2008). En 2007, l’écart entre la valeur réelle des prix à la consommation et le prix de production des produits agricoles était de 37 points ; et seulement de 10 points pour les fruits frais (source : Assemblée permanente des chambres d'agriculture, sur la base des données Insee, 2007).
Le site web de vente directe Paysans.fr vise à instaurer des circuits courts de distribution des produits agricoles pour mieux rémunérer le travail des producteurs et les protéger des aléas des cours des denrées.
Sur des étals virtuels, un choix de 30 à 50 produits par semaine
Créé en décembre 2002 par Patricia Juthiaud, Paysans.fr est un marché en ligne distribuant en livraison directe les produits issus de l’agriculture locale française. Depuis son siège à Marmande (Aquitaine), Paysans.fr gère un catalogue saisonnier qui comprend entre 300 et 700 produits, dont 80 % certifiés biologiques.
Chaque lundi, une liste de 30 à 50 produits est publiée sur le site web : fruits, légumes, viande, poisson, fromages et produits laitiers, pain, fruits, plats cuisinés sous vide ou longue conservation, vins et bières et produits d’entretien pour la maison. Les clients titulaires d’un compte peuvent composer leur panier ou choisir l’un des paniers préconçus (couples, familles, célibataires, viande), modifier les quantités et régler leur facture par carte bancaire (ou par chèque à la livraison). Pour chaque produit sont précisés le prix, le nom du producteur, l’éventuelle appellation Bio et la région de provenance (90 % de la gamme proposée par le site est produit dans un rayon de 40 km autour de Marmande, à l'exception de certains produits typiques et des spécialités : moules, saucissons, fromages). Les clients disposent d'une semaine pour composer leur panier et passer la commande.
Le dimanche soir, les commandes sont arrêtées, le catalogue est mis à jour et les producteurs reçoivent l’exacte quantité de marchandise à livrer à la plateforme de Marmande. De là, les produits partent vers les particuliers à bord de camions réfrigérés : Paysans.fr dispose d’une flotte de trois camions pour les livraisons en Aquitaine ; pour l’Ile-de-France, les marchandises sont envoyées dans la nuit vers une plateforme froide au marché de Rungis, à partir de laquelle elles sont distribuées par une flotte de livreurs sous-traitants.
Entre Paysans.fr et les producteurs, il n’y a pas de contrats : les commandes sont négociées sur parole, trois semaines à l’avance, et le rapport peut être résilié en tout moment. Paysans.fr s’engage à payer les producteurs dans les 15 jours suivant la livraison sur la plateforme, à acheter au maximum 20 % de la production de chaque exploitation, à récupérer les emballages et à favoriser la création de groupements de producteurs. Le prix sont fixés sur la base des prix de revient, sans rapport avec le cours des matières premières. La marge pour Paysans.fr est fixée à 2,49 % pour tous les produits et est connue par les clients. Ceux-ci n'ont pas à s'engager pour une durée prédéfinie et ne sont pas obligés de commander des produits à fréquence régulière. En revanche, un minimum de 80 € par commande est imposé.
Depuis sa création, le site Paysans.fr propose chaque semaine à ses clients un produit à tester : ceux qui reçoivent une note positive par 70 % des testeurs sont inclus dans le catalogue.
Chaque semaine, 80 producteurs livrent 250 paniers
En 2008, Paysans.fr, bénéficiaire depuis 2006, compte 9 600 clients uniques pour une moyenne de 250 paniers livrés par semaine, dont 170 en Ile-de-France ; l'entreprise travaille avec un réseau d’environ 80 producteurs dont 35 maraîchers, sept fromagers, cinq éleveurs et cinq viticulteurs.
Paysans.fr livre à domicile ou sur lieu de travail en Ile-de-France, dans le Nord, le Sud-Ouest, le Sud-Est et dans les villes de Lyon, Vienne et Saint-Etienne. 90 % des commandes sont passées par le site (10 % de commande par téléphone).
Avis d'expert
"En contournant nombre d’intermédiaires, toute forme de vente directe soustrait les producteurs agricoles de la course à la baisse des prix imposée par la grande distribution. Le choix de circuits courts profite donc à l’agriculteur qui n’est pas obligé d’augmenter la surface cultivée pour conserver un revenu correct. La création de plateformes collectives desservant les producteurs dans un rayon de 30-40 km permet en plus de rationaliser la transformation, le conditionnement et les transports, tout en limitant les émissions de CO2."
Serge Villard, chargé de mission Circuits courts et alimentation de qualité pour la Fédération nationale des centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (FNCIVAM)


Alors que l'offre de produits bio reste insuffisante par rapport à la demande des consommateurs (en hausse de 10% par an), le Grenelle de l'environnement s'est fixé comme objectif pour 2012 le triplement des surfaces agricoles bio en France (aujourd'hui seulement 2% des terres cultivées respectent le cahier des charges de l'agriculture biologique),. C’est pour accélérer ce mouvement que la Foncière Terre de Liens est née en 2006 du rapprochement de l'association du même nom et de la société financière La Nef. Dans un contexte où la spéculation croissante sur le foncier et la concurrence effrénée que se livrent les agriculteurs pour s’agrandir font disparaître 35 000 exploitations tous les ans et freinent l'installation d'agricultures biologiques, l'objectif est simple : mobiliser l'épargne citoyenne pour acquérir des terres et y installer ou y maintenir des porteurs de projets agri-ruraux respectueux de l'environnement (les projets financés sont détaillés sur le site web de Terre de Liens).


Elle recense les plantes comestibles de la région cavaillonnaise.
La révélation naquit d'une rencontre. Nous sommes en 2001 et Brigitte Bergeron fréquente le Sel (Système d'échange local) où Mireille Sicard communiquait sa passion des plantes. La notion même du Sel étant de partager un savoir et de le transmettre, on peut affirmer qu'entre Mireille Sicard et Brigitte Bergeron la greffe a pris. Depuis, cette dernière sillonne la région cavaillonnaise en quête de plantes sauvages comestibles. Une quête liée à l'environnement dont la préservation constitue déjà une motivation. Mais elle recèle aussi la sauvegarde d'une connaissance qui, sans crier gare, tombe au goutte à goutte dans les oubliettes, pour ne plus jamais refaire surface. Cette connaissance, c'est celle de nos aïeux, ces miséreux qui ne se nourrissaient pas seulement d'amour, de pain et d'eau fraîche. Et qui ne soignaient pas leurs maux à la seule prière et bénédiction des bonnes étoiles. Ils arpentaient campagne et bois, et ramassaient les plantes sauvages à la saison, sachant tout de leurs valeurs nutritives et médicinales. Le tout consommation "ad hoc burger in caddie" a creusé les fosses et distillé le goutte à goutte de l'oubli. Balayant cet esprit malin des temps modernes, Brigitte Bergeron, persuadée que si le temps fuit et s'efface à jamais, doit subsister et se transmettre, en revanche, la connaissance entre les générations. Et celle reliée à la nature, don de tous les Dieux de la création, constitue un devoir pour l'homme. Elle ne le dit pas ainsi mais c'est l'interprétation que nous en faisons lorsqu'elle évoque sa passion ou, la voix légèrement brisée, ces plantes à jamais disparues de la surface du globe, victimes de la pollution et des pesticides. "S'intéresser aux plantes sauvages, c'est regarder la nature autrement" dit-elle. Avec le groupe de l'association "Un savoir oublié", Brigitte Bergeron ne fait pas qu'observer, recenser, sentir et recueillir ces plantes. Comme elles sont comestibles, elles sont cuisinées et là, pour le palais néophytes, c'est la saveur... pardon, la découverte de saveurs oubliées. Dans le tableau que nous reproduisons, Brigitte Bergeron présente des plantes, leur goût et leurs vertus. À notre tour de transmettre... par son intermédiaire!


A l'heure où le pouvoir d'achat est en berne, et où les Français sont confrontés à la hausse du coût de la vie, il est toujours possible de manger sainement pour des petits prix. A condition de préférer les marchés aux grandes surfaces et guetter les bonnes affaires au milieu des étals. Petite visite guidée au marché couvert de Levallois-Perret, près de Paris.
Florence, 39 ans, de la maison Lenoble, s'énerverait presque derrière son étal de légumes foisonnant. "Regardez ces salades, dans un mois nous les cultiverons sous serre, elles passeront donc de 0,66 euros pièce à 1 euro, c'est le moment d'en profiter!". Au marché couvert de Levallois-Perret, près de Paris, il y a toujours autant de retraités et de mères de familles ce vendredi matin. Mais les salades ne disparaissent pas plus que d'habitude. Car penser "saison" ne fait plus partie du quotidien. C'est pourtant bien là qu'on peut faire des affaires. Le kilo d'épinard, d'un vert profond et légèrement humidifié, est aujourd'hui à 2,20 euros : 30% moins cher qu'au printemps où les jeunes pousses sont plus rares, donc plus onéreuses. Comptez 3,30 euros pour que ce légume accompagne le repas de quatre personnes.
Rien de ruineux, donc, dans cette banlieue pourtant devenue chic. L'occasion, aussi, de redécouvrir les légumes négligés: un céleri-rave (1,95 euros pièce) peut constituer une purée pour quatre personnes. Quant aux carottes, à 1,60 euros le kilo, et à condition de les râper soi-même, elles deviennent quatre fois moins chères que dans le supermarché le plus proche. Petite ballade au pays où les légumes sont moins chères, enfin... à condition de se passer de tomates (5 euros). Un certain Jean-Pierre Coffe, pendant de longues années, avait déjà mené ce combat avec son fameux billet de "200 francs".
Préférer le carrelet à la sole
Aujourd'hui, avec 30 euros, soit l'équivalent, on peut encore se faire plaisir. Prenons le nouveau poissonnier du marché, qui ne désemplit pas: le merlan est à 4,90 euros le kilo, à condition de l'acheter entier, et non en filet (19,90 euros). On peut aussi préférer le cousin de la "sole française" (29 euros), le carrelet: moins rutilant, mais presque aussi bon, et affiché à... 2,90 euros. Difficile d'appliquer cette logique à tous les animaux de la mer : le homard canadien à 3 euros pièce n'aura jamais rien à voir avec son équivalent breton (28,90 euros). Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore le colinot (affreux poisson à la chair délicieuse, à cuire à la vapeur), sachez qu'une bête de 700 grammes, soit 7,5 euros, peut satisfaire trois personnes.
La question des étiquettes est le sujet vedette de tous les marchés de France depuis deux ans déjà et Levallois ne fait pas exception. "Moi, j'ai gagné des clients en clamant justement que je n'avais pas augmenté mes prix depuis 2006", explique Alain (1), fabricant venu du Perche: son chèvre sec (50 grammes) est toujours à 1,5 euros. Tous les étals trouvent une solution pour leur clientèle. "En faisant venir certains champignons de l'étranger, nous pouvons diviser le prix par trois, mais attention, nous ne le faisons qu'à qualité égale", affirme Jean-Louis, dont la famille est dans le champignon depuis trois générations. Ce matin-là, ses girolles d'Ecosse partaient à 13,95 euros au lieu de 35 euros pour des Françaises. Idem avec chanterelles suédoises: 16 euros au lieu de 30-35. Seuls les fameux ceps chinois n'étaient pas proposés, laissant les goûteux français à leurs prix de saison, toujours aussi élevés: 29 euros.
(1) Le prénom a été changé


A l'occasion de la journée mondiale de l'alimentation, jeudi, la FAO souligne qu'en un an, la faim a touché 75 millions de personnes supplémentaires. Les prix des denrées alimentairesflambent : + 50% depuis janvier.
La faim a progressé dans le monde en raison de la crise provoquée par la flambée des prix des denrées alimentaires en 2007-2008 et touche aujourd'hui 923 millions de personnes, selon les estimations de la FAO, l'agence de l'Onu pour l'Alimentation et l'Agriculture.
Quelque 923 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, soit 75 millions supplémentaires pour la seule année 2007, une hausse que la FAO attribue essentiellement à la flambée des prix des denrées et des carburants.
Environ 89% des personnes souffrant de la faim, soit 750 millions, vivent dans des pays d'Asie et d'Afrique. Dans quinze pays africains, la faim touche plus de 35% de la population.
La majeure partie des 75 millions de personnes nouvellement touchées par la sous-alimentation proviennent de la région Asie-Pacifique (+41 millions), suivie de l'Afrique sub-saharienne (+24 millions) et de l'Amérique Latine (+6 millions). Le Proche-Orient et l'Afrique du Nord ferment la marche avec +4 millions.
L'indice FAO des prix alimentaires montre une hausse de 12% en 2006 par rapport à l'année précédente, de 24% en 2007 pour exploser à 50% au cours des sept premiers mois de l'année 2008. La FAO indique que la hausse enregistrée depuis 2002 est la plus forte depuis le début des années 1970.
Il faudrait seuelment 30 milliards de dollars par an pour assurer la sécurité alimentaire et relancer le secteur agricole longtemps négligé des pays les plus touchés, selon la FAO.
Selon le PAM (Programme Alimentaire Mondial) l'aide alimentaire internationale est tombée en 2008 à son niveau le plus bas depuis 40 ans alors même que de plus en plus de pays ont besoin d’une aide d’urgence.


En ces temps difficiles, la vente directe fait de plus en plus d'adeptes. Un système qui permet de contourner les intermédiaires et qui profite à la fois aux producteurs et aux consommateurs.


Sébastien Fourmy, porte-parole d'Oxfam France, de retour des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, déplore l'écart entre les moyens mis en œuvre dans un cas et la passivité dans l'autre.
Hier à l'issue des assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, plusieurs ONG se sont inquiétées que la crise financière ait relégué les difficultés des pays pauvres au second plan. Aux côtés des représentants des pays en développement, elles ont multiplié les appels à ne pas réduire l'aide dans ces temps difficiles pour les budgets des Etats.
Ainsi, dans un communiqué, l'organisation non gouvernementale Oxfam affirme que «ces réunions ont offert un nombre de solutions scandaleusement faible pour les pays les plus pauvres. Les dirigeants mondiaux reconnaissent qu'il y a une crise mondiale de la pauvreté, mais l'ont ignorée». Or, la faim et la malnutrition ne cessent de progresser : plus de 925 millions de personnes souffrent de la faim. «Alors que le monde développé a dégagé plus de 1000 milliards de dollars en quelques semaines pour empêcher ses banques de faire faillite, il ne parvient pas à trouver 1% de cette somme pour aider les pays les plus pauvres à surmonter la crise alimentaire»,ajoute Oxfam. Entretien avec Sébastien Fourmy, coordinateur des campagnes d'Oxfam France-Agir Ici, et de retour de Washington.
L'aide au développement et la crise alimentaire ont-elles été abordées durant ces assemblées ?
La crise financière a occulté les discussions sur la crise alimentaire. On a très peu parlé agriculture, et probablement que si on n'avait pas été là, on n'en aurait pas parlé du tout !
Or la Banque mondiale est l'une des principales institutions à promouvoir depuis des années, par ses programmes d'aide, les monocultures d'exportation dans les pays du Sud au détriment de la petite agriculture familiale et vivrière. Et les pays du Sud en paient aujourd'hui les conséquences avec la flambée des prix alimentaires et la crise qui en découle.
Finalement, en insistant, on a réussi à parler d'aide au développement le dernier jour, dimanche, alors que la plupart des ministres des Finances des pays du Nord étaient déjà repartis pour aller s'occuper de la crise fnancière en Europe !
Ces derniers jours, plusieurs organisations ou experts de l'aide alimentaire se sont dit choqués par la disproportion des moyens.
En effet, il y a un écart patent entre les moyens mis en oeuvre pour tentre de juguler la crise financière mondiale et la passivité de la communauté internationale face à la crise alimentaire et humanitaire. On réussit à trouver quelque 1000 milliards de dollars pour les banques, ce qui montre que quand la communauté internationale veut, elle peut se donner les moyens d'agir vite.
Mais quand il s'agit de la faim, chacun détourne le regard. À la réunion de la FAO en juin, seuls 6,5 milliards d'euros ont été annoncés pour relancer le système agricole de production.
Trente milliards de dollars seulement permettraient de nourrir durant un an les 925 millions de personnes qui souffrent de la faim dans le monde. Bien sûr que cela ne serait qu'une solution à court terme, mais cela donne un ordre d'idées : c'est ce que nous avons expliqué aux assemblées du FMI et de la Banque mondiale.
Craignez-vous que l'aide au développement pâtisse de la crise financière, ce qui aggraverait encore la situation des pays en proie à la crise alimentaire ?
Oui, c'est une crainte. Par exemple, dans une lettre adressée en février au chanteur Bono, Nicolas Sarkorpour la terre - Des fraises au printempses qui seront celles de la France au cours des prochaines années seront soumises à l'évolution de la situation économique générale et aux délibérations du Parlement».
Il ya un risque effectivement que les pays les plus pauvres, ceux où les ménages dépensent plus de la moitié de leur revenu pour se nourrir, subissent les effets cumulés de la crise alimentaire et de la récession. Selon le FMI lui-même, 50 pays parmi les plus pauvres seront en 2009 au bord de la rupture. C'est pourquoi Oxfam insiste pour que les engagements des pays du Nord en matière d'aide au développement soient maintenus.


Tendance. Des quiches plutôt que du pissenlit et le grignotage en hausse…
Du mou, du gras, du très sucré, du trop salé, du pas assez de fruits et légumes, du bon marché, du vite fait, du devant la télé… Ce serait vraiment ça notre pain quotidien ? On prend son quatre-heures, on se débouche une bonne bouteille, et on arrête de pleurnicher sur l’air de «France ta bouffe fout le camp». Si le contenu de nos assiettes s’est un peu ébréché faute de temps, d’argent ou de savoir-faire, Brillat-Savarin n’a pas non plus de quoi se retourner dans sa tombe. La preuve par ce petit émincé de la France à table, alors que débute la Semaine du goût sur le thème : «Construisez votre goût, cuisinez !»
On est foutus, on mange déstructuré ?
Un bon petit repas équilibré, mastiqué à une table joliment dressée, à heure fixe : évidemment ce serait l’idéal… Las, les sociologues qui scrutent notre façon de manger vous assènent un concept à vous couper l’appétit, «déstructuration des repas». Une façon de souligner la montée du grignotage (19 % des Français passent désormais toute leur journée à boulotter des petites choses), le fait qu’au sein d’un même foyer 13 % des Français mangent régulièrement un repas différent et enfin que 10 % passent souvent à table chacun de leur côté en décalé. Pas terrible ce constat tiré d’une étude réalisée pour le compte du département arts de la table de l’imprononçable CPDHBJO (comité professionnel de développement de l’horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie et de l’orfèvrerie). D’autant que cette déstructuration des repas s’accompagne d’une phénoménale envolée du «snacking» avalé vite fait, mal fait.
Dans le rôle du héros le sandwich, mais désormais rejoint par une foultitude de quiches, salades, soupes à engloutir devant son ordi. Le marché est énorme (23,5 milliards d’euros) et croît trois fois plus que celui de la restauration traditionnelle, selon une étude présentée dans le cadre de l’European Sandwich & Snack Show. C’est grave tout ça ? Pour l’instant, les fondamentaux résistent. D’abord, nous nous accrochons majoritairement à trois repas par jour, alors que les Américains en sont à huit prises de nourriture quotidienne. Ensuite, si l’on ne passe plus comme il y a vingt ans, une heure quarante à table à midi, la moyenne est encore à quarante minutes. Nettement mieux que chez nos voisins britanniques. Et le dîner, selon l’Insee, reste un sacro-saint rituel. A 20 heures, la France connaît un pic de mastication : 38 % d’entre nous sont à table en famille. Pour le sociologue Thibaut de Saint Pol, le dîner des Français est un «synchronisme qui se maintient». Et quand le synchronisme va…
Qu’est-ce qu’on mange ?
Depuis les années 60, les habitudes alimentaires ont changé. Grosso modo, on mange moins de pain, de viande, de beurre et de pommes de terre mais davantage de yaourts, de produits transformés et de sucre. Pas terrible.
Dans le même temps le budget alloué à l’alimentation n’a cessé de fondre, avec une certaine accélération ces dernières années : il représentait 18,6 % en 2006 contre 19,7 % en 2005. Et quand on sait que beaucoup d’aliments chargés en calories figurent aussi parmi les moins chers, il y a de quoi s’inquiéter. Pourtant, si l’obésité est en augmentation (actuellement 16,9 %) et frappe davantage les milieux défavorisés, nous restons avec le Japon l’un des moins touchés.
A nos chers disparus…
Profonde évolution du goût ou simple mode, certaines saveurs lassent. L’amer a déserté nos assiettes. Au rayon des victimes : la chicorée, la gentiane dans l’alcool, le pissenlit.Seule l’endive a réussi à se maintenir.
«Nous n’aimons plus non plus les viandes dures, qu’il faut couper avec les dents, et vraiment mâcher», note Pascale Hébel, directrice du département consommation du Credoc. Vive le mou, paix aux muscles masticateurs, telle est la globalement la tendance. Assez régressive. Autre disparue, emportée par le manque de temps : la daube, qui cuisait toute la nuit. «On risque de perdre ce goût, car ce n’est pas comme le cassoulet que l’on peut, lui, trouver en conserve», note Pascale Hébel. Limite un drame national la mort à petit feu de la daube…
Du nouveau dans le palais
Nos papilles ont-elles de moins en moins de grain à moudre ? Pff. Pas sûr que nos grands-mères aient jamais goûté une mangue, une goyave… Sérieusement, l’exotisme a considérablement varié nos menus. Nos nouvelles saveurs de prédilection viennent majoritairement d’Asie tandis que le tex mex ne fait plus recette. Et puis il y a des revenants, selon Pascale Hébel.«Nous nous sommes ainsi mis à remanger des blettes ou de la roquette.»Enfin, depuis un an et la baisse du pouvoir d’achat «on se remet à manger des tripes, du cœur et de la langue de bœuf, du cheval». Qui a dit beurk ?


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L'éventualité d'une commercialisation prochaine en Europe d'aliments issus d'animaux créés par clonage est de plus en plus faible. La Commission européenne a rendu publics, jeudi 9 octobre, les résultats d'une enquête qui ne laissent aucun doute quant à l'opinion des citoyens européens sur ce sujet. 81 % des 25 000 personnes interrogées, en juillet, dans les vingt-sept Etats européens estiment que les effets à long terme du clonage animal sont inconnus et 84 % pensent que l'on manque de recul pour juger des conséquences sanitaires à long terme de la consommation par l'homme des viandes et laits provenant de mammifères clonés.
Selon le même Eurobaromètre, 80 % des sondés fournissent une définition correcte de la technique du clonage par transfert nucléaire, soit une reproduction quasi à l'identique d'un animal existant. Dans un domaine où les considérations éthiques l'emportent sur l'aspect sanitaire, 58 % des citoyens européens interrogés estiment que la création de mammifères (bovins, porcins, ovins et caprins) par la technique du clonage à des fins alimentaires "sera toujours injustifiable".
Plus de 43 % des Européens affirment aujourd'hui qu'ils n'achèteront "certainement jamais de tels produits". En pratique, il s'agirait cependant moins de consommer les produits venant d'animaux créés par clonage que ceux issus de leur descendance par voie sexuée. Mais 38 % des personnes sondées estiment qu'aucun des arguments de natures sanitaire ou économique qui leur ont été présentés n'est de nature à justifier la création et l'élevage d'animaux clonés - et de leur descendance - en vue de la production d'aliments destinés à l'alimentation humaine.
"Il apparaît que 86 % des personnes interrogées estiment que c'est finalement l'industrie agroalimentaire qui profiterait d'une autorisation du clonage animal en vue de la production d'aliments", précise-t-on auprès de la Commission européenne.
Ces données viennent confirmer la lecture que l'on fait, en Europe, de cette nouvelle problématique. Les députés européens se sont prononcés, début septembre, en faveur de l'interdiction du clonage de mammifères à des fins alimentaires. Les experts du Groupe européen d'éthique des sciences et des nouvelles technologies avaient émis, en janvier, un avis critique sur la commercialisation d'aliments issus - directement ou non - de la technique du clonage. Ils invoquaient notamment "les souffrances et les problèmes de santé" des animaux concernés.
Enfin, l'Autorité européenne de sécurité des aliments avait, en juillet, fait preuve d'une prudence aussi grande qu'inhabituelle, tout en reconnaissant ne disposer d'aucune donnée scientifique permettant d'affirmer que des différences existent entre les animaux clonés et ceux issus d'une reproduction sexuée. "L'enquête Eurobaromètre nous fournit des informations précieuses sur le point de vue des citoyens européens, a déclaré, jeudi, Androulla Vassiliou, commissaire européen à la santé. La Commission va maintenant examiner la nécessité de prendre des mesures, et - si oui - lesquelles."
Androulla Vassiliou ne cache pas être personnellement peu favorable au clonage des animaux à des fins alimentaires. La question est de savoir si son analyse est partagée par les autres membres de la Commission. La réponse devrait être connue début novembre, au terme d'une "discussion collégiale" réunissant l'ensemble de l'exécutif européen.


Chaque année en Europe 100.000 enfants meurent de maladies causées par l’environnement ; 70% des cancers sont liés à l’environnement dont 30% à la pollution et 40% à l’alimentation ; en France, le nombre de cancers augmente de 1,1% par an chez l’enfant et été multiplié par deux en 25 ans chez l’adulte. “Regardez autour de vous et vous verrez qu’un pourcentage important de gens qui habitent notre planète est atteint d’une maladie que la science croit liée aux facteurs environnementaux. Cette génération d’enfants est la première de l’histoire moderne à être en moins bonne santé que ses parents.”
Alors que David Servan-Schreiber vient de publier, dans le quotidien Le Monde,un appel intitulé "Arrêtons l'épidémie de cancer", c’est par ces chiffres et cette affirmation que commence l’argumentaire de promotion du documentaire de Jean-Paul Jaud, "Nos enfants nous accuseront", qui sort en salle le 5 novembre 2008. A travers une chronique de la vie dans un petit village français au pied des Cévennes, dont le maire a décidé de faire face en faisant passer la cantine scolaire en bio, le film dresse un panorama sans concession de la tragédie environnementale qui guette la jeune génération. A Barjac comme ailleurs, la population est confrontée aux angoisses de la pollution industrielle, aux "dangers de l'empoisonnement de nos campagnes par la chimie agricole (76.000 tonnes de pesticides déversées chaque année sur notre pays) et les dégâts occasionnés sur la santé publique". Objectif avoué du réalisateur : "constater les ravages, mais surtout trouver tout de suite les moyens d'agir, pour que, demain, nos enfants ne nous accusent pas." Après "Notre pain quotidien" et "Le marché de la faim", deux films sur les excès de l'alimentation industrielle sortis il y a deux ans, et après "Pesticides, Révélations sur un scandale français", le livre de F. Nicolino et F. Veillerette sur le lobby des pesticides en France, voici qui devrait contribuer à changer un peu plus encore le regard que nous portons sur le contenu de nos assiettes… et son impact sur notre santé, direct ou indirect.


Agriculteur, politicien et philosophe, Pierre Rabhi est un expert des questions de santé et de lutte contre la désertification et l'insalubrité. Pionnier de l'agriculture biologique, il pose un regard très fin sur les enjeux actuels et le chemin parcouru jusqu'ici par l'homme.
"Nous sommes la première société fondée sur la combustion énergétique", analyse Pierre Rabhi, "au point d'être devenue une civilisation hors sol". Né en Algérie et élevé en France, Pierre Rabhi a été ouvrier agricole en 1961. Les terres agricoles et la nature étaient, dès cette époque, "malmenées par de nombreuses substances toxiques", se souvient-il. Une découverte qui le pousse à se tourner vers l'agriculture biologique, mais aussi à réfléchir sur la relation de l'homme moderne avec son environnement. En 1963, il décide de retourner à la nature et de vivre dans les Cévennes, de la culture de ses champs.
Une vie de travail agricole et d'observation le conforte dans l'idée que l'homme moderne a préféré la "quête du spectaculaire" à la recherche de son bien-être.
"L'homme a confondu ses aptitudes avec son intelligence", explique le philosophe. "Il a fait de sa vie un magnifique traquenard et rendu le monde impossible, alors même qu'il était paradisiaque", s'indigne-t-il.
"Tant de gens ne connaissent pas l'origine des légumes qu'ils mangent"
Selon l'expert reconnu dans le monde, le pétrole mettra fin à la société actuelle, alors qu'il a été choisi dans le but de la construire. "Désormais, cette seule ressource est devenue indispensable au point de menacer notre pérennité", s'inquiète Pierre Rabhi. "Nous sommes devenus dépendants de ce qui ne devait être que le moyen d'atteindre nos objectifs". Un constat d'autant plus alarmant que "la maison brûle, et que j'ai l'impression que les pompiers sont en train de débattre de la couleur du seau à utiliser ou de la distance d'avec le feu".
Réaliste, mais pas résigné, il espère, malgré tout, une prise de conscience collective. "Je vois tant de gens qui ne connaissent pas l'origine des légumes qu'ils mangent ou le nom des plantes qu'ils croisent". Grâce aux nombreuses associations qu'il a créées, Pierre Rabhi anime des ateliers d'initiation à la nature, destinés au plus jeunes tout comme aux adultes.
"Solide, la nature se remettra de ce que nous sommes en train de lui faire, mais pour nous, rien n'est moins sûr". Défenseur de la terre, Pierre Rabhi propose de vivre en bonne entente, avec une conscience de la réalité : "La planète nous porte chaque jour de notre vie, nous sommes tous ses enfants".


Baisser de manière drastique la consommation de viande pour contribuer à ralentir le cours du réchauffement climatique : le discours tenu début septembre au Royaume-Uni par le président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), l'Indien Rajendra Pachauri, lui-même végétarien, avait été très commenté. Un rapport rendu public, mardi 30 septembre, par le Centre pour la stratégie environnementale de l'université du Surrey (Royaume-Uni) formule, en substance, la même conclusion.
Selon un des scénarios les plus frappants, l'humanité devrait viser, en 2050, une consommation moyenne de 500 g de viande et d'un litre de lait par semaine et par personne. Celle-ci est actuellement de 730 g et 1,5 litre rapportée à l'ensemble de la population de la planète, mais de 1,6 kg et de 4,2 litres au Royaume-Uni.
10 % des émissions Britanniques
L'étude détaille les émissions de gaz à effet de serre des diverses étapes de la production alimentaire dans ce pays, représentatif du reste de l'Europe occidentale. "Elle compte pour presque un cinquième de ces émissions, explique Tara Garnett (université du Surrey), auteur du rapport. L'agriculture y tient le plus grand rôle." Au total, la production de viande et de produits laitiers représente à elle seule environ 50 % des émissions de l'ensemble de la production alimentaire britannique, soit un peu moins de 10 % des émissions totales du pays.
La réduction des émissions du secteur alimentaire passe donc nécessairement "par une optimisation de chaque étape de la chaîne alimentaire (transport, conditionnement, réfrigération, etc.) mais aussi par un changement de nos comportements alimentaires", dit-elle.
Selon le rapport, l'hypothèse optimiste veut que les bonnes pratiques d'élevage et de nouvelles technologies permettent à l'horizon 2050 une réduction de 50 % des émissions engendrées par la production animale. Mais l'augmentation prévue des volumes en annulera le bénéfice : l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) projette en effet un quasi-doublement de la demande mondiale de viande et de lait entre 2000 et 2050.
Réduire de 50 % les émissions de gaz à effet de serre issues du bétail passerait donc par une stagnation de la production. Ce qui, à l'horizon 2050, imposerait cette moyenne de 500 grammes de viande et un litre de lait par semaine.
Cependant, prévient Bruno Dorin, chercheur au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), "nous manquons encore cruellement de données pour rendre des avis définitifs". De plus, il peut être réducteur de n'évaluer la production animale qu'à l'aune des gaz à effet de serre. "Dans les pays du Nord, les animaux peuvent valoriser des espaces qui stockent du carbone et de la biodiversité par rapport aux terres mises en culture, explique-t-il. Au Sud, le bétail est aussi un moyen d'épargne, de traction, sa production laitière une source de protéines et de lipides. Les bouses servent de combustible, ce qui ralentit la déforestation..."
Mais, au-delà de l'enjeu climatique, "les projections de la FAO sont à mon sens simplement impossibles à tenir, étant donné la pression qu'engendrerait un doublement de la production sur l'occupation des sols", estime Mme Garnett.


C'est comme une banque génétique. Depuis plus de vingt ans, le Centre régional de ressources génétiques (CRRG) est chargé de sauvegarder le patrimoine fruitier, légumier et animal de la région.
Installé à la ferme du Héron, à Villeneuve-d'Ascq, le CRRG sert d'assurance contre le développement de nouvelles maladies liées, par exemple, au réchauffement du climat.
L'histoire avait commencé au début des années 1980, grâce à une pomme, défendue becs et ongles par René Stiévenard. A l'époque, cet écologiste convaincu se met en tête de répertorier les variétés régionales en voie de disparition. C'est ainsi qu'ont pu être sauvés l'endive, nommée barbe-de-capucin, à Loos, ou encore la laitue lilloise et la carotte de Tilques, dont la commercialisation des semences est de nouveau autorisée depuis 2007.
Si des races animales, comme le cheval de trait boulonnais, restent menacées, ce n'est plus le cas de son voisin le mouton du Boulonnais ou de la vache Bleue du Nord, sacrifiés autrefois sur l'autel de la productivité agricole. Ce travail de conservation permet aujourd'hui de répertorier 1 300 variétés de fruits et 130 souches légumières. « Préserver cette diversité biologique n'est pas une lubie nostalgique. C'est indispensable pour conserver des caractéristiques agronomiques intéressantes, adaptées au terroir », explique René Stiévenard, devenu coordonnateur technique du CRRG. Un réservoir de gênes qui reste indispensable pour réagir à l'éventuelle invasion d'un nouveau parasite.
En savoir plus :


Certains établissements ont mis en place des systèmes pour offrir aux enfants des produits naturels.
On est loin du raz de marée, mais la tendance est bien là : les produits bio font une percée dans les cantines scolaires. Entre 2004 et 2007, le nombre de repas a presque été multiplié par dix. Dans ce domaine, les villes de Lons-le-Saunier (Jura) ou de Lorient (Morbihan) font figure de pionnières. Toutes deux ont introduit les denrées 100 % naturelles dans la restauration collective depuis près de dix ans. « Les crises alimentaires, avec la maladie de la vache folle, la dioxine, la fièvre aphteuse, ont constitué des éléments déclencheurs », explique Christophe Bouillaux, directeur de la restauration municipale à Lorient.
Alors que la part du bio ne représente, en France, que 0,5 % des repas servis à l'école, elle compte pour 25 % des achats de nourriture dans les cantines de la cité lorientaise. Commencée, en 1998, avec l'introduction des yaourts, la montée en puissance du bio a été très progressive et s'est ancrée, autant que possible, sur la production locale et régionale.
Certains produits 100 % naturels peuvent coûter deux fois plus cher, notamment la viande. Pour limiter les surcoûts, les services de la restauration municipale ont veillé à la composition des menus, cuisiné beaucoup plutôt que d'acheter des plats préparés, fait preuve d'une grande rigueur sur les quantités ... Au final, « les prix de revient des repas à Lorient ne sont pas plus chers que dans la plupart des communes aux menus conventionnels », assure M. Bouillaux.
A Lons-le-Saunier, l'idée de se lancer dans le bio est venue d'un problème de pollution de la nappe phréatique par les nitrates. « Pour y remédier, la ville a incité les agriculteurs à planter du blé bio dans la zone de captage, explique Didier Thevenet, directeur de la restauration scolaire. Du coup, on a décidé d'utiliser ce blé pour faire du pain qui alimente la restauration collective de la commune. »
Par la suite, un accord a été passé avec l'Ecole nationale de l'industrie laitière de Poligny qui fournit, désormais, yaourts nature et aromatisés bio pour la commune. « Avec un coût de revient entre 15 centimes d'euros et 18 centimes d'euros, ils nous coûtent moins cher que des yaourts ordinaires au lait entier », assure M. Thevenet.
Pour limiter le prix de la viande, la ville achète des vaches montbéliardes vivantes et s'occupe de les conduire à l'abattoir. A partir de septembre, pommes de terre, carottes, betteraves bio vont faire également leur apparition dans les assiettes grâce à des aides apportées à un agriculteur local.
« Faire du bio, ce n'est pas intégrer bêtement des produits sans se préoccuper d'où ils viennent, insiste Didier Thevenet. Je suis pour le commerce équitable local.» Les produits du terroir présentent un avantage majeur par rapport aux produits bio importés : limiter la pollution générée par le transport.
La ville de Brest a fait son entrée tout récemment dans le club de la restauration bio à l'occasion du renouvellement de la délégation de service public à la Sodexho en juillet 2007. « Nous avons commencé par remplacer les aliments qui contenaient le plus de produits phytosanitaires, carottes, pommes de terre, salades », explique Marc Sawicki, maire adjoint chargé de l'éducation.
Aujourd'hui, l'objectif est de raccourcir les circuits de distribution. « Les carottes que nous importions d'Italie viennent désormais du nord du Finistère », explique Thierry Velly, responsable du service périscolaire de la ville. Un travail de persuasion et de sensibilisation a également été engagé auprès des enfants, parfois déconcertés par l'apparence et le goût des produits naturels. Premier département bio de France, la Drôme a lancé, en 2004, le programme « Manger mieux, manger bio » qui concerne aujourd'hui plus de la moitié des collèges. Reste que toutes les collectivités n'ont pas la chance d'avoir des filières locales d'approvisionnement. « Il est plus simple de faire du bio à Lorient qu'à Paris, explique Jean-Jacques Azan, directeur de la restauration scolaire dans le 12e arrondissement. Nous avons connu plusieurs déconvenues liées à des ruptures d'approvisionnement. Du coup, nous avons privilégié les produits frais. » En septembre, la cuisine du 12e arrondissement renouvelle l'expérience sur les féculents bio. « Si on est livré correctement, on poursuivra sur l'année », prévoit M. Azan.
Les conclusions du Grenelle de l'environnement, qui fixent à 15 % en 2010 et à 20 % en 2012 la part des produits biologiques dans la restauration collective publique, sont-elles réalistes ? Pour y parvenir, le gouvernement a fixé l'objectif de porter à 6 %, en 2013, et 20 %, en 2020, la part de la surface agricole utile dévolue au bio. « Il n'y a pas actuellement de mesures suffisamment incitatives pour que la production conventionnelle se tourne vers le biologique », considère Eric Grunewald, de la Fédération nationale d'agriculture biologique. « L'élargissement du système d'aide est actuellement en discussion », assure Elizabeth Mercier, directrice de l'Agence Bio. En attendant, les Assises nationales de l'agriculture biologique, à Paris, le 8 octobre, seront consacrées à la restauration collective et présenteront les bonnes pratiques en la matière.


La gariguette est une fierté française depuis trente ans. Mais d'où vient la première fraise de table ? Du Chili ! Comme la pomme de terre, le maïs, le poivron ou encore la tomate, le fraisier a débarqué d'Amérique du Sud. Ce fut dans les bagages d'un espion de Louis XIV nommé... Frézier.
Qu'elles s'appellent alba, gariguette, mara-des-bois, ostara, cirafine, rappella, alpine blanche... (il en existe plus de 600 variétés), ces fraises qui envahissent nos tables en été-certaines parfumées, d'autres insipides-descendent toutes du métissage de deux belles américaines : l'obèse et blanche fraise du Chili (Fragaria chiloensis) et l'aromatique fraise de Virginie (Fragaria virginiana). Quant à la minuscule et parfumée fraise des bois européenne, elle n'a joué qu'un petit rôle. Trop petite, trop fragile à transporter. Les Romains l'utilisaient, sans la cultiver, pour en faire des masques de beauté. Au Moyen Age, on se bornait à la cultiver dans les jardins royaux ou bourgeois, pour la manger ou pour ses supposées vertus curatives. En 1368, 12 000 pieds furent ainsi plantés dans les jardins du Louvre. A la Renaissance, les hommes dégustaient la fraise des bois au vin, et les femmes à la crème. Louis XIV en dévorait jusqu'à s'en faire péter la sous-ventrière.
Quoi qu'il en soit, ne l'oublions pas : la fraise n'est pas le fruit du fraisier ! Le véritable fruit, c'est la minuscule graine à la surface de la fraise qui croque sous la dent. Ce que nous appelons fraise n'est que le réceptacle hypertrophié de la fleur.
En 1711, donc, le Roi-Soleil confie à Amédée François Frézier, officier du génie maritime, la délicate mission de se rendre au Pérou et au Chili pour, officiellement, servir de conseiller militaire aux colonies espagnoles. Le monarque vient, en effet, de placer son petit-fils sur le trône espagnol. Mais, secrètement, le roi de France charge Amédée François de rapporter le plan de toutes les places fortes et le maximum d'informations sur les colonies. Les alliances se renversent si vite ! Le 7 janvier 1712, l'espion royal embarque à bord du navire corsaire « Saint-Joseph », et, après cent soixante jours de traversée, débarque à Concepcion, au Chili. Accueilli à bras ouverts, Frézier sillonne la côte pacifique durant deux ans et demi. Or cet ingénieur de 29 ans à l'esprit digne du siècle des Lumières est un fondu de botanique. Entre deux forteresses, il visite l'arrière-pays, s'intéressant aux coutumes locales et aux plantes cultivées. C'est ainsi qu'il découvre dans les champs des fraises énormes et... blanches. Il n'avait jamais rien vu de tel en France. Bien après son retour, il écrira : « On y cultive des campagnes entières d'une espèce de fraisier différent du nôtre par les feuilles plus arrondies, plus charnues et fort velues. Ses fruits sont ordinairement gros comme une noix, et quelquefois comme un oeuf de poule. Ils sont d'un rouge blanchâtre et un peu moins délicats au goût que nos fraises des bois. » Frézier décide d'en rapporter quelques plants en France. Quand le navire regagne Marseille, le 17 août 1714, après six mois de navigation, cinq ont survécu. L'espion en remet deux à M. Roux de Valbonne, l'officier du bord chargé des réserves en eau, sans qui les plantes seraient mortes de soif. Il offre un pied à son ami Antoine Jussieu, directeur du Jardin royal (aujourd'hui le Jardin des Plantes), et un autre au jardinier de Versailles. Il garde le dernier pour lui, qu'il plantera près de Plougastel.
Coïncidence extraordinaire : ce nom de Frézier qu'il porte est une déformation du mot fraise ! En effet, un de ses lointains ancêtres, Julius de Berry, l'avait reçu en 916 du roi de France Charles III le Simple en remerciement d'un plat de fraises des bois qu'il lui avait gracieusement servi à la fin d'un banquet à Anvers. Au fil des siècles, Fraise devint Frazer, puis Frézier. Après un passage en Ecosse, la famille reviendra faire souche en Savoie.
Si donc le hasard a conduit Amédée François sur les traces de son lointain ancêtre, il lui a également joué un très mauvais tour. Croyant faire preuve de bons sens, Frézier sélectionna au Chili des fraisiers portant de gros fruits, sans se douter que ceux-ci étaient tous des pieds femelles. A l'époque, personne ne savait que les fraisiers du Chili faisaient sexe à part, et que les pieds mâles ne portaient pas de fruit. Bref, voilà donc notre espion de retour en France sans pied mâle, absolument nécessaire pour assurer la fécondation. Pendant de nombreuses années, lui et tous les jardiniers à qui il confiera des stolons n'obtiendront pas une seule fraise. Ils ont beau bêcher, biner, tailler : rien à faire. C'est rageant !
Et puis, un beau jour, c'est le miracle : des fruits blanchâtres apparaissent. D'où vient le pollen ? Certainement pas de fraisiers des bois, non compatibles. Plusieurs hypothèses circulent. La plus probable, c'est que la fécondation aurait été assurée par le pollen de fraisiers de Virginie, également à gros fruits, plantés à proximité. Cette espèce avait été introduite en Europe peut-être dès le XVIe siècle par Jacques Cartier ou par des navigateurs britanniques, tel sir Francis Drake, revenant de Virginie. Quoi qu'il en soit, le fraisier né de ce mariage chilio-virginien, le Fragaria ananassa, est considéré comme l'ancêtre de tous les fraisiers actuels non remontants. Cette fraise géante fera la fortune de Plougastel-Daoulas, dont le climat ressemble à celui de la côte chilienne. Des centaines de paysans se mettent à la cultiver, l'exportant par bateaux entiers vers Londres, qui en raffole. Paris ne découvrira cette fraise que plus tard. Mme Tallien, l'une des plus célèbres merveilleuses du Directoire, en remplissait sa baignoire pour illuminer sa carnation.
L'âge d'or de la fraise bretonne commence à se tasser vers 1875, quand plusieurs semenciers, dont Elisa de Vilmorin, créent des variétés plus parfumées, capables de s'adapter à d'autres climats. Le fraisier colonise toute l'Europe et retourne en Amérique. C'est le règne de la vicomtesse-héricart-de-thury, de la surprise-des-halles, de la cambridge-favourite, de l'elsana... Dans les années 70, la station Inra d'Avignon invente la gariguette, issue d'une hybridation avec une variété naine méditerranéenne. Plus récemment, l'établissement Marionnet fait un tabac avec la mara-des-bois. Dans leurs laboratoires, les agronomes actuels continuent à travailler sur de nouvelles variétés encore plus goûteuses issues d'hybridation avec des espèces asiatiques.
Aujourd'hui, le monde entier sucre les fraises. Il s'en cultive 3 600 000 tonnes par an. Malgré son rôle historique, la France n'arrive plus qu'en treizième position avec 1,5 % de la production mondiale. Très loin derrière les Etats-Unis, l'Espagne, la Russie, la Corée et le Japon ! Le bon Frézier s'en retournerait dans sa tombe.
A lire : « Au nom de la fraise », de Marie-Joseph Quintin-Kervella, Editions APP.
« La fraise », de Thierry Delahaye, Actes Sud. »
A visiter : Le musée de la Fraise à Plougastel (http://musee-fraise.net).»
http://www.lepoint.fr/actualites-sciences-sante/l-espion-qui-ramena-sa-fraise/1055/0/268153


L'enseigne suisse Coop vient de lancer deux produits encore inédits sur le marché suisse : du thon blanc à l'huile d'olive et des filets de maquereau à l'huile d'olive, tous deux en boîte et bénéficiant du label de pêche durable MSC (Marine Stewardship Council). Le thon blanc (l'une des six variétés de thon commercialement importantes, qui vit dans l'océan Pacifique Sud, dont la consommation est généralement recommandée avec modération compte-tenu de la surpêche) vient d'une petite entreprise de pêche centenaire de San Diego, en Californie, titulaire depuis 2007 de la certification MSC : ses 21 bateaux capturent de 3 000 à 4 000 tonnes de thon blanc par an et les poissons sont pêchés à la canne et à la ligne puis sortis un à un de l'eau - une méthode traditionnelle évitant toute prise accessoire et ne portant pas atteinte aux fonds marins. Les maquereaux sont eux aussi pêchés à la canne et à la ligne, au large de la Cornouailles, en Angleterre. Les deux produits sont transformés en Bretagne par la Conserverie Chancerelle, le plus ancien fabricant de conserves de sardines au monde, qui commercialise par ailleurs ses produits sous la marque Connétable. Au total, Coop (qui fait partie du WWF Seafood group rassemblé par l'ONG écologiste) compte aujourd'hui 21 produits MSC dans son assortiment - un engagement supérieur à celui des enseignes françaises et qui prolonge les positions prises par Coop il y a un an avec le retrait volontaire de plusieurs poissons sauvages menacés d’extinction (le mérou, la raie, le thon rouge et le beryx).


Les producteurs de fruits et légumes s’inquiètent. Avec une météo estivale plutôt bonne, leurs produits sont arrivés en quantité sur les étals des marchés et dans les rayons de la grande distribution. Mais la consommation n’est pas au rendez-vous. La loi de l’offre et de la demande a donc sévi : tomates, courgettes, concombres, melons, laitues… ont vu leur prix de vente dégringoler.
L’Interfel (Interprofessionnelle des fruits et légumes frais) parle de «cours inférieurs à la moyenne de ces trois dernières années à la même époque». L’association a ainsi publié des chiffres en début de semaine selon lesquels le prix du melon charentais aurait subi une baisse de 12 % par rapport à la période 2005-2007 ; le repli serait de 15,5 % pour la courgette, de 14,4 % pour les gros artichauts, et de 8 % pour le concombre. La tomate ne serait pas épargnée.
«D’un coup». Première responsable : la mauvaise météo du printemps, qui a retardé de presque trois semaines l’arrivée des produits saisonniers sur le marché : «Les volumes sont arrivés en quantité et d’un coup à partir du 14 juillet», explique Christophe Couteleau, commercial chez le producteur de melons le Rouge Gorge. Et qui dit arrivée en masse dit chute des prix. Malgré tout, cette dernière n’a pas réussi à aguicher le client. Des producteurs ont déjà commencé à détruire des stocks de laitue invendus. Ailleurs, ce sont des pommes d’Anjou ou des poireaux primeurs qui sont passés à la moulinette. «On a perdu 20 % de chiffre d’affaires sur les tomates et les concombres depuis janvier, estime Angélique Delahaye, présidente de la FNPL (Fédération nationale des producteurs de légumes). Je pense qu’on va perdre 15 % de consommation par rapport à l’an dernier.»
Sur la bouderie des consommateurs, chacun y va de son interprétation : «C’est la sinistrose des Français, estime Angélique Delahaye. Dans l’inconscient collectif, il y a l’idée, fausse, que les fruits et légumes sont chers et celle du manque de pouvoir d’achat.» Pour d’autres, c’est la faute à la grande distribution et aux marchés de détail : «Depuis trois, quatre ans, la grande distribution fait exploser ses marges», accuse Raymond Girardi, président du Modef (syndicat d’exploitants familiaux) du Lot-et-Garonne. «Je trouve des abricots à 6 ou 7 euros le kilo dans les rayons, alors qu’ils sont vendus par la production à 1 euro ou 1,30 euro… L’écart est insoutenable», s’indigne Pierre Veyrat, de la Confédération paysanne. «On vend à bas prix depuis trois semaines, autour de 80 cents le kilo de melon. En rayon ils ont commencé à baisser seulement la semaine dernière», corrobore un important producteur.
«Pas chez eux». La faute, surtout, au calendrier : «De juillet à septembre, on est en plein pic de production. Mais les populations se déplacent, c’est toujours la période la plus difficile», convient Bernard Gery, président de la coopérative maraîchère ValNantais. «Les gens fréquentent moins les rayons et, quand ils ne sont pas chez eux, ils mangent moins de légumes, confirme Angélique Delahaye. Par ailleurs l’activité de la restauration collective est quasiment arrêtée. Ça représente un gros manque, notamment pour des légumes tel le concombre.»
Au-delà du simple phénomène conjoncturel, certains voient pointer une crise profonde de la production française. «Ce sont des marchés qui diminuent d’année en année» , se décourage Bernard Gery pour qui la faiblesse de la consommation est symptomatique «des sociétés urbaines» : «Si vous dites à un jeune que les artichauts poussent dans les arbres, il vous croira», raille-t-il, désabusé.


Carte postale. Chaque mardi, une histoire de la mondialisation Loin du cliché tenace de peuple mangeur de saucisses, de plus en plus d’Allemands cèdent à la tentation du végétarisme. Depuis les premières enquêtes sur le sujet, il y a vingt-cinq ans, près d’un sur dix a arrêté la viande. Dans les villes, les restaurants jouent presque tous la carte végétale en proposant un menu adapté.
«Virage alimentaire». L’Allemagne vire végétarienne, d’autant plus que l’assiette sans viande pourrait devenir la nouvelle recette pour sauver le monde. C’est sérieux : dans les entrailles d’acier du Kulturpalast de Dresde, remarquable vestige de l’architecture communiste où se tenait le congrès végétarien mondial la semaine dernière, la théorie a fait l’objet d’une journée entière de discussions. «Il est grand temps de prendre le virage alimentaire», s’alarmait l’Autrichien Martin Schlatzer, qui mène des recherches sur le rôle de la nutrition dans le changement climatique. Les 700 spécialistes du végétarisme réunis à Dresde, venus de 35 pays, ont repris en chœur un argument béton : l’élevage est responsable de 18 % des émissions de gaz à effet de serre, selon un rapport de la FAO publié il y a deux ans, soit plus que les transports. «Le mode de vie végétarien est bon pour la planète», conclut Thomas Schönberger, le président militant de la fédération végétarienne allemande (Vebu). «Ceci pour la simple raison qu’il faut sept unités de nourriture végétale pour produire une unité de nourriture animale», affirme-t-il.
La théorie est simple. Comme il faut bien nourrir les bêtes avant de les manger, il faut plus d’énergie, donc plus d’émissions de CO 2, et plus de pesticides, pour produire une même quantité de nourriture lorsqu’elle comprend de la viande. Le végétarisme, en revanche, est «climat friendly». Et c’est une aubaine pour les militants. «L’argument n’est pas nouveau, mais la prise de conscience des changements climatiques joue effectivement en faveur du végétarisme, admet Thomas Schönberger. Même si ce n’est pas l’unique explication, nos adhésions ont très nettement augmenté depuis deux ans.» Le nombre de membres est en effet passé de 1 800 à 2 500. Avec les Pays-Bas et la Grande-Bretagne, l’Allemagne rejoint ainsi le peloton de tête des pays végétariens.
Carotte. «On ne fait pas aussi bien que les Européens», se désole l’Américaine Gerry Coffey, porte-parole de l’Union végétarienne internationale, à l’issue du congrès de Dresde. Les militants n’ont pas encore trouvé la carotte pour attirer d’autres pays comme les Etats-Unis sur la voie du végétarisme. Mais les Allemands sont convaincus que l’argument climatique peut en être une.


Si le thon rouge se fait rare, l'albacore, le listao et le patudo sont en nombre. Inventaire des stocks et des connaissances.
C'est l'histoire de l'arroseur arrosé. Les thoniers français, espagnols et italiens utilisent depuis au moins une décennie toutes les technologies à leur disposition pour traquer le thon rouge en Méditerranée : GPS, avions de repérage de bancs, sonars, sondeurs. Ce sont ces mêmes armes que l'Union européenne a utilisées pour confondre les fraudeurs. Les satellites ont précisément détaillé la route prise par ces imposants navires de pêche. Des thoniers français ont ainsi été pistés des semaines en mer alors qu'officiellement, ils n'avaient pas quitté le port.
Cette passe d'armes technologique est le dernier épisode de la bataille du thon rouge qui oppose les services européens aux pêcheurs méditerranéens. Les scientifiques de tous les pays tirent depuis plus de vingt ans la sonnette d'alarme. Le stock de thon rouge d'Atlantique (Thunnus thynnus) est en train de s'effondrer. La Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (Cicta) estime que le potentiel de reproduction se situe à 25 000 tonnes par an. L'instance recommande de ne pas excéder 32 000 tonnes de prises, un chiffre déjà considéré comme élevé par nombre de scientifiques. C'est en réalité autour de 50 000 tonnes qui sont prélevées tant les fraudes sont nombreuses. Ainsi, les pêcheurs français, autorisés à pêcher 6000 tonnes, frisent les 10 000. Avec le succès des sushis, la demande mondiale explose. 60% des thons rouges de Méditerranée partent vers le Japon. Pour répondre à cette demande, la flotte s'est renforcée. Avec des moteurs développant 800 kilowatts de puissance (contre 170 kW dans les années 1970), les thoniers français ont une capacité de pêche de 15 000 tonnes. Enfin, la pratique de l'embouche, qui consiste à capturer des thons pour les engraisser en mer, permet de sortir des quotas 30 000 tonnes de prises.
Si les thons rouges se répartissent largement sur la planète, la population vivant en Méditerranée est de loin la plus abondante. Celle qui se reproduit dans le golfe du Mexique est si peu nombreuse que les autorisations de prise n'excèdent pas 2500 tonnes. Les travaux de Barbara Block, de l'université de Stanford (Etats-Unis), montrent d'ailleurs qu'il s'agit de la même espèce qu'en Méditerranée, les thons étant capables de traverser l'Atlantique. Le stock de Thunnus thinnus vivant dans les courants circumpolaires de l'Antarctique est, lui, dans un état dramatiquement bas du fait de la surpêche japonaise. Quant aux thons rouges vivant dans les eaux du Pacifique Nord, après une naissance dans les eaux des îles du sud de l'archipel japonais, ils sont en si petit nombre que leur pêche est devenue de moins en moins rentable. Au total, les prises de thon rouge dans le monde ne dépassent pas 100 000 tonnes.
Si le thon fait l'ordinaire des salades d'été, c'est qu'il provient en grande partie des eaux tropicales, bien plus généreuses que nos eaux tempérées. Le poisson des boîtes de conserve appartient à trois espèces qui se déplacent autour de la ligne de l'équateur : l'albacore (Thunnus albacares) ou thon jaune, le listao (Katsuwonus pelamis), lepatudo ou thon obèse (Thunnus obesus), auxquels s'ajoute le germon (Thunnus alalunga), ou thon blanc. En 1965, on sortait des océans un million de tonnes de ces trois espèces. Les pêcheurs en sont aujourd'hui à plus de quatre millions de tonnes. «Malgré cette incroyable croissance de l'effort de pêche, les stocks ne donnent pas de signe de faiblesse, note Alain Fonteneau, scientifique à l'Institut pour la recherche et le développement (IRD). «Maintenant que nous sommes instruits de ce qui s'est passé avec les stocks surexploités, c'est le bon moment pour mettre en place une gestion durable de ces populations.»
D'abord, l'océan est vaste, et ces trois espèces, très vagabondes, sont peu enclines à se déplacer en bancs. Du coup, la rentabilité des flottes est aléatoire. Les pêcheurs utilisent des palangres (lignes à hameçons) de plusieurs kilomètres de long. Une technique bien plus sélective que les sennes (filets) utilisées en Méditerranée. Par ailleurs, ces espèces ne semblent pas avoir de période ni de lieu de reproduction fixe. «Le listao pond toute l'année n'importe où dans l'océan, constate Alain Fonteneau. C'est une force. Car le drame du thon rouge, c'est qu'il se regroupe pour se reproduire tous les ans à la même époque et au même endroit en Sicile, au large de la Libye et aux Baléares, là où le pêcheur l'attend.» Mais rien ne permet d'affirmer que les stocks de thons tropicaux ne seront pas menacés à leur tour par la surpêche. Les données de prélèvement sont encore moins précises qu'en Méditerranée, la biologie des animaux est peu connue et l'influence du milieu marin sur les conditions de reproduction reste un mystère. D'autant que les techniques de pêche sont de plus en plus efficaces. Les bateaux ne traquent plus le poisson au petit bonheur la chance. Ils exploitent désormais une invention de l'Ifremer, les dispositifs de concentration de poissons (DCP) : en plein océan, les thons ont tendance à se regrouper sous les épaves flottantes. Celles-ci sont devenues aujourd'hui des plates-formes sophistiquées comprenant un GPS. Ce qui permet de prendre plus de poisson.
Peu abondant, le thon rouge représente une faible part des prises (1,2%). En revanche, malgré une pêche en hausse, les stocks de thons tropicaux, qui constituent l'immense majorité des captures, ne s'affaiblissent pas.
Contrairement au thon rouge, qui reste relativement près de son aire de reproduction, les thons tropicaux parcourent des milliers de kilomètres à des vitesses incroyables. C'est ce que nous apprend le marquage des poissons avec des capteurs mesurant la profondeur des eaux, la lumière et la température. Trois paramètres qui permettent d'estimer leur trajet. Par ailleurs, la croissance des thons tropicaux serait également beaucoup plus rapide.
Tous les thons sont capables de descendre jusqu'à 1000 mètres de profondeur. Une prouesse nécessaire pour refroidir leur corps. Ces poissons sont en effet toujours en déplacement et doivent de temps en temps abaisser leur température musculaire.


On n’est jamais mieux servi que par soi-même…Partant de ce constat, la fine fleur de la gastronomie française a retroussé ses manches pour cultiver son jardin et donner encore plus de goût à nos assiettes.
Servi de l'entrée au dessert, en émulsion, en croûte de sel, en sorbet... Aujourd'hui, le légume est de tous les plats. Epargné par les crises alimentaires des quinze dernières années,il est devenu une valeur refuge et une référence santé. Star des menus des grands cuisiniers, il est aussi choyé qu'un bon vin. Pour être sûrs d'avoir toujours sous la main leurs produits préférés d'une fraîcheur irréprochable, les chefs sont de plus en plus nombreux à aménager leur propre potager. Diversité et économie garanties, mais au prix de beaucoup d'efforts. Bichonnés, légumes, aromates et fruits sont cultivés selon les règles du développement durable. Les jardiniers gastronomes aiment souligner l'importance d'entretenir soi-même ses semis. La qualité s'apprécie dès la sélection des graines. Certains, comme Alain Passard, le chef parisien multi-étoilé de L'Arpège, poussent le détail jusqu'à choisir la terre, plantant ainsi dans des régions différentes. Sans chercher à les imiter, inspirez-vous de l'expérience de ces as des fourneaux pour épater famille et convives.
Au début du mois de mars, Laurence Pivin, l'horticultrice qui assiste Pierre Boussereau, le chef du Jardin Gourmand à Auxerre, commence le labour des 800 m2 de terrain au motoculteur, «car la fraise tasse trop le sol». Durant huit-neuf mois, son potager une douzaine de kilomètres de la ville, couvre environ 70% des besoins du restaurant. Plus à l'ouest, Alain Passard exploite, lui, deux sites : Le Gros Chesnay à Fillé-surSarthe et un autre à Buis-sur-Damville dans l'Eure. Depuis 2002, c'est une jument percheronne qui laboure Le Gros Chesnay orienté plein est. «Afin, explique-t-il, de conserver au mieux la vie organique naturelle. Le cheval ne tasse pas la terre, fournit un bon engrais de crottin et ne pollue pas.» Les différents travaux se font à la main et les pesticides et autres engrais chimiques sont remplacés par l'ortie et le compost bio.
Même principe chez Reine Sammut, à la tête de l'auberge de La Fenière dans le Luberon. Ses employés recyclent leurs déchets dans deux bacs différents, l'un pour les débris carnés et l'autre pour les épluchures. Julie Larcher, qui gère les 8000 m2 du potager, tient compte du calendrier lunaire pour jardiner et travaille par associations : la tanaisie (plante du bord des chemins) est installée en bout de rang ou employée en purin pour lutter contre les pucerons et les acariens du fraisier. Là aussi, on accorde une attention particulière aux graines. Tout comme chez Jean-Luc Rabanel, chef de L'Atelier à Arles, où les semis sont planifiés. Au potager du mas du Grand Pan, l'une des deux serres offre ses 600 m2 à la préparation des précieuses semences issues, pour la plupart, de recherches menées par les jardiniers du semencier Coquelibio.
Dans le potager 100 % biologique de Jean-Lue Rabanel, le potiron 'Bleu de Hongrie' côtoie la betterave rouge 'Noire d'Egypte' et le liseron thaï, dont les feuilles délicates constituent un excellent accompagnement. Chez Reine Sammut, la bourrache officinale est à l'honneur. Ses fleurs étoilées blanches au goût de concombre se marient à merveille avec son tartare de maquereau. Quant à Pierre Boussereau, il sert de la moutarde de Chine à feuilles de chou rouge avec une bisque d'écrevisse froide. Si le Château Belmont, l'établissement de Jean Bardet, à Tours, est aujourd'hui fermé, son potager est toujours riche de trois cents pieds de tomates dont la 'Noire de Crimée'. Une variété à la chair ferme rouge-brun particulièrement appréciée par Ludovic Laurenty au Château de Pray, un hôtel-restaurant proche d'Amboise.
Pour parvenir à cette symphonie olfactive, gustative et visuelle, ces princes des quatre saisons manient la binette avec la même rigueur que leur batterie de cuisine. Rien n'est laissé au hasard, à chaque sol ses préférences. Michel Guérard, des Prés d'Eugénie, dans les Landes, où le thermomètre descend parfois jusqu'à - 10 °C, avoue que le terrain assez lourd convient mal aux plantes de milieu sec comme le thym, qu'il doit renouveler périodiquement. «Certains produits sont plus à l'aise dans la terre de Sarthe, très sableuse, que dans l'Eure,où le sol est lourd et argileux », précise Alain Passard, qui vient d'acquérir un autre potager en baie du Mont-Saint-Miche! pour profiter des influences marines. Largement autonome grâce aux 25 tonnes de légumes, aromates et fruits produits chaque année, il cultive comme les paysans d'antan. Des haies bocagères d'essences locales font barrage aux vents dominants tout en abritant la faune. Du crin de jument est mis à la disposition des oiseaux pour les aider à construire leur nid. Un fouillis de ronces et d'herbes folles offre un abri aux hérissons, friands de limaces, pour attendre la nuit et démarrer leur festin de batraciens, issus de la mare qui participe elle aussi à l'écosystème. Des pots en terre dans lesquels patientent des perce-oreilles, grands amateurs de pucerons, sont accrochés dans les pommiers.
Reste à gérer un impératif de taille : produire assez pour ne pas manquer, en évitant la surproduction. Jean Bardet se souvient encore de son premier potager où poussaient soixante-douze variétés de piments. «A l'époque, cette surenchère générale dans la culture me coûtait très cher. » Ainsi, cultiver son potager permet aussi de réaliser des économies. «Le passage à l'euro, et l'augmentation du prix des denrées qui en a découlé, fait qu'il est désormais rentable de ravitailler le restaurant avec nos propres cultures», souligne Pascal Lombard, chef des Glycines, un Châteaux & Hôtels Collection situé aux Eyzies-de-Tayac-Sireuil, dans le Périgord. De plus, il constitue un patrimoine pour demain à forte valeur ajoutée. «Je suis persuadé que, dans dix ans, on parlera des légumes comme de certains grands crus», affirme Alain Passard. Certes, en attendant, retenons le conseil de Jean Bardet : «Un beau jardin ne se construit pas comme cela. II faut savoir s'asseoir, rêver, prendre du recul et laisser faire les années...»
A lire : Retrouvez ces chefs dans « Potagers de chefs»,
l'ouvrage de Patrick Chateau, illustré par les photos de Virginie Klecka (éd. Rustica, 27,50 €).»


Scarlette Le Corre est la première femme marin-pêcheur de France. Ancrée au Guilvinec, en pays bigouden, elle s’est tournée vers l’algoculture pour occuper les mois d’hiver pendant lesquelles elle ne peut pêcher. Face à la crise qui touché la profession, elle prone la transformation et la valorization des produits de la mer.
Cinq heures du matin. Lever. Elle mange deux tartines d'algues dans la voiture en allant au port.
5 h 30. Elle embarque à bord de son petit bateau Mon-Copain-JP (en l'honneur de son mari Jean-Pierre) pour aller mettre les filets à rougets en pêche et virer (relever) les filets à soles le long de la côte, à quelques milles du Guilvinec.
7 heures. Elle ramène les soles au port, les met en caisses et repart relever les filets à rougets.8 h 30. De retour à quai avec les rougets, elle range sa pêche pour aller au marché.
9 heures. Elle installe sa remorque - étalage au bourg de Penmarch à côté de la boucherie. Elle va vendre jusqu'à midi araignées, vieilles, rougets, maquereaux, soles, lieus jaunes, tacauds, carrelets, etc., selon la marée du jour.
12 heures. Retour à la maison avec la remorque et déjeuner.
13 heures. Sortie en mer pour virer la dizaine de filets (50 mètres chacun) à soles qui restent. Elle ramène d'autres installations car on annonce mauvais temps.
15 30. Retour au port, déchargement du bateau.
16 h 30. Elle va à sa boutique pour préparer la séance de démonstration et de dégustation d'algues.
17 heures. Début de l'atelier avec trois couples de touristes qui ont payé trois euros par personne pour la leçon.
19 heures. Nouvelle sortie en mer pour poser les filets à soles et à rougets. 20h 30. Retour à la maison pour dîner.
21 h 30. Elle embarque une nouvelle fois pour relever les filets et ramener la pêche, rangée et conditionnée au froid pour la nuit.
23 h 15. Elle regagne sa maison pour dormir.
« C'est une journée ordinaire et encore je n'ai pas fait tout ce que je voulais. » Scarlette Le Corre, 52 ans, est la preuve vivante que les piles Duracell sont bien peu de chose en matière d'énergie et de résistance. Cette petite femme au nez pointu, musclée comme un taureau de combat, cheveux courts et langue agile, est la première femme marin-pêcheur de France, ancrée au Guilvinec en pays bigouden. Mère paysanne, père militaire devenu goémonier, Scarlette ne ratait pas une occasion de l'accompagner en mer. Après quelques études, quelques voyages, trois enfants et une expérience de bar-restaurant, elle choisit la pêche en 1983. « Les affaires maritimes n'y ont pas vu d'inconvénient. Ils savaient que je connaissais la mer. » Seule à bord de son premier bateau, elle se livre à la petite pêche près des côtes et obtient les brevets professionnels indispensables. De mi-avril à fin septembre elle passe chaque jour dix à douze heures en mer. «Jusqu'en 1992 le poisson se vendait bien, mais avec l'ouverture du marché européen à la concurrence mondiale, les prix se sont écroulés. Déjà les pêcheurs ne pouvaient plus acheter le gazole. » Scarlette les a fait descendre dans la rue.
Déléguée au comité local des pêches, elle fut la meneuse des manifestations. Deux mois plus tard, celle que la presse locale appelle «la pasionaria du Guilvinec » se retire du mouvement, en désaccord avecl'attitude de ses collègues.
Elle a pressenti la crise et se tourne vers l'algoculture pour obtenir un complément de ressources et occuper les mois d'hiver durant lesquels elle ne peut pêcher. Titulaire du brevet professionnel agricole et maritime, option productions aquacoles, elle démarre la culture en 1992 avec des semences de Seaweed (SaintMalo) qui grossissent, enroulées sur des cordes flottant entre deux eaux. «Ici nous avons les meilleures algues du monde car elles ne sont pas polluées. » Convaincue de leurs bienfaits pour l'organisme humain, elle cultive le wakamé et récolte la laitue de mer, la dulse, la porphyra, le kombu et les haricots de mer. Au début elle les vendait brutes mais elle a rapidement compris que «ceux qui gagnent de l'argent sont ceux qui font de la transformation et de la plus value».
Depuis des années le grand mot de Scarlette c'est « valorisation ».
A commencer par celle du poisson. Lorsqu'elle relève son filet, elle garde tout sur le pont, au contraire des gros bateaux qui, sur un trait de chalut de cinq tonnes, en rejettent deux tonnes à l'océan, minimisant souvent ces quantités sur les livres de bord. Scarlette transforme les tourteaux en bisque, les maquereaux en filets ou en rillettes et tous les petits poissons ou étrilles en soupe. Les plus belles pièces et les meilleures espèces sont vendues directement au marché et le surplus à la criée de Saint-Guénolé où «les mareyeurs font la différence entre le poisson de petit bateau et celui de chalut, pas comme ceux du Guilvinec ». Elle est d'ailleurs à l'origine de la petite etiquette orange qui mentionne «bar de ligne » aux étals des poissonniers.
Les algues sont proposées fraîches, salées ou traitées de multiples façons, avec ou sans sel pour les régimes : tartare marin aux huiles ou au vinaigre de cristesmarines, mayonnaise, moutarde, court-bouillon, tisane, confiture, etc. Grand maître de la Confrérie des saveurs de l'océan Atlantique, elle anime des ateliers culinaires pour sensibiliser le public aux algues. «Je ne fais pas de la cuisine gastronomique. Ma cuisine est simple. Je montre le ba. ba de ce que l'on peut faire. Après, c'est à l'ingéniosité de chacun déjouer. «Les participants repartent ravis avec les produits de Scarlette dans leur cabas. Conférences; séminaires, salons gourmands, elle n'arrête jamais parce que «pour vivre de la mer il n'y a pas d'autre solution. Il faut retrousser ses manches et travailler. Intelligemment de préférence ». Lors des dernières protestations elle est restée «calme » car «je n'étais pas d'accord». «En 1993 c'était la chute des prix du poisson qui empêchait de payer le gazole. Aujourd'hui c'est l'inverse : la hausse du gazole empêche d'aller chercher le poisson. Réinjecter de l'argent ne sert à rien. Il faut que les pêcheurs acceptent de se remettre en cause et de modifier compIètement leur façon de travailler. »
De même qu'il existe une agriculture durable, Scarlette milite pour une pêche durable et une économie littorale avec des petites entreprises de transformation des produits. La qualité plutôt que la quantité dans le respect de la mer et des pratiques. Le succès de sa PME, dont le chiffre d'affaires annuel est équivalent à celui d'un chalutier, démontre que c'est possible. A condition de se retrousser les manches et de travailler mieux pour gagner plus.
En savoir plus : Atelier-boutique de Scarlette Le Corre, 11 bis,
rue du Général-de-Gaulle, Le Guilvinec (Finistère).
Ouvert du mardi au samedi. Tél : 02 98 58 78 98 ou 06 15 17 80 56.
Atelier des algues tous les lundi et jeudi à 17 heures en juillet-août (3 €).»


Washington - A report by the United Nation's Food and Agriculture Organization (FAO) has stated that 18 per cent of greenhouse gases are coming from animal agriculture - meat and dairy, used in making burgers.
According to Environmental News Network , the 408-page report states that what many people are eating is contributing more to global warming than the entire transportation sector of the United States.
The report said that the Earth, and all who reside here, are in grave peril like never before. It added that everybody has a moral, ethical responsibility and imperative to face up to the truth, even if it means changing their daily habits.
There has never been a time in man's existence when it is so critical to move away from the Standard American Diet (SAD) and embrace an Earth-friendly and sustainable plant-based diet - a vegan diet, the report said.
By switching to a plant based diet, mankind will instantly eradicate nearly 20 per cent of the global warming problem.
If that isn't amazing enough, this simple yet profound change would greatly curtail further deforestation, top soil erosion and even the ever-worsening tainting of the world's waters. Also, high cholesterol and heart disease, hypertension, obesity, adult-onset diabetes, kidney disease and many cancers would virtually disappear.
But, the great news is that people don't have to give up on eating burgers, they just have to make them from plant-based ingredients.
Veggie burgers have the taste, smell and texture of the traditional burger, but without the harmful ramifications.


Selon une expertise collective pilotée par l'Institut national de la recherche agronomique, l'agriculture moderne a «oublié la composante biologique».
La biodiversité diversité des écosystèmes, des espèces et des gènes a une valeur économique encore bien difficile à chiffrer. Les sommes avancées dans ce domaine sont toujours très contestées. L'exercice a néanmoins le mérite de montrer que les services du monde naturel à l'économie, même s'ils sont gratuits, sont néanmoins bien réels et qu'il est important de les préserver.
Le mois dernier, une étude commandée par le ministère irlandais de l'Environnement a montré que la biodiversité «rapporte» chaque année 2,6 milliards d'euros au pays, un chiffre vraisemblablement sous-évalué de l'avis même des rapporteurs. Selon eux, les plus gros contributeurs naturels à la richesse nationale sont les vers de terre avec un apport estimé à 700 millions d'euros par an. Ces annélides recyclent, en effet, les déchets végétaux, aèrent les sols et les fertilisent gratuitement avec leurs déjections.
Les ministères français de l'Agriculture et de l'Environnement n'ont pas choisi l'option pragmatique irlandaise. Dans la foulée du «Grenelle de l'environnement» qui a mis en avant la nécessité de freiner les ravages de l'agriculture intensive sur la biodiversité, ils ont demandé à l'Institut national de recherche agronomique (Inra) de faire une «synthèse critique» de tout ce que la littérature scientifique internationale a produit, notamment sur les bénéfices que la biodiversité peut apporter à l'agriculture. Cette «expertise collective», intégrant des chercheurs d'autres établissements et d'autres disciplines que l'agronomie, devrait être prochainement publiée. Ses grandes lignes ont été présentées lors d'un colloque qui s'est tenu récemment au ministère de l'Écologie.
«L'agriculture intensive s'est construite après la Seconde Guerre mondiale en s'affranchissant de la biodiversité. La vision s'est focalisée sur les flux de matières (engrais, traitements phytosanitaires, NDLR ) et on a oublié la composante biologique» , explique Xavier Le Roux, le chercheur de l'Inra qui a piloté l'expertise. Il fallait avant tout produire pour nourrir les populations. Pas étonnant donc qu'il ait fallu attendre longtemps avant que la préservation de la biodiversité et plus largement les impacts environnementaux soient pris en compte. Cela explique aussi pourquoi la recherche sur les liens entre l'agriculture et la biodiversité est elle aussi encore balbutiante.
Jusqu'à aujourd'hui, le seul travail d'envergure a été l'«Évaluation des écosystèmes pour le millénaire» («Millenium Ecosystems Assessment»). En dehors de cette étude commandée par l'ONU, «les connaissances sont morcelées entre plusieurs disciplines et les échelles spatiales très disparates», souligne Jean-Roger Estrade, d'AgroParisTech.
L'expertise de l'Inra a surtout valeur d'alerte. Prendre en compte le monde naturel, ce n'est pas retourner à l'agriculture d'antan. Cela nécessite au contraire un bagage technique important. «Il ne suffit pas de mettre un peu plus de biodiversité et un peu moins de pesticides dans son exploitation pour que l'agriculture soit durable», résume Xavier Le Roux. C'est le message subliminal de l'expertise de l'Inra destiné à l'ensemble du monde agricole. Les changements doivent être rapides pour préserver ce qui n'a pas été détruit. La parcelle ne sera plus le champ clos de l'agriculture de demain. Il faudra aussi tenir compte de ce qu'il y a autour et au-delà. Une thématique que la ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, vient d'ailleurs d'intégrer au volet recherche du «Grenelle de l'environnement», suite aux recommandations du comité opérationnel présidé par Marion Guillou, la présidente directrice générale de l'Inra.


Les indications géographiques ont le vent en poupe : dans le contexte actuel de vive concurrence, elles confèrent à un produit une valeur ajoutée majeure. Au cours d’une formation de deux semaines co-organisée par le Cirad, près d’une vingtaine de professionnels issus de treize pays ont pu s’imprégner de l’expérience française des appellations d’origine contrôlée.
Quelle procédure pour mettre en place une indication géographique ? Quels sont les acteurs concernés ? Quel est le rôle de l’Etat ou du soutien public ? Comment identifier les produits susceptibles de revêtir une indication géographique ? Quelle est la place du marketing dans le processus ? Ou encore l’engagement nécessaire des différents acteurs ? Enfin, comment maximiser l’impact sur le développement rural et les conditions de vie des producteurs ruraux? Pour les dix-huit participants à la formation Geographical indications (Gis) : a way forward for local development, deux semaines n’ont pas été de trop pour s’enquérir de tous les éléments nécessaires à la mise en place d’une indication géographique.
Venus de treize pays pourvus de systèmes d’indications géographiques à des stades très variés, ces professionnels ont bénéficié à la fois de sessions théoriques menées par des experts de diverses origines et de visites sur le terrain dans la région du Sud de la France. Ils ont ainsi découvert in situ l’histoire et l’organisation d’une appellation d’origine contrôlée française au travers de quatre visites : à Pinet où est vinifié le célèbre Picpoul, dans les Cévennes auprès de producteurs de volailles, à Nyons, berceau d’une huile d’olive renommée, ou encore à Roquefort dont le fromage n’est plus à présenter.
La formation Geographical indications (Gis) : a way forward for local development a eu lieu du 12 au 23 mai 2008 à Montpellier et dans la région Languedoc-Roussillon. Elle été organisée par l’unité mixte de recherche Innovation (Cirad, Inra, Montpellier SupAgro), Agridea-Lausanne et l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) avec le soutien du ministère de l’Agriculture et de la Pêche, de l’Agence française de développement (AFD), de l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle en Suisse et de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI).
Vidéo : Immersion dans les indications géographiques à la française :
l’exemple de l’huile d’olive de Nyons
http://www.cirad.fr/upload/fr/actualite/videos/formationIG/visiteNyons.html
Source, contact et en savoir plus : Immersion dans les indications géographiques à la française : l’exemple de l’huile d’olive de Nyons
http://www.cirad.fr/fr/actualite/communique.php?id=965


Avez-vous entendu le buzz ? Ce n'est pas une rumeur, c'est vrai. C'est le bourdonnement des abeilles au théâtre du Merlan, dans le 14e arrondissement de Marseille. Le plasticien Olivier Darné y a posé fin avril sept ruches sur le toit, au milieu des tours alvéolaires des quartiers Nord. « Je fais de l'apiculture punk, plaisante-t-il. J'explore l'écosystème urbain à travers le butinage. Les abeilles nous racontent la ville, sa géographie, sa densité, sa flore, sa carte gustative... On la croit minérale, mais elle est truffée d'interstices de nature. Elles mettent aussi en pot la dimension sociale de Marseille, lieu d'accueil des communautés et cité portuaire : ce sont les allers-retours des hommes et des marchandises qui pollinisent l'espace, en brassant quantité de graines. »
Les 300 000 travailleuses, parfaitement acclimatées à la voie rapide et au centre commercial, vagabondent dans un rayon de trois kilomètres sur les balcons, dans les massifs municipaux, dans la garrigue et les friches de la L2, envahies de coquelicots et de pissenlits. Elles font leur miel de la ville. Du concentré de pollution ? Pas du tout. « Il règne une biodiversité supérieure à celle des champs, loin des monocultures et des pesticides. Les ruches produisent quatre à cinq fois plus et les arômes sont beaucoup plus com- plexes », assure l'artiste.
L'expérience parisienne, menée depuis 2000, a fait apparaître 250 pollens de fleurs, contre une quinzaine dans les plaines de la Beauce. Quel sera le goût de Marseille ? Les trente premiers kilos de ce nectar de béton, « le butin de la cité » selon l'expression d'Olivier Darné, ont été recueillis début juin. Le miel a servi aux dames du centre social des Rosiers (14e) pour confectionner des pâtisseries. Selon Mahdi Sadelli, apiculteur associé à l'opération, l'or des barres avait « des parfums de romarin, de thym, de ciste et de tilleul ». Pour la prochaine récolte, il prédit des saveurs plus prononcées en provenance des bacs à fleurs municipaux.


L’INRA a présenté les résultats de la prospective sur les nouvelles ruralités en France à l’horizon 2030 lors d’un colloque public à Paris le 10 juillet 2008. Cette étude a été conduite par l’Institut avec le concours d’un groupe d’experts pluridisciplinaires (agronomes, géographes, écologues, économistes, sociologues, …). A l’aide de quatre scénarios d’évolution possible, elle apporte un éclairage pour les acteurs et les pouvoirs publics, sur l’évolution de la ruralité dans les territoires et ses conséquences pour l’agriculture.
A partir des tendances lourdes et des signaux faibles des évolutions en cours, la prospective explore les futurs possibles des territoires à l’aide de quatre scénarios qui illustrent les effets potentiels de plusieurs facteurs : mobilité villes-campagnes, dynamiques économiques dans les campagnes, gouvernance des territoires ruraux, ressources naturelles et patrimoniales :
Deux scénarios s’appuient sur des évolutions déjà en cours et les amplifient : périurbanisation dans un cas, développement de mobilités ville-campagne dans l’autre. Les deux autres scénarios sont des scénarios de rupture basés sur une crise énergétique dans un cas, sur une gouvernance territoriale forte dans l’autre.
Cette prospective montre que les espaces ruraux sont loin d’être voués au déclin : de nouvelles formes de ruralité apparaissent et sont étroitement liées aux dynamiques urbaines, produisant une géodiversité des territoires. Elle illustre combien les systèmes agricoles et alimentaires seront influencés par ces dynamiques urbaines et comme celles-ci, en retour, peuvent être infléchies par une participation des acteurs agricoles à une gouvernance territoriale forte. Les premiers débats au sein de l’INRA autour de cette prospective ont fait apparaître le besoin de développer une approche comparative des ruralités et des urbanités dans le monde, ou encore d’étudier et comprendre les déterminants des représentations de la nature dans la société.
Après la prospective sur l’évolution de l’agriculture après 2013 et les premiers résultats de la prospective sur les systèmes agricoles et alimentaires mondiaux à l’horizon 2050, cette prospective sur les nouvelles ruralités en France à l’horizon 2030 apporte un nouvel éclairage pour l’orientation de la recherche agronomique et les réflexions des acteurs et pouvoirs publics.
Etalement des grandes villes, intenses mobilités des résidents périurbains, agriculture localisée dans les interstices de ce tissu métropolitain, développement d’espaces naturels sanctuarisés.
Très grande mobilité ville-campagne des individus ; territoires ruraux attractifs pour des flux d’urbains ; multiplication des usages de ces espaces, parfois source de conflits ; l’agriculture a un rôle essentiel d’entretien des paysages et de gestion des écosystèmes.
Les mobilités sont limitées par la hausse du coût de l’énergie. Concentration des populations dans les villes qui se densifient. Les grandes villes intègrent des formes de micro-campagnes intra-urbaines (parcs, bois, espaces agricoles). Dualités des campagnes entre agriculture et espaces protégés.
Les mobilités se portent vers les villes, petites et moyennes, et les bourgs qui attirent de nouveaux résidents par leur qualité de vie. Différentes agricultures coexistent, enchevêtrées avec des espaces naturels protégés.
Pour en savoir plus :
- Télécharger le résumé (pdf 4 pages)
- Télécharger la synthèse de la prospective (pdf 82 pages)
- La vidéo du colloque sera en ligne à partir du 15 juillet sur www.inra.fr
http://www.inra.fr/presse/nouvelles_ruralites_en_france_en_2030


Les variations de température et d'autres éléments résultant du changement climatique auront un impact profond sur la pêche et l'aquaculture, avec des conséquences significatives sur la sécurité alimentaire pour certaines populations, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).
Cette mise en garde a été lancée à l'ouverture d'un colloque scientifique de quatre jours sur le changement climatique et la pêche marine, qui rassemble plus de 200 experts et décideurs mondiaux à Rome du 8 au 11 juillet 2008, précise la FAO dans un communiqué publié jeudi. A la différence de la plupart des animaux terrestres, les espèces animales aquatiques utilisées pour la consommation humaine ont une température corporelle qui varie selon la température ambiante. Tout changement de température de l'habitat influence de manière significative leur métabolisme, leur taux de croissance, productivité, leur reproduction saisonnière et leur susceptibilité aux maladies et aux toxines.
Or, les événements climatiques extrêmes vont augmenter à l'avenir en fréquence et en intensité dans les eaux marines, tel le phénomène El Niño dans le Pacifique Sud. Le réchauffement continu des océans de la planète devrait aussi se poursuivre. Il est plus intense dans les eaux de surface, mais l'océan Atlantique montre également des signes clairs de réchauffement des eaux profondes.
Des changements de répartition de poissons dus aux variations climatiques, impliquant généralement une augmentation des espèces qui vivent dans les eaux chaudes et une réduction de celles vivant dans les eaux froides, ont déjà été observés.
Des variations de la salinité des océans sont constatées, avec une augmentation de la salinité des eaux de surface dans les régions les plus exposées à l'évaporation, alors que les zones marines dans les latitudes élevées enregistrent une baisse de la salinité due à des précipitations et des écoulements plus importants, à la fonte des glaces et à d'autres événements atmosphériques.
Les océans deviennent aussi plus acides, avec des conséquences négatives probables sur de nombreux récifs coralliens et les organismes qu'ils abritent.
Selon la FAO, bien que de grandes différences régionales existent, le secteur de la pêche, qui fait vivre plusieurs centaines de millions de personnes à travers le monde, pourrait être profondément bouleversé.
Les communautés de pêcheurs situées dans les latitudes élevées et ceux qui dépendent de systèmes susceptibles d'évoluer sous l'influence du climat, tels que les récifs coralliens ou les systèmes dépendant du phénomène de l'upwelling (remontée des eaux froides profondes, riches en nutriments, vers la surface de l'océan), seront les plus affectées.
Les communautés de pêcheurs situées dans les deltas, sur les atolls coralliens et les côtes recouvertes de glace seront aussi particulièrement vulnérables à l'élévation du niveau de la mer et aux risques associés aux inondations, à l'intrusion du sel et à l'érosion côtière.


L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le Fonds international de développement agricole (FIDA) et le Programme alimentaire mondial (PAM) ont appelé mardi le G8 à contribuer à une nouvelle révolution verte face à la crise alimentaire mondiale actuelle.
Les chefs des trois agences des Nations Unies basées à Rome ont exhorté dans un communiqué commun les huit puissances les plus riches de la planète (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie), qui sont actuellement réunies à Hokkaïdo au Japon, à aider le monde à se nourrir.
Selon eux, une des principales causes sous-jacentes de la crise alimentaire mondiale actuelle est la baisse dramatique des investissements dans l'agriculture durant les trois décennies écoulées, période durant laquelle l'aide publique au développement (APD) est passée de 17 % à environ 3 % en 2006.
“Le Sommet du G8 au Japon pourrait contribuer de manière décisive à la lutte contre la faim et la pauvreté en inversant cette tendance et en accordant une plus grande part de l'aide au développement au secteur agricole et rural”, souligne la déclaration paraphée par Jacques Diouf, directeur général de la FAO, Lennart Båge, président du FIDA, et Josette Sheeran, directeur exécutif du PAM.
“En catalysant les investissements publics et privés, une telle décision pourrait accélérer la stratégie contre la faim consignée dans l'importante Déclaration adoptée par 180 pays et la Communauté européenne lors du Sommet sur la sécurité alimentaire de juin 2008”, ajoutent-ils.
L'objectif de cette stratégie est de réhabiliter l'agriculture durable comme moteur principal du développement et, à cet effet, tirer profit de l'énorme potentiel des petits agriculteurs du monde entier.
Il s'agit de « donner aux pays pauvres la possibilité de se nourrir de nouveau par leurs propres moyens, une capacité qu'ils ont perdu durant les décennies pendant lesquelles il était possible d'importer des aliments à bon prix et après que les catastrophes naturelles ont triplé”, indique la déclaration.
Selon les trois agences de l'ONU, cela revient à lancer une nouvelle “révolution doublement verte” en vue de doubler la production alimentaire mondiale d'ici à 2050 pour nourrir une population mondiale appelée à dépasser les 9 milliards. Cette révolution agricole doit permettre de produire davantage, mais dans le respect de l'environnement et de manière durable.


Plaidoyers pour les petits pois, courges et navets, par deux avocates passionnées. Sans doute parce qu'en matière culinaire ils ont tenu - et tiennent encore - un rôle de faire-valoir, les légumes demeurent encore les parents pauvres de l'alimentation. Il suffit pour s'en convaincre d'entendre les expressions péjoratives auxquelles ils ont donné lieu ( « bête comme chou », « navet », « courge ») et aussi les discours qui les entourent. Au mieux sont-ils considérés comme diététiques, au pire comme banals, communs, insipides... Soit autant de préjugés que battent en brèche, avec une érudition joyeuse et gourmande, les livres d'Evelyne Bloch-Dano et de Marie-Christine Clément. Des livres passionnés et passionnants qui, ouvrant toutes grandes les portes du potager, nous entraînent dans une fabuleuse odyssée « à travers le temps et l'espace, l'intime et le collectif ».
Car « parler des légumes, explique Evelyne Bloch-Dano, c'est partir à la recherche d'un territoire, d'une culture, c'est retrouver les traces d'une histoire qui se faufile dans l'étymologie d'un mot, le voyage d'un produit d'une région à une autre, d'un pays à un autre, d'un domaine symbolique à un autre (...), passer d'un potager à un poème, d'un tableau à une marchande des quatre-saisons (...). Eh oui, les légumes ne sont pas aussi végétatifs qu'on pourrait le penser. Ils naissent, vivent et meurent, et modestement, sans en avoir l'air, constituent peut-être, depuis l'aube des temps, la rencontre la plus féconde de la nature et de la culture. »
Après Mme Zola, Mme Proust ou Flora Tristan, Evelyne Bloch-Dano s'est donc penchée - à la demande de Michel Onfray, fondateur de l'Université populaire du goût - sur dix légumes. Ou plutôt dix héros dont elle trace en biographe inspirée et érudite (toutes les disciplines sont ici convoquées, de la littérature à la peinture en passant par l'histoire, la géographie, la sociologie ou l'art culinaire), les aventures aussi chaotiques que mouvementées.
Que l'on pense à l'exotique tomate, rapportée du Nouveau Monde par les Conquistadors, qui dut vaincre deux siècles durant certaines méfiances (dues notamment à sa ressemblance avec la mandragore) pour parvenir à se répandre à travers le monde en de multiples variétés et devenir aujourd'hui l'un des légumes les plus consommés, après la pomme de terre. Ou à l'artichaut, quelque peu délaissé à présent en France, alors qu'il fut, à la Renaissance, très en vue à la cour. Ses vertus aphrodisiaques n'étant pas étrangères à son succès....
Ou encore, légume parmi les légumes, le préhistorique chou (cultivé dès 7000 avant J.-C.) aux innombrables variétés. Ou bien encore à l'admirable petit pois qui par ses caractères nets (de l'autofécondation à l'hybridation) a révolutionné, grâce à Mendel, notre connaissance sur les lois de l'hérédité.
Au fil du temps, si certains sont devenus des aliments de grande consommation, d'autres en revanche ont quasiment disparu de nos étals. Comme le panais ou le topinambour dont l'histoire à éclipses est exemplaire. Supplanté une première fois à la fin du XVIIIe siècle par la pomme de terre, il prend sa revanche avec son compère le rutabaga pendant la deuxième guerre mondiale, avant de tomber en disgrâce pour « faits d'Occupation ».
Soixante ans plus tard, aidé par la mode vintage des légumes anciens, le topinambour fait un retour remarqué sur la table des grands cuisiniers.
Si après cette formidable odyssée, vous considérez toujours les légumes comme de simple utilité, il ne vous reste plus qu'à grimper dans la citrouille apprêtée par Marie-Christine Clément, et vous laisser transporter par l'humour et la poésie de cette spécialiste de l'art culinaire et des jardins.
Enchanteur et piquant, ce voyage dans l'imaginaire des légumes invite à réviser notre manière d'appréhender ces végétaux pour en « capter l'essence, l'esprit ». C'est ainsi que l'on découvrira que le haricot a « l'âme d'un styliste, d'un architecte, parfois même aussi celle d'un utopiste » ; l'asperge « dédaigneuse, hautaine (...) qui ne peut se manger seule et réclame l'exclusivité d'une entrée » ; la salade, diva des maraîchers, qui « ne supporte qu'un état la fraîcheur » ; la pomme de terre, un rien artiste, qui n'a pas son pareil pour jouer les transformistes ; ou l'oignon, ce « génie méconnu » et « strip-teaseur averti », sorte de Dr Jekyll et Mr Hyde de la scène légumière. « Cru, c'est un cristal mouillé et mordant, cuit, c'est un trait cajoleur, un sucre qui végétal qui calme, arrondit, flatte et cajole. »
Claude Lévi-Strauss notait que « la cuisine est aussi bonne à manger qu'à penser ». On aurait donc tort ici de faire la fine bouche.


L’Inra vient de publier les résultats d’une expertise scientifique collective sur les relations entre l’agriculture et la biodiversité. Cette expertise, commandée par les ministères en charge de l’agriculture et de l’écologie, s’inscrit dans un enjeu mondial - stopper l’érosion de la biodiversité - et dans des échéances de politiques agricoles et environnementales nationales et européennes. L'expertise dresse le bilan des connaissances disponibles concernant les impacts de l'agriculture sur la biodiversité et les services que peut rendre la biodiversité dans les processus de la production agricole. Elle explore les pistes pour mieux intégrer la biodiversité dans les pratiques agricoles et fait le point sur les outils de l'action publique.
L’Inra a mobilisé pour conduire cette expertise une vingtaine d’experts scientifiques de disciplines différentes : écologie, agronomie, sciences économiques et sociales, droit, appartenant à plusieurs instituts : Inra, CNRS, IRD, écoles supérieures d’agronomie et Isara. Les conclusions de l'expertise font l'objet d'un rapport et d'une synthèse. Elles ont été présentées et débattues avec le public le 2 juillet 2008.
> présentation en quatre pages (PDF, 52 kO)
> synthèse de l'expertise :
- partie 1 (PDF, 1,3 Mo)
- partie 2 (PDF, 1 Mo)
- document intégral (PDF, 5 Mo)
http://www.inra.fr/l_institut/expertise/expertises_realisees/agriculture_et_biodiversite__1


Réunis en conférence le 24 juin dernier pour débattre de la crise alimentaire dans le monde, le philosophe Edgar Morin et quatre autres intervenants ont tiré la sonnette d'alarme et proposé un retour à l'agriculture vivrière et aux traditions.
C'est un vrai coup de gueule ! Invités à animer mardi 24 juin dernier, dans les locaux de la Maison de la Radio, une conférence au titre volontairement provocateur, « Vers un retour aux tickets de rationnement ? », cinq personnalités reconnus ont souhaité « rendre leur terre aux paysans » pour résoudre la crise alimentaire mondiale actuelle. Président de séance, Edgar Morin, sociologue et philosophe français, auteur en 2007 de « L'an I de l'ère écologique : La Terre dépend de l'homme qui dépend de la Terre », a tout de suite donné le ton. Son diagnostic est sévère : Cette nouvelle famine n'est plus locale et temporaire. Elle se répand partout. Pour éviter le désastre, le penseur estime qu'il faut choisir entre l'intensification de l'agriculture industrialisée à base d'OGM et de pesticides, quitte à aggraver certains problèmes (…) et une autre voie, plurielle, permettant de développer à travers le monde d'autres modes plus respectueux de l'homme et de la nature. Puis il s'interroge : la spéculation, à elle seul, justifie t-elle la crise alimentaire actuelle ? Pour lui, tout est lié et absolument tous les experts doivent travailler ensemble car les solutions seront à la fois agronomiques, philosophiques, politiques et sociales !.
Philippe Desbrosses, le fondateur du centre pilote de « la Ferme Saint Marthe » et de l'association Intelligence Verte, se passe autour du cou sa vraie légion d'honneur, un collier de plantes presque illégales, composé de céréales non transgéniques, puis explique avec fougue qu'en 1939- 1944, à l'époque des tickets de rationnement, 34% des français étaient paysans contre seulement 4 ou 5% aujourd'hui. L'agriculture était bien moins dépendante du pétrole et nous étions moins vulnérable. Pour l'agronome, les occidentaux croient avoir acquis définitivement la sécurité alimentaire mais selon lui, au moindre accident climatique, politique ou diplomatique, si il y a des sécheresses, des inondations ou invasions de criquets, on peut être projeté dans la tragédie… Une prophétie que délivrait déjà l'orateur en 1986 dans son livre Le Krach alimentaire. Que préconise t-il ? L'homme annonce d'abord le lancement imminent d'un réseau, constitué d'universités paysannes et d'éco compagnonnage pour favoriser la création de fermes pilotes. Pourquoi ? Selon lui, il faut remettre les petits paysans dans les champs car les agricultures paysannes, vivrières et biologiques, qui sont malheureusement en voie de disparition avec un foncier trop cher, sont les seules à pouvoir réconcilier les hommes avec la terre sacrée (…). Question du public : Comment va-t-on devoir s'y prendre ? En étant plus solidaire, plus sobre et en partageant davantage» répond vaguement l'intéressé.
Pierre Rabhi,fondateur du Mouvement Terre et Humanisme, est ouvrier agricole depuis 50 ans et témoigne : j'ai fait mon 1968 en 1957 ! Pour moi le progrès était source de désordre. J'ai refusé la souveraineté absolue de l'argent et suis revenu à la terre, en refusant le recours à la chimie. Grâce à son travail, ce passionné a beaucoup voyagé. Il a découvert, surtout en Afrique, que les ouvriers agricoles s'endettaient pour payer le pétrole et ainsi exporter leur production. Il rappelle que pour une tonne d'engrais, il faut trois tonnes de pétrole ! Ils se ruinent donc…. Remonté, il donne volontiers une petite leçon d'histoire : Les occidentaux, menacés des temps-ci, ont l'air de découvrir la famine. Pourtant elle ne date pas d'hier ! (…) La crise d'aujourd'hui a été programmée depuis longtemps par le pillage des ressources naturelles des pays pauvres et par un mode d'organisation qui les a amené à l'indigence.
Comment aider ces pays ? L'entrepreneur témoigne. Au Burkina Faso, une sécheresse terrible a infecté dans les années soixante dix toute la bande sahélienne, de l'Ethiopie au Sénégal, détruisant tout le biotope. Les populations avaient perdu leur troupeau et leur terre. Pierre Rabhi leur a alors proposé de recourir à l'agro-écologie : Grâce aux techniques de recherches mises au point dans nos labos en Ardèche, subventionnés, nous leur avons permis de produire davantage sur des terres arides et rocailleuses. Concluant, l'intéressé appelle la classe politique mondiale à faire preuve d'audace car il faut lutter contre l'imposture des OGM et généraliser les politiques décentralisées. La société civile est prête à innover.
Michel Jacquot, lui, avocat, membre de l'Académie de l'Agriculture de France, ancien directeur du Fonds Européen d'Orientation et de Garantie Agricole (FEOGA), est persuadé que la crise alimentaire actuelle, en ville et à la campagne, peut être solutionnée. Après avoir rappelé la fragilité de l'équilibre entre l'offre et la demande en matière de nourriture, estimé que les thèses néo libérales ont faillies, l'expert s'emporte : Depuis 1994 et les accords de Marrakech, l'OMC persiste à vouloir détruire les politiques de protection et de soutien des agriculteurs C'est meurtrier ! Ajoutant, à propos de la dimension environnementale de ces accords commerciaux que Pascal Lami avait pour mission de développer une agriculture respectueuse de l'environnement. Pendant dix ans, il n'a rien fait !. Regrettant le manque de coordination des règles agricoles à l'échelle mondiale, Michel Jacquot propose enfin, concernant les aides alimentaires, internes et externes que les excédents, gérés par la FAO ou le Programme Alimentaire Mondial, soient obligatoirement redistribués car il y a toujours aujourd'hui 800 millions de personnes qui mangent moins de 220 calories par jour.
Essentiellement des végétaux, du lait et des œufs. C'est honteux ! Un sentiment partagé par Marc Dufumier, agronome et professeur d'agriculture comparée à AgroParisTech. Pour lui, il est également possible de doubler la production alimentaire mondiale car les techniques locales et adaptées existent. Surtout, l'agronome enfonce le clou : En attendant le doublement de la production mondiale d'ici 2050, par des voies originales et responsables, les éco consommateurs doivent prendre le pouvoir et faire évoluer le marché ! En mangeant moins de viande et en faisant des choix d'achats éthiques et respectueux de l'environnement…


Comment éviter la tomate insipide et la salade molle ? Grâce au système des "paniers". Les Amap (associations pour le maintien d'une agriculture paysanne) séduisent les amateurs de bons produits cultivés à l'ancienne.
Chaque lundi soir, Cécile, une Parisienne de 28 ans, professeur de littérature anglaise, se rend au foyer de Grenelle, dans le 15e arrondissement de Paris. Comme la soixantaine d'adhérents de son association, Cécile vient retirer son panier de légumes frais bio, qu'elle découvre en arrivant. A l'affiche aujourd'hui : un gros chou chinois, 1 kilo de pommes de terre, 1 kilo de tomates, 200 g de tomates cerises, 600 g de poivrons et autant d'oseille, le tout produit par une agricultrice du Val-d'Oise. Pour lui donner des idées, des recettes sont fournies avec les légumes. De quoi équilibrer les repas de la semaine. Cécile adhère à une Amap. Ces structures, nées dans le sud-est de la France, sur une idée importée du Japon et de Nouvelle-Zélande, recrutent des consommateurs d'un genre nouveau et qui n'ont pas les deux pieds dans le meme sabot : les «consom'acteurs». Leur objectif est triple : assurer sans intermédiaire l'approvisionnement régulier des foyers adhérents en produits frais tout au long de l'année, permettre à un agriculteur maraîcher de vivre de son activité à proximité du milieu urbain, tout mettre en oeuvre pour développer des techniques agricoles non polluantes et respectueuses des ressources naturelles.
Palabres autour d'un panier, Haricot magique, On s'prend pas l'chou, Champs libres, Moulin
des lapins, La Courgette solidaire... la poésie des appellations donne le ton sur le site des
Amap, la carte interactive des associations du réseau francilien. Sur la base d'un engagement
annuel (en règle générale, une inscription de 10 € environ à l'association plus onze chèques présignés qui seront encaissés chaque mois), chaque membre d'un groupe, de 60 à 70 foyers, parfois plus, reçoit, une fois par semaine, de 5 à 7 kilos de produits frais variés (de 12 à 20 €). A Dourdan (91), Daniel Evain, la quarantaine hyperactive, consacre l'essentiel de sa production à trois associations : La Courgette solidaire, aux Lilas (93), l'Amap de Clichy-la-Garenne (92) et la plus récente, Jardin en Hurepoix de Dourdan, dont les membres viennent se fournir directement à la ferme. Deux cent trente paniers à préparer cinquante-deux semaines par an. Le mardi et le vendredi, il écoule le reste de sa récolte sur le marché d'Orsay (91). Quatre grandes serres de 350m2, trois autres plus petites, l'installation s'étend sur 7 hectares.
Salades, carottes, céleris-raves et branche, choux, haricots, courges patidous et potimarrons... Daniel Evain y cultive quelque soixante-dix espèces de légumes et des céréales. Rien n'avait préparé cet ingénieur agronome à la culture biologique. En 2000, pourtant, il renonce à une belle carrière chez le géant Monsanto pour renouer avec le naturel et l'exploitation familiale. «Mes voisins, c'est moi ! » dit-il en balayant l'horizon d'un geste auguste. Bois et prés entourent ses terres, une bonne isolation contre les pollutions. «Il y a beaucoup de chevaux dans la région, explique-t-il, j'utilise donc du fumier de cheval. Et puis je commence à faire du BRF, du bois raméal fragmenté. Ces déchets de coupe broyés fertilisent le sol en maintenant l'hygrométrie. Les micro-organismes dégradent la matière organique et fournissent des
éléments nutritifs aux plantes. » Une excellente alternative au fameux NPK (azote, phosphore, potassium) dont on lui avait enseigné l'usage dans son école d'agronomie.
«J'aime produire des légumes rares que les gens n'ont pas l'habitude de consommer, confie-t-il, comme les tomates anciennes : 'Paola', 'Cristal', 'Cindelle', 'Andine cornue', 'Rose de Berne', 'Noire de Crimée'... les amateurs ont le choix ! Mais j'essaie aussi de réhabiliter des légumes plus humbles comme le chou-rave.» Avec le soutien des associations, Daniel Evain, épaulé par cinq salariés, espère développer son entreprise. « Une Amap de quatre-vingts personnes, c'est du travail pour un salarié. Mon objectif est d'embaucher et d'installer des jeunes. Mais la formation ne se fait pas en un jour.» Pascale Solignac, 42 ans, habite aux Lilas depuis une quinzaine d'années et participe activement à La Courgette solidaire. «Solidaire, ce n'est pas un mot creux, insistet-elle. On veut que ces paniers puissent être accessibles aussi à ceux que le projet intéresse mais qui sont freinés par la question financière. Une aide municipale vient compenser en partie la différence de prix.» Aux Lilas, les adhérents se retrouvent les mercredis soir de 17h30 à 20h30 pour préparer et récupérer leur lot de verdure. Une communauté conviviale que rejoignent, à l'occasion, des «intermittents du panier », des sympathisants qui suppléent les absents.
L'association en binôme est une bonne solution si on est un petit consommateur ou que l'on ne peut pas être là toutes les semaines. Deux ou trois fois dans l'année, les Amapiens, pique-nique dans la besace, mettent le cap sur Dourdan. « Pour donner un coup de main, un champ de pommes de terre à récolter en urgence, une serre à monter... Mais il s'agit toujours d'aides très ponctuelles, précise Pascale: Daniel ne veut surtout pas qu'on vienne concurrencer le travail de ses salariés.» Certaines Amap sont plus polyvalentes. Elles proposent du pain, des fruits, du cidre, du jus de raisin, des volailles ou de la viande. Celle de Granier, à Barraux (38), dans le massif du Grésivaudan, ajoute aux fruits et légumes du pain et des fromages. Les Quatre Saisons qui rassemble, depuis deux ans, une trentaine de familles entre Niort et Poitiers distribue de la viande bio (boeuf, porc, mouton), production régionale oblige. Pourquoi ne pas proposer des légumes? «Ici, tout le monde a un bout de jardin », précise Olivier Foucaud, son président.
François Lerique, président des Jardins de Cérès sur le plateau de Saclay (91) et porte-parole des Amap d'Ile-de-France, reconnaît que, en six ans, ces associations ont réussi une percée remarquable. Fin 2007, on en dénombrait sept cent cinquante dans toute la France. Elles approvisionnent désormais 30 000 familles, soit 90 000 personnes. Traditionnellement concentrées dans le sud de la France, elles gagnent du terrain au nord. En 2003, Paris et l'uede-France n'en comptaient que deux. Elles sont plus de cinquante actuellement et il y en a vingt-cinq en Alsace. Un succès que Marc Alphandéry, créateur de Croque vert, la première Amap qui a vu le jour en 2001 près d'Aubagne, à côté de Marseille on en compte cent vingt aujourd'hui en Paca-, explique par «la sensibilité de plus en plus forte des consommateurs quant à la qualité de l'alimentation et à leur volonté d'obtenir une traçabilité fiable». Malgré la pression immobilière en milieu périurbain, des terrains se libèrent. François Lerique accompagne l'installation de Lionel Furie, un maraîcher fraîchement remonté du Tarnet-Garonne. «A Verrières-le-Buisson (91), la municipal a racheté des terrains à des agriculteurs qui partaient à la retraite et les a mis à notre disposition pour 1 € symbolique », se félicite François Lerique, qui bénéficie également d'une aide du département. «Sur 2 hectares, j'ai commencé à exploiter 2000 m2, raconte Lionel Furic. C'est encore difficile parce que la terre, très abîmée, s'est considérablement appauvrie. » Adepte, lui aussi, du BRF, il s'emploie à préparer une saison 2008 flamboyante. «J'essaie de travailler de telle sorte que les gens n'aient pas besoin d'aller faire de courses complémentaires », ajoute-t-il. Pour cela, la diversité et le suivi de la qualité sont essentiels. Il a déjà planté avec succès des gombos et du quinoa.
Les Amap fonctionnent selon un contrat de confiance entre producteur et consommateurs,
fondé sur le principe du gagnant-gagnant.
Trois engagements des « consom'acteurs »:
Trois engagements du producteur
Presque toutes les associations ont une adresse web. Outre les coordonnées des groupes et mille et un détails pratiques, on y trouve des recettes originales pour accommoder les légumes.
. http://alliancepec.free.fr/
= Localisation des Amap ou les projets dans une vingtaine de régions.
. http://allianceprovence.org/
Le site des Amap.
. http://www.lesjardinsdeceres.net
. http://www.lacourgettesolidaire.asso.fr/index.php
. http://www.femina.fr


L’année dernière, la plus importante organisation humanitaire au monde a acheté 80 % de son aide alimentaire aux pays les plus pauvres. Dans ce qu’il décrit comme une approche win-win, le Programme alimentaire mondial (PAM) a acheté 2,1 millions de tonnes de céréales, représentant un prix d’achat de $ 760 millions, à 69 pays en développement de par le monde. Selon Josette Sheera, du PAM, « les achats locaux apportent des solutions gagnantes-gagnantes à la problématique de la faim ». Et de poursuivre: « Dans une période de hausse des prix des aliments – qui frappe avant tout ceux qui souffrent déjà de la faim – de telles démarches sont plus essentielles que jamais. Aujourd’hui, non seulement nous nourrissons des gens qui ont faim, mais nous contribuons à trouver des solutions durables à cette problématique. »
Le principal fournisseur a été l’Ouganda, auquel le PAM a acheté 210 000 tonnes de nourriture, assez pour alimenter 3,4 millions de personnes durant une année. Acheter à des producteurs locaux, comme la coopérative Manyaka dans l’ouest de l’Ouganda, contribue à apporter des revenus supplémentaires aux petits fermiers tout permettant au PAM de réaliser des économies.
En 2007, l’agence de l’ONU a également acheté localement en Equateur, en Turquie, au Pakistan, en Indonésie, en Inde, au Soudan, au Kenya, en Zambie et au Malawi.Le PAM a choisi d’acheter davantage localement à un moment ou l’augmentation du prix des matières premières et des carburants a un impact important sur la capacité de l’organisation à livrer de la nourriture. Acheter sur les marchés locaux situés plus près des lieux de distribution, et où les prix sont parfois plus bas, permet à l’agence de réduire l’effet de la hausse des prix et de rendre la nourriture plus accessible aux plus vulnérables. Le PAM estime à 854 millions le nombre de personnes qui connaissent régulièrement la faim.
La politique du PAM est d’acheter la nourriture localement au moment et là où il y a abondance et d’éviter les marchés locaux durant les périodes de pénuries afin de ne pas provoquer de distorsions sur les marchés. L’agence prévoit d’étendre ses activités d’acquisitions alimentaires pour mieux soutenir la production alimentaire durable et de répondre aux causes profondes de la faim. En Afrique, l’agence espère stimuler les marchés agricoles de telle façon que d’ici 2015 un nombre plus grand de fermiers (dont la majorité sont des femmes), produiront des surplus importants de nourriture, vendront à un prix juste et gagneront des revenus suffisants pour leur permettre, eux et leurs familles, de sortir de la pauvreté.
Les politiques d’aide alimentaire du PAM sont très différentes de celles menées par les Etats-Unis, le plus important donneur de nourriture dans le monde. La politique américaine interdit l’achat d’aliments destinés à l’aide en dehors du pays, en partie pour soutenir l’agriculture nationale. Le volume de l’aide fournie par le principal programme d’assistance américain, Food for Peace, a chuté de plus de moitié entre 2000 et 2007 passant à 2,4 millions de tonnes métriques en réponse aux coûts croissants des matières premières et des transports, alors que les stocks diminuent. Le Canada pour sa part a le droit d’acquérir jusqu’à 50 % de son aide alimentaire dans les pays en développement, ce qui lui permet d’économiser sur nombre de ces coûts.


Claude Aubert fait le point sur le lien entre agriculture et réchauffement climatique quelques jours après un colloque international qui s’est tenu à Clermont-Ferrand. omment est-il possible que notre alimentation soit responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que les voitures particulières ?
A elle seule, l’agriculture est responsable de 20 à 24% des émissions de gaz à effet de serre. Les émissions totales de GES sont composées à 70% de gaz carbonique, l’essentiel du reste est du méthane et du protoxyde d’azote. Les 3/4 de ces deux gaz sont émis par l’agriculture et l’élevage. L’élevage est notamment responsable de 3/4 des émissions de méthane à cause de la fermentation entérique et les gaz rotés par les ruminants et les déjections animales en générale. L’émission de protoxyde d’azote par le sol est un phénomène naturel provoqué par les bactéries qu’y travaillent, mais l’utilisation d’engrais azotés chimique augmente fortement leur impact. A cela il faut ajouter les 10% d’émissions de l’industrie, de la distribution et du stockage, jusqu’au congélateur familiale. Le contenu de notre assiette, c’est 1/3 des émissions de gaz à effet de serre, soit presque 3 fois les émissions des voitures particulières. Il ne faut pas oublier que l’industrie agroalimentaire est la première industrie de France, avant le BTP et l’automobile.
D’abord, les émissions de CO2 sont réduites en raison de la non utilisation d’engrais de synthèse, dont la fabrication représente, dans les exploitations intensives, environ la moitié des émissions de CO2. Ensuite, les émissions de protoxyde d’azote (N2O) sont réduites en raison d’apports d’azote plus faibles et d’émissions plus faibles lorsque l’azote provient de moyens de fertilisation naturels comme la fixation par les légumineuses et les fertilisants minéraux ou organiques. De plus, l’agriculture biologique séquestre du carbone dans le sol alors qu’en agriculture conventionnelle on assiste souvent au phénomène inverse à cause de l’appauvrissement des sols. Enfin l’agriculture biologique séquestre davantage de carbone que l’agriculture conventionnelle qui a tendance à appauvrir les terres.
On a tendance à penser que l’agriculture biologique soit une agriculture pour les riches, alors qu’en réalité c’est justement dans les pays pauvres qu’elle peut permettre d’incrémenter les rendements avec peu d’investissements. Si l’on regarde ce qui se passe dans les pays du Sud, où les rendements sont beaucoup plus faibles, on s’aperçoit que la pratique de l’agriculture biologique permet d’augmenter les rendements, parfois dans des proportions très importantes. C’est même souvent la seule manière d’y parvenir, les paysans pauvres n’ayant pas les moyens de mettre des engrais et des pesticides sur les cultures vivrières. Les investissements se concentrent en effet sur les cultures destinées à l’exportation. Selon des études récentes, une généralisation de l’agriculture biologique conduirait à une augmentation de la production mondiale de plus de 50%, sans augmenter les surfaces cultivées, largement de quoi nourrir les 9 milliards d’habitants de la planète attendus vers 2050.
D’abord il faudrait veiller à une vulgarisation des techniques utilisées par l’agriculture biologique. Aujourd’hui elles sont méconnues par beaucoup de paysans pauvres alors que la rotation des cultures avec des légumineuses et le compostage ne coûtent rien et peuvent apporter des rendements deux, voire trois fois supérieures. Le problème est que souvent la formation sur le terrain, même en France, est assurée par les firmes chimiques qui ont tout intérêt à vendre leurs produits. Il y a deux autres conditions pour que l’agriculture bio puisse subvenir aux besoins alimentaires de l’humanité : qu’on limite les cultures consacrées aux agrocarburants et que notre mode de consommation ne se généralise pas. Si tous les habitants de la planète souhaitaient manger autant de viande que nous, il serait mathématiquement impossible d’y subvenir.
En France chaque habitant consomme environ 100 kg de viande par an. Dans les pays pauvres, ce sont moins de 10 kg. Les chinois ont multiplié par trois leur consommation en 20 ans et atteignent aujourd’hui les 50 kg. Les projections de la FAO sont terrifiantes. Notre apport de protéines est aujourd’hui à 3/4 d’origine animale et 1/4 d’origine végétale : il y a un siècle, c’était l’envers. Il faut revenir à une alimentation à base de légumes, de céréales et de légumineuses. Les légumes secs (haricots, pois chiches, pois cassés…) contiennent autant de protéines que la viande et le poisson. Non seulement c’est bon pour la planète, mais aussi pour notre propre santé. Or, des recherches ont conclu que la famille d’aliments qui permettrait d’augmenter son espérance de vie est celle des légumineuses.
Claude Aubert,, ingénieur agronome, est un des pionniers de l’agriculture biologique dont il fut, dans les années 70, une des grandes figures internationales. Il a été le coordinateur scientifique du colloque « Agriculture biologique et changement climatique ». Il a co-écrit avec Nicolas Le Berre "Faut-il être végétarien ? Pour la santé et la planète", Ed. Terre Vivante, 14,25 euros.
Et aussi :
Quand restau rime avec bio
http://www.metrofrance.com/x/metro/2008/04/29/v1RglIponagMs/index.xml


Non seulement les fraises importées d’Espagne n’ont aucun goût, mais elles représentent une catastrophe environnementale et sanitaire. Voici de quoi vous en dégoûter à tout jamais… D’ici à la mi-juin, la France aura importé d’Espagne plus de 90 000 tonnes de fraises [1]. Enfin, si on peut appeler fraise ces gros trucs rouges, encore verts autour de la queue parce que cueillis avant d’être murs, et ressemblant à des tomates ; avec d’ailleurs à peu prés le goût des tomates. Si le seul reproche envers ces « fruits » était leur fadeur, après tout, seuls les consommateurs piégés pourraient se plaindre d’avoir acheté un produit qui se brade actuellement entre 2 et 3 euros le kilo dans les marchés et les grandes surfaces, après avoir parcouru 1 500 kilomètres en camion. A dix tonnes en moyenne par véhicule, ils sont 10 000 par an à faire un parcours valant son pesant de fraises en CO2 et autres gaz d’échappement. Car la quasi-totalité de ces fruits poussent dans le sud de l’Andalousie, sur les limites du parc national de Doñana, près du delta du Guadalquivir, l’une des plus fabuleuses réserves d’oiseaux, migrateurs et nicheurs d’Europe.
Il aura fallu qu’une équipe d’enquêteurs du WWF s’intéresse à la marée montante de cette fraise hors-saison, pour que commence à être révélée l’aberration écologique de cette production qui étouffe la fraise française dont une partie, d’ailleurs, ne pousse pas dans de meilleures conditions écologiques quand elle provient également de serres chauffées. Ce qu’on découvert les envoyés spéciaux du WWF et ce que confirment les écologistes espagnols illustre la mondialisation bon marché.
Cette « agriculture » couvre près de 6 000 hectares dont une bonne centaine empiète déjà en toute illégalité (tolérée) sur le parc national. Officiellement, 60 % seulement de ces cultures sont autorisées ; les autres sont des extensions « sauvages » sur lesquelles le pouvoir régional ferme les yeux en dépit des protestations des écologistes. Les fraisiers destinés à cette production, bien qu’il s’agisse d’une plante vivace productive plusieurs années, sont détruits chaque année. Pour donner des fraises hors saison, les plants produits in vitro sont enfournés en plein été dans des frigos qui simulent l’hiver pour avancer leur production. A l’automne, la terre sableuse est nettoyée, stérilisée, la microfaune détruite, avec du bromure de méthyl et de la chloropicrine. Le premier est un poison violent interdit par le protocole de Montréal sur les gaz attaquant la couche d’ozone signée en 1987 (dernier délai en 2005) ; le second, composé de chlore et d’ammoniaque est aussi un poison : il bloque les alvéoles pulmonaires en entraînant de violentes douleurs. Il a longtemps servi de gaz de combat et a été utilisé pour la dernière fois par Ali Hassan Al-Madjid dit Ali le Chimique, au Kurdistan, contre les Chiites et contre les Iraniens pour le régime de Saddam Hussein, ce qui lui a valu l’année dernière une condamnation à la peine de mort…
Qui s’en soucie ? La plupart des producteurs de fraises andalouses emploient une main d’œuvre marocaine ou roumaine, des saisonniers ou des sans-papiers sous-payés et logés dans des conditions précaires, se réchauffant le soir en brûlant les résidus des serres en plastique qui recouvrent les fraisiers au cœur de l’hiver. Un écolo de la région raconte l’explosion des maladies pulmonaires et de affections de la peau. Les plants poussent sur un autre plastique noir et reçoivent une irrigation goutte à goutte qui transporte les engrais, des pesticides et des fongicides. Pour le lecteur dont l’appétit ne serait pas encore coupé, continuons.
Les cultures sont alimentées en eau par des forages dont la moitié a été installés de façon illégale et dont 80 % tirent plus d’eau qu’ils ne sont autorisés à le faire : en moyenne 4500 m3 par hectare. Ce qui transforme en savane sèche une partie de cette région d’Andalousie, entraîne l’exode des oiseaux migrateurs et la disparition des derniers lynx pardel, petits carnivores dont il ne reste plus qu’une trentaine d’individus dans la région. Leur seule nourriture, les lapins, sont en voie de disparition. Comme la forêt, dont 2 000 hectares ont été rasés pour faire place aux fraisiers. La saison est terminée au début du mois de juin. Les cinq mille tonnes de plastiques, le noir et le blanc, sont soit emportés par le vent, soit enfouies n’importe où, soit brûlées sur place. Et les ouvriers agricoles sont priés soit de retourner chez eux, soit de s’exiler ailleurs en Espagne. Pour se faire soigner à leurs frais après avoir respiré les produits nocifs.
La production et l’exportation de la fraise espagnole -l’essentiel étant vendu avant la fin de l’hiver et en avril- représente ce qu’il y a de moins durable comme agriculture et bouleverse ce qui reste dans le public comme notion de saison. Quand la région sera ravagée et la production trop onéreuse, elle sera transférée au Maroc où les industriels espagnols de la « fraise » commencent à s’installer. Avant de venir de Chine d’où sont déjà importés des pommes encore plus traités que les pommes françaises.
Dommage que les consommateurs se laissent prendre, comme ils se laissent prendre aux asperges « primeur » en provenance de la même région et bénéficiant des mêmes soins chimiques. Au lieu d’attendre quelques semaines que les producteurs de proximité offrent les mêmes produits sur des marchés de proximité.
Notes : [1] Pour une consommation française marchande annuelle de 130 000 tonnes
http://www.politis.fr/Fraises-espagnoles-un-bilan,3538.html


Face à la crise alimentaire ambiante, due principalement à la demande croissante, l'agriculture a besoin de faire peau neuve.
En France, il faut quitter la jachère tout en ne sombrant pas vers l'agriculture intensive. L'agriculture de conservation semble particulièrement prometteuse (lire L'agriculture peut devenir durable ). Née du constat que le labour dégradait les sols, cette technique repose sur une réduction, voire une suppression, du travail du sol, associée à un raisonnement agronomique global (rotation des cultures, couverture permanente des sols). Elle permet de réconcilier écologie et productivité.
"Les rendements sont conservés. Et en limitant les intrants, on réduit les impacts environnementaux, mais aussi les charges", confirme Matthieu Archambeaud, spécialiste du sujet et animateur d'un site dédié. "Pour le moment, la réflexion avance surtout grâce à des réseaux d'agriculteurs qui font leurs propres expérimentations", concède-t-il. Avec le plaisir pour ces derniers de se réapproprier la technicité de leur métier, longtemps déléguée aux conseillers de coopératives et de chambres d'agriculture.
Depuis plusieurs années déjà, les paysans français revendiquent une production raisonnée, basée sur un usage optimisé des pesticides plutôt qu'un recours systématique à ces produits. Et ils en sont les premiers bénéficiaires car les produits phytosanitaires sont surtout dangereux pour ceux qui les utilisent. Derrière cette tendance de fond, que certains ne trouvent pas assez ambitieuse, les actions sur le terrain foisonnent et vont souvent plus loin. Il y a l'agriculture bio, bien sûr, mais sans aller jusqu'à s'interdire tout produit chimique, les agriculteurs se découvrent des alliés tels que les coccinelles (pour lutter contre les pucerons), les vers de terre (pour aérer le sol), ou encore la moutarde (pour piéger les nitrates et lutter contre l'érosion entre deux cultures).
Les choses avancent sur le terrain. Dommage qu'elles soient si mal mises en valeur auprès des consommateurs, qui ont encore une image très bipolaire du métier d'agriculteur (lire L'agriculteur doit signer un nouveau contrat avec la société )
En savoir plus :
Agriculture de conservation
http://www.agriculture-de-conservation.com
Campagnes et environnement
http://www.campagnesetenvironnement.fr
Forum de l'agriculture raisonnée
http://www.farre.org
http://www.eco-life.fr/l_agriculture_de_conservation_reconcilie_ecologie_et_productivite.php


C’est quoi un poisson écologique ? Aujourd’hui, beaucoup de transformateurs ou de distributeurs se sont créés leurs propres labels, certifiant une pêche responsable. Mais il n’existe qu’un label international reconnu, géré par l’organisation indépendante MSC (Marine Stewardship Council). La norme MSC a été établie avec des scientifiques, des pêcheurs et des organisations écologiques. Trois critères centraux sont définis : la prise en compte des stocks de poissons sur la zone de pêche, l’impact sur le milieu marin et les espèces non-cibles et le système de gestion de la pêcherie. Si aucune pêcherie française n’a aujourd’hui le label, plusieurs ont entamé les démarches de certification. On trouve cependant de plus en plus de références, concernant des poissons importés de zones certifiées, notamment au rayon surgelés.
La semaine dernière, l’Office interprofessionnel de la mer (Ofimer) a annoncé la création d’un «Label bleu» français pour certifier les poissons pêchés de façon «durable et responsable», répondant aux critères de la FAO, et qui pourrait concerner une dizaine d’espèces. Il devrait apparaître d’ici trois ans.


Son documentaire, Guerre et paix dans le potager, sera présenté à Vendée nature,le festival de l'insolite, du 5 au 13 avril. Rencontre avec ce passionné de nature et de cinéma. Guerre et paix dans le potager. Clin d'oeil à l'oeuvre de Tolstoï. Un film qui conte la vie d'un potager bio d'une famille de Cast (Finistère). « J'avais d'abord pensé à consacrer un documentaire à des producteurs de légumes biologiques, mais ils n'avaient pas le temps, lance Jean-Yves Collet, réalisateur de films animaliers. Je me suis ensuite tourné vers le potager familial. Après un casting, c'est la famille Aublanc-Fiche qui a été choisie. » Ce foyer cultive son potager bio depuis près de vingt ans. De mai à octobre 2005, ils ont ouvert les portails de leur jardin à Jean-Yves Collet et son équipe technique, composée d'une dizaine de personnes. Les membres de la famille sont devenus les acteurs de ce documentaire, dans le rôle des géants-jardiniers. « L'idée était de suivre l'évolution d'un potager en se positionnant à la taille des légumes et des petites bêtes, rappelle le réalisateur. Les jardiniers apparaissent donc comme des géants ! »
Dans le rôle principal du film, des insectes. Limaces, doryphores, coccinelles. Et même des mulots. Acteurs majeurs de la biodiversité d'un potager sans insecticides chimiques. « En cela, mon film a un côté militant soft, sourit Jean-Yves Collet. Mais aussi un réel aspect scientifique. Quatorze conseillers scientifiques sont intervenus avant et pendant le tournage. » Ce mélange de ludique et de scientifique a assuré la réputation de ce film de deux fois cinquante-deux minutes. « Guerre et paix dans le potager est mon film le plus primé, précise Jean-Yves Collet. Ce qui fait son succès ? Le fait qu'il plaît à un public de 3 à 77 ans ! » Jean-Yves Collet a réalisé une trentaine de documentaires consacrés aux animaux et à la nature. Une passion qu'il doit à une rencontre. « J'ai interrompu mes études de vétérinaire et la recherche scientifique en 1985, quand Jacques Perrin a lancé Le Peuple singe, pour lequel j'ai donné un coup de main, raconte-t-il. Je me suis rendu compte que mon penchant artistique était aussi fort que mon goût pour la science, j'ai allié les deux et j'en ai fait mon métier ! »


Le 26 février, l'environnementaliste kenyane et prix Nobel Wangari Maathai et le Premier ministre norvégien Jens Stoltenberg ont déposé les 100 000 premières graines dans la chambre forte semencière mondiale sur l'île du Spitzberg, dans l'archipel du Svalbard. Ce grand entrepôt est destiné à protéger le plus grand nombre possible d'espèces végétales des changements climatiques annoncés. Les collections seront en effet installées au coeur des roches d'une montagne arctique, ce qui garantit au moins 200 ans de conservation à température constante.


Entraînements militaires, traitement des phobies, jeux et simulations..., la réalité virtuelle est déjà utilisée dans de nombreux domaines. Elle s'essaie aujourd'hui à un nouveau champ d'action : la préservation des écosystèmes et de la biodiversité. Elle propose en effet aux agriculteurs d'optimiser la croissance de leurs cultures, de mieux aménager les espaces, de mettre en place une irrigation plus efficace... Grâce à une simulation 3D prenant en compte les données topologiques et météorologiques de leur exploitation, les agriculteurs peuvent optimiser leurs rendements en respectant la faune et la flore.
Dans son édition 2008, le festival Laval Virtual (1) présente plusieurs projets allant dans ce sens du développement durable. En partenariat avec le réseau Biodiversité pour les abeilles, le master réalité virtuelle de l'Ecole des arts et métiers de Laval sensibilise les jeunes à la survie des abeilles menacées par les monocultures. «L'appauvrissement de la biodiversité est une réalité; une modélisation ludique permet de prendre conscience des conséquences environnementales», souligne Simon Richir, directeur scientifique du festival. Dans la même perspective, un chercheur français de l'InraUMR Lameta présente un logiciel de simulation pour la vigne. Dans ce jeu de rôle, le viticulteur doit adapter ses méthodes de travail à la présence de nutriments dans le sol, surmonter les classiques plaies de la vigne (sécheresse, mildiou, insectes...). Il peut ensuite analyser ses décisions (utilisation d'engrais, de fongicides...), le logiciel établissant un bilan de ses actions en prenant en compte l'impact sur l'environnement.
(1)Sciences et Avenir est heureux de s'associer au festival Laval Virtual et encourage ses lecteurs à venir découvrir toutes les nouveautés de la réalité virtuelle appliquées, cette année, au développement durable.


Le bifteck reste en travers de la gorge de la planète. Passé sur le gril, il nous a avoué émettre, dans le monde, plus de gaz à effet de serre que les transports !
Le steak haché est une valeur sûre pour les assiettes des petits et le porte-monnaie des grands. C’est en effet la viande qui réalise les plus gros volumes de vente en France. A tel point que la filière bovine, malmenée par les crises sanitaires, est sortie de la zone rouge uniquement grâce à lui. Presque 70 % des ménages consomment du haché. Cette viande reste l’un des seuls produits élaborés à base de boeuf dont la consommation continue de croître : 4 kg par foyer français en 2007 contre 3,8 kg en 2005 [1].
Côté industriels, on défend fermement sa part du bifteck. Et ce sont les marques de distributeurs qui se taillent la plus belle tranche – 60 % des parts de marchés en volume – suivis par Charal, Bigard et Valtero [2]. Seulement voilà, du pré à l’assiette, la viande bovine traîne quelques nuages de gaz à effet de serre derrière elle. Avant de gagner sa place en rayons et d’être dévoré tout cuit, le steak haché est boeuf. Pour passer de l’un à l’autre, rendez-vous à l’abattoir. Celui de Cholet (Maine-et-Loire) par exemple, le plus important des neuf sites de Charal, avec son millier de salariés – un tiers des effectifs du groupe. Ici entrent chaque semaine et bien vivants environ 2 000 bovins, dont on tire notammnent 170 tonnes de steaks hachés. Chaque année, cela représente 8 800 tonnes de viande emballée, soit plus d’une tour Eiffel.
Entre le début et la fin de la chaîne, le bovin est anesthésié puis saigné. Ses muscles sont préparés, hachés puis moulés, l’ensemble selon un « savoirfaire traditionnel ». Charal reste assez flou sur les détails du processus, « secret de fabrication » oblige, mais insiste sur la multiplicité des contrôles qualité. Suite aux différentes crises sanitaires (encéphalite spongiforme bovine, salmonelles…), les transformateurs ont attrapé la « contrôlite » aiguë. Dans la foulée, les abattoirs ont également procédé à leur examen environnemental : tri des déchets, réduction du poids des emballages, groupement des transports et surtout gestion de l’eau. « Charal réalise un suivi permanent de sa consommation d’eau, dispose de stations de pré-traitement des eaux usées industrielles et réalise un traitement sophistiqué des odeurs liées au traitement de ces eaux », détaille le service communication du groupe.
Bien que transformation, emballage et transport dégagent du dioxyde de carbone (CO2), le gaz à problème du steak haché serait plutôt le méthane (CH4). Les ruminants en rejettent une grande quantité par flatulence. Et une molécule de méthane provoque un effet de serre 23 fois plus important qu’une molécule de CO2, selon les experts du Groupe intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Ce n’est pas tout. Le fumier, lui, dégage du gaz hilarant, le NO2. Mais pas de quoi rire, son impact est 296 fois supérieur à celui du gaz carbonique. Selon un rapport de la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, paru en 2006, l’élevage dans son ensemble émet, en équivalents CO2, « 18 % des gaz à effet de serre de la planète ». Davantage que les transports ! Les bovins en particulier polluent plus que les poules ou que les porcs. Et pas seulement par une voie que la bienséance interdit de nommer. Car la vache mange aussi. Il faut donc produire de quoi nourrir le milliard de têtes de bétail qui peuple la planète. Un rôle essentiellement tenu par l’agriculture industrielle, celle des rendements, des engrais chimiques – énergivores et émetteurs de gaz à effet de serre – et des pesticides. La solution ? Manger de la viande estampillée bio ? Pas si simple. Une vache, qu’elle soit élévée selon les méthodes de l’agriculture biologique ou selon celles de l’agriculture conventionnelle, émet la même quantité de méthane, et le fumier dégage autant de NO2. Or l’impact sur le climat dépend en grande partie de ces facteurs « biologiques ». Il ne reste qu’une issue : manger moins de steaks. Selon les scientifiques Tony McMichael et John Powles, il faudrait réduire d’au moins 10 % notre consommation de viande rouge pour diminuer de façon significative la contribution de l’élevage au changement climatique.
L’agence américaine de réglementation des produits alimentaires (FDA) a donné, mi-janvier, son feu vert à la commercialisation de lait et de viande provenant d’animaux clonés. Stephen Sundlof, l’un des responsables de la FDA, assure que ces produits « sont aussi sûrs que la nourriture que nous consommons tous les jours ». L’Autorité européenne de sécurité des aliments semble s’acheminer vers les mêmes conclusions. Alors, à quand la viande issue d’animaux dupliqués dans les assiettes ? Aux Etats-Unis, pas avant cinq ans. En Europe, rien n’est fait, surtout que des voix s’élèvent contre cette mise sur le marché. Le ministre français de l’Agriculture, Michel Barnier, se dit « très très réservé », et le comité de bioéthique de la Commission européenne a émis des doutes. Le premier steak américain cloné pourrait, lui, être avalé sans que personne ne le sache, la FDA ayant décidé de ne pas exiger d’étiquetage. Le Centre d’information des viandes (CIV),
Pour tout savoir sur la viande bio
[1] TNS World panel, décembre 2007, hors achats chez les bouchers traditionnels.
[2] Consommation de viande : un lourd tribut environnemental, un dossier de l’Observatoire bruxellois de la consommation durable.


Depuis 1928, Méo fait flotter sur Lille une douce odeur de café. Le vénérable torréfacteur est aujourd'hui engagé dans une ambitieuse politique de développement durable.
« Méo a vocation à être une entreprise citoyenne. » Gérard Meauxsonne, PDG de Méo et neveu du fondateur de la célèbre entreprise de torréfaction lilloise, n'hésite pas à employer les grands mots pour évoquer l'engagement de sa société.
Il faut dire que la marque Méo a été l'une des premières en 1999 à développer les produits certifiés Max Havelaar (issus du commerce équitable), à s'engager dans le tri et la valorisation de tous ses déchets, à certifier toute sa chaîne de production, et à adhérer au pacte mondial pour le développement durable dès 2000.
En 2007, Méo est l'une des trois entreprises françaises à être récompensées par Éco-Emballages (organisme fer de lance de la collecte sélective en France) pour l'exemplarité de sa démarche de prévention des emballages.
Grâce à l'expertise d'une élève ingénieur et du travail du responsable qualité de l'entreprise, Méo a travaillé à l'allégement de tous ses emballages complexes. Il faut savoir que ce sont cent vingt mille paquets qui sortent tous les jours de l'usine lilloise, avec des milliers de cartons pour les transporter.
« Nous avons réussi à diminuer l'épaisseur de couche polyéthylène de nos emballages et revu le format de nos cartons », explique Franck D'Almeida, responsable qualité sécurité environnement. Le résultat : 11 tonnes de polyéthylène consommé en moins, une diminution de 25 % du nombre de caisses américaines, cent soixante-sept palettes de moins par an - soit l'économie de cinq camions sur les routes -, et 50 tonnes de CO2 en moins dans l'atmosphère. Sans parler des économies d'énergie réalisées.
Avec ses 30 millions d'euros de chiffre d'affaires et ses quarante-huit salariés (dont vingt-quatre à la production), la petite entreprise familiale a tout d'une grande, en matière de responsabilité.


Monsieur le Directeur,
Vous avez récemment, à titre personnel, exprimé votre opinion sur l’agriculture biologique en précisant que vous ne « croyez » pas qu’elle puisse nourrir le monde, contestant ainsi les conclusions de la conférence internationale qui a eu lieu à Rome du 3 au 5 mai 2007 sous l’égide de la F.A.O.
Laquelle affirmait qu’avec plus de trente années d’expérience sur tous les continents, l’agriculture biologique avait fait la démonstration de ses capacités à nourrir l’ensemble de la population mondiale aussi bien que l’agriculture conventionnelle, sans les nuisances générées par cette dernière.
Si je devais apporter ma contribution au débat concernant cette nouvelle polémique inutile sur "le bio et la faim dans le monde", j’inverserai plutôt la question : "Est-ce que l'Agriculture industrielle peut nourrir le monde ? attendu que pour l'instant elle n’y est pas parvenue et, qu’en dépit de la révolution verte, le nombre de personnes sous-alimentées s’est aggravé depuis 30 ans, alors que ses effets négatifs deviennent de plus en plus évidents et dévastateurs :
Monsieur le Directeur Général, ne pensez-vous pas qu'il est temps d’arrêter de promouvoir ce modèle ? Les indicateurs des désastres ne sont-ils pas suffisamment convaincants ?
Faut-il continuer à s'illusionner sur ce mode de production qui met en péril les grands équilibres des écosystèmes, et à terme l’existence même de l’humanité ?
Je pense que nous devons au contraire réhabiliter les paysans, en nombre suffisant, plutôt que de leur substituer les artifices polluants et coûteux de l’industrie chimique qui les a remplacés dans les champs depuis 1/4 de siècle. Il faut inverser cet exode pour un retour à la Terre, aux soins de notre patrimoine commun, à la préservation des ressources et aux bienfaits des productions durables, génératrices de millions d’emplois non-délocalisables.
Partout le génie des petits paysans a fait merveille depuis des millénaires. Pourquoi ne s'inspire-t-on pas des exemples qui foisonnent dans le monde et dans l'histoire de l'humanité. Ils démontrent qu'une agriculture paysanne ou vivrière est de cent à mille fois plus productive par unité de production que l'agriculture industrielle. Elle est également – contrairement à ce que certains affirment – plus productive par unité de surface. Une étude récente de plusieurs universités, notamment américaines et indiennes, faisant la synthèse des résultats de 293 études comparatives, entre agriculture conventionnelle et agriculture biologique, montre que dans les pays du Nord les résultats sont pratiquement équivalents et dans les pays de Sud l’agriculture biologique a des rendements supérieurs de 80% à ceux de l’agriculture conventionnelle.
Elle seule peut donc répondre aux défis de ce temps : « Nourrir durablement l'ensemble de la planète sans l'abîmer ». C'était justement la conclusion des experts de la conférence de la FAO à Rome en mai dernier, qu'aujourd'hui vous contestez.
Nous sommes prêts à engager un vrai débat de société sur ces questions car le temps presse et c’est le devoir de notre génération de réparer les dégradations que nous avons provoquées. Pouvez-vous y contribuer en nous aidant à l’organiser au sein de votre institution ? Dans l’attente veuillez agréer, Monsieur le Directeur Général, l’expression de mes respectueux sentiments.
Philippe Desbrosses.
Agriculteur, Ferme pilote de Sainte-Marthe
Docteur en Sciences de l’Environnement
Expert-consultant auprès de l’Union Européenne
Chargé de Mission au Ministère de l’Agriculture, Paris.
Centre Pilote Europeen, Ferme experimentale de Sainte-Marthe - 41200 Millancay
Site internet : www.intelligenceverte.org
http://association-terre.blogspot.com/2008/01/lettre-ouverte-la-fao.html


160 kilomètres. C’est le périmètre maximum autour de chez soi pour remplir son frigo sans trop dégager de CO2. Notre journaliste, qui vit en plein Paris, a fait l’expérience.
Ne disposant pas de voiture, ne prenant plus l’avion, je me suis naturellement tournée vers mon frigo pour alléger mon impact personnel sur la planète. Et je me suis lancé un défi : consommer uniquement des aliments produits dans un rayon de cent soixante kilomètres. Pourquoi cette distance ? Je me suis inspirée de l’expérience menée par Alisa Smith et James MacKinnon, un couple de Vancouver, au Canada, qui se sont lancés dans un régime de ce type en 2006.
Durant un an, les deux journalistes militants se sont nourris exclusivement de produits et d’ingrédients cultivés ou élevés dans un rayon de cent miles – cent soixante kilomètres – autour de leur lieu de résidence. Ils en ont fait un livre journal qui raconte leur expérience, The 100-Mile Diet. En quelques repas à peine, j’ai mesuré l’étendue de leur pari. Et la difficulté de pratiquer en France ce régime. Et pire encore, de le rendre socialement acceptable quand on vit dans la capitale.
D’abord, délimiter mon périmètre. Vivant dans Paris intra-muros, j’ai identifié ma « zone 100 miles » en un tour de compas. Bolbec, Dieppe, Arras, Reims, Troyes, Auxerre, Blois… Il y a de quoi faire, pensais-je, pleine d’entrain. J’ai eu droit au champagne à Noël et, ce n’est pas rien, à l’andouillette. Pour mes légumes, étant inscrite à l’Association pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap) des Paniers du Val de Loire, je n’ai pas eu à changer mes habitudes. Située à Blois (cent soixante kilomètres pile-poil, ouf !), celle-ci livre chaque vendredi des légumes bio cultivés par des maraîchers de la région Centre dans une boutique de mon quartier.
Selon la saison et le climat, je réceptionne brocolis, choux, poires, carottes, topinambours, échalotes, courges spaghettis… Je ne choisis pas le contenu du panier. Pour les bordéliques dans mon genre, c’est parfait : inutile de programmer les menus de la semaine, je m’arrange avec ce qu’il y a. Souvent, les légumes me font toute la semaine, à condition de prendre le temps de les travailler. En vrac, bio, donc hétérogènes en taille et en forme, leur préparation ressemble parfois à un sacerdoce. Mais, comment dire, c’est… plus agréable, la soupe se mérite et s’apprécie en conséquence. Cette boutique du XVIIIe arrondissement réceptionne également du pain bio fabriqué par un paysan boulanger de Seine-et-Marne, qui travaille à la ferme des Carrières. Sa boule aux céréales, livrée encore chaude et craquante, véritable délice, coûte cinq euros et pèse un kilo.
Au-delà de ces quelques produits au circuit de production bien identifié, il m’a fallu me transformer en détective pour mettre la main sur quelques producteurs locaux à même de remplir frigo et étagères. Il paraît qu’à Seattle ou San Fransisco, aux États-Unis, il existe plein de supermarchés incitant les clients à choisir les produits local. Ici, ça n’existe pas, alors exit le supermarché où 90 % des articles arrivent de loin, ou pire, d’on ne sait où. Au rayon légumes, « Provenance : France » indique rarement la région, encore moins le département. C’est la même chose dans certaines chaînes bio, et moi, je suis au kilomètre près. J’ai harcelé mes commerçants habituels pour connaître l’origine de leurs fournisseurs. J’ai également lancé un avis de recherche : où se trouvent les producteurs de céréales, de laitages, de fromages de la région Ile-de-France? À son grand désarroi, la Savoyarde qui sommeille en moi a dû tirer un trait sur les produits de ses montagnes (beaufort, tomme…) et se rabattre sur du brie et du chèvre frais.
J’ai dû renoncer au poisson en général, et aux sushis – dont je raffole pourtant – en particulier. Les premiers jours, j’ai mangé moins et moins varié, le temps de trier le bon grain de l’ivraie. Vertueuse au démarrage, j’ai peu à peu baissé la garde, cédant à certaines de mes envies d’huîtres quand elles se présentaient… « Tu vas nous enquiquiner longtemps avec tes expérimentations écolos? » Debout dans la cuisine, les bras croisés, mon partenaire dans la vie a tout de suite prévenu qu’il n’abandonnerait pas son houmous (importé d’Israël, dans le meilleur des cas) ni ses oranges pressées du matin (venues, au choix, d’Afrique du Sud, d’Uruguay ou d’Espagne), et encore moins son thé vert. Sauf s’il existe une plantation de thé à moins de cent soixante kilomètres de Paris, mon renoncement sur ce point lui est acquis. Mais étant en charge de la préparation de 80 % des repas pris à la maison, je n’ai pas moufté et ai décidé de m’arranger dans mon coin.
Il n’empêche, ce régime modifie considérablement notre rapport à la nourriture. La cuisine, censée être un lieu de partage où toutes les complicités sont envisageables, est devenue une tranchée. Les étagères sont séparées en deux, le frigo aussi. Et la préparation des repas se fait en décalé. Trois amis venus dîner à la maison ont réclamé mes fameuses poires Belle-Hélène. Mon Amap avait livré d’exquises poires conférence le week-end précédent. Ouf ! Mais ni le chocolat chaud, ni la glace à la vanille, ni les amandes effilées glanées dans une épicerie et dont la provenance indiquait qu’elles avaient traversé l’Atlantique n’ont répondu aux critères de mon régime. Je n’ai jamais tant culpabilisé. Les déjeuners et autres dîners au restaurant ont désormais le goût de la transgression. Je suis devenue ultraconsciente de ce que j’avale, de ce que cela implique sur l’environnement en termes de transport et d’aberrations. Aucun restau à ce jour ne propose d’étiquetage « cent soixante kilomètres ».
Au début, je suis passée pour une rabat-joie, une dangereuse évangélisatrice écolo; je m’amuse désormais à expliquer le circuit du contenu de l’assiette. Des connaissances, fraîchement converties, se transforment en zélés délateurs : « Rue de Belleville, le plus gros primeur ne vend que des pommes du Chili et d’Australie. En automne! » Mais j’ai vite découvert une parade à toutes mes frustrations : le voyage hors de Paris. Pour manger différemment, autant profiter de ses déplacements pour faire le plein de saveurs. Mon ami a profité de deux week-ends chez ses parents pour ramener trois saucissons de Lyon, du fromage à pâte cuite, des lentilles du Puy-en-Velay. De mon côté, en faisant mon marché à Joigny, dans l’Yonne (en train, bien sûr), j’ai acheté des yaourts fabriqués à la ferme, des fromages et de la viande bovine.
La semaine suivante, j’ai eu un déjeuner professionnel avec Jean-Louis Borloo, ministre de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durable. Au menu : salade du Sud-Ouest (foie gras du Gers…), carré d’agneau (de l’Aubrac) et ratatouille (légumes d’origine non identifiée), fromages de France et millefeuille exotique, le tout arrosé de Fronsac 2003 bio. J’ai refusé le dessert agrémenté de caramboles et gousses de vanille. Pour le reste, j’ai additionné mentalement mes kilomètres : deux mille cinq cents environ.
Friande de côtes de bœuf et de jambon de pays, quelle ne fut pas ma déception d’apprendre que mon boucher adoré se fournissait plutôt dans le Sud, l’Aubrac, l’Aveyron, la Bretagne… Il existe bien l’agneau d’Ile-de-France, mais je ne l’ai pas trouvé à ce jour. De fait, le « régime 100 miles » a été l’occasion de lever le pied sur la consommation de viande. Mais devenir végétarien n’a pas de sens, car le soja produit dans un rayon de cent soixante kilomètres se trouve difficilement. Mon enquête se poursuit sur les aliments transformés : boîtes de raviolis végétariens, crêpes au sarrasin, sauce tomate en boîte, etc. Il faut décortiquer toutes les étiquettes, identifier les producteurs de chaque ingrédient, et… renoncer si l’un d’entre eux vient de trop loin.
Tous les écolos le disent : la meilleure façon d’alléger l’empreinte écologique de nos assiettes est de préparer soi-même ses repas. Pour certains, c’est un luxe. Mais qui allie d’autres avantages : le plaisir de prendre du temps pour soi, de cuisiner à son rythme, de retrouver le goût de vrais aliments.
Sources : Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs, Bruxelles, et Réseau action climat France.
En hiver, bien manger « local », c’est possible. Voici une liste de fruits et de légumes, tout frais et tout près.
Pourquoi manger local ? de René Longet. Toutes les raisons de valoriser l’alimentation de proximité et les terroirs associés (Jouvence éditions, 2006).


Publication de La situation mondiale de l'alimentation et de l'agriculture 2007 Rome – Une rétribution des agriculteurs judicieusement ciblée contribuerait à la protection de l’environnement et à affronter les préoccupations croissantes liées aux changements climatiques, à la perte de biodiversité et aux ressources en eau, a indiqué aujourd’hui la FAO à l’occasion de la publication annuelle de La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture 2007.
Le rapport avertit toutefois que le paiement pour services environnementaux n'est pas la panacée, et que de gros problèmes de mise en oeuvre subsistent.
“Le secteur agricole emploie plus d’individus, occupe plus d’espace et absorbe plus d’eau que toute autre activité humaine”, fait remarquer M. Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, dans l’avant-propos du rapport.
“L’agriculture peut à la fois provoquer la dégradation des sols, de l’eau, de l’air et des ressources biologiques de la planète et en améliorer la qualité; tout dépend des décisions que prennent plus de 2 milliards de personnes qui vivent directement de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche ou de l’exploitation des ressources forestières. Il est donc primordial de garantir des incitations adaptées à ces personnes”.
La croissance démographique, le développement économique rapide, la demande croissante de biocarburants et le réchauffement climatique exercent une lourde pression sur les ressources environnementales du monde. D'autant que l’agriculture est censée nourrir une population mondiale qui passera de 6 à 9 milliards d’êtres humains en 2050.
Une des principales raisons de la dégradation de l’environnement est la gratuité apparente des services offerts par la nature: ceux-ci n’appartiennent à personne, nul n’est rétribué pour les dispenser, ce qui n’incite guère les agriculteurs à les sauvegarder. En outre, les subventions qui encouragent la production de biens commercialisables aux dépens d’autres services écosystémiques sont susceptibles d’aggraver leur dégradation.
Les mesures d’incitation actuelles favorisent la production d’aliments, de fibres et, de plus en plus, de biocarburants, mais elles ont tendance à sous-estimer d’autre services bénéfiques dispensés par les agriculteurs, tels que le stockage du carbone, la lutte contre les inondations, la fourniture d’eau salubre ou la conservation de la biodiversité. La rémunération des services environnementaux inciterait les agriculteurs à adopter de meilleures pratiques agricoles, voire de neutraliser la pollution engendrée dans d’autres secteurs.
Toutefois, “dans certains cas, la rétribution des agriculteurs pourrait accroître la pauvreté et menacer la sécurité alimentaire, en particulier si elle devait entraîner une diminution du nombre d’emplois agricoles ou un accroissement des prix des denrées alimentaires”, fait-on remarquer à la FAO.
Les agriculteurs auront un rôle important à jouer dans l’atténuation des effets du changement climatique, indique le rapport de la FAO. L’agriculture joue un rôle important en tant que “puits à carbone” du fait de sa capacité à piéger et à stocker les gaz à effet de serre, en particulier dans les sols, les plantes et les arbres. Un recul de la déforestation, la plantation d’arbres, la réduction du travail des sols, l’accroissement du sol de couverture et un aménagement amélioré des pâturages pourraient, par exemple, porter au stockage de plus de 2 milliards de tonnes de carbone dans environ 50 pays entre 2003 et 2012.
“Une rétribution des services environnementaux bien conçue est un moyen d’aider les agriculteurs à modifier leurs pratiques d’utilisation des terres et rendre l’agriculture plus écologique”, a précisé Leslie Lipper, spécialiste d’économie environnementale à la FAO. “Il s’agit de paiements en compensation de services réels que les agriculteurs peuvent fournir, un peu comme les rémunérations qu'ils reçoivent pour le riz ou le café qu’ils produisent.”
Le rapport indique que les paiements se présentent sous diverses formes: transactions volontaires faisant intervenir agriculteurs, communautés, contribuables, consommateurs, sociétés commerciales et gouvernements. Il pourrait s’agir de paiements directs des gouvernements aux producteurs ou de transferts indirects, tel qu'un supplément de prix que les consommateurs paieraient en contrepartie d'un café plus savoureux provenant de plantations situées à l’ombre.
Des centaines de programmes de rétribution des services environnementaux sont actuellement mis en oeuvre dans le monde, essentiellement dans le cadre des initiatives de conservation des forêts.
Mais “les programmes de rémunération des services environnementaux qui ciblent les agriculteurs et les terres agricoles dans les pays en développement sont relativement peu nombreux”, déplore le rapport.
“S’ils sont bien conçus, les programmes de paiement des services environnementaux pourraient également favoriser une grande partie du milliard ou plus d’habitants pauvres des pays en développement qui vivent dans des écosystèmes fragiles”, précise Mme Lipper. Cela requiert un ciblage minutieux ainsi que des mesures de suivi de la fourniture des services environnementaux.


Lentement, les collines de l'arrière-pays varois s'embrasent. Une à une, les vignes se teintent de rouge et d'or. A Correns, autoproclamé «premier village bio de France», les vendanges viennent à peine de se terminer. La sécheresse a pris sa dîme sur la production mais les vignerons affichent une étrange sérénité. On dit même que le millésime 2007 des côtes- de-provence et des coteaux-varois sera exceptionnel. «Avec un peu de chance, nous allons avoir un grand vin cette année, explique en souriant Emmanuel Gaujal, l'un des pionniers de l'oenologie en Provence et âme du domaine de Miraval, qui produit l'un des meilleurs vins de la région. Une nouvelle fois, notre travail devrait porter ses fruits et permettre aux cépages syrah et vermentino de donner le meilleur d'eux-mêmes.» De la cave coopérative bio aux vignerons indépendants, chacun savoure discrètement sa réussite.
Pourtant, Correns, petit bourg provençal de 800 habitants, blotti à l'entrée des gorges de la Bagarède et du vallon Sourn, sur les rives de l'Argens, revient de loin. Situé à une quinzaine de kilomètres de Brignoles, le village a fait un pari fou : passer de l'agriculture classique à l'agriculture biologique. Une révolution dans une région réputée conservatrice et régulièrement menacée par la surproduction. Tout commence en 1997, en pleine crise viticole, lorsque le maire, Michaël Latz, vigneron, héritier du domaine des Aspras, et ingénieur agronome de formation, propose à tous les agriculteurs de passer en même temps au bio. Son constat est sans appel : la commune est enclavée et la faible superficie de ses exploitations morcelées - 10 hectares, soit trois fois moins que la moyenne provençale - la condamne à plus ou moins long terme à la disparition. De plus, sa production atypique de vin blanc, dans un terroir de rosé, ne plaide pas en sa faveur. «On jouait tout simplement notre survie économique. Et cela, tout le monde l'a compris, assure Michaël Latz. Mais quand j'ai abordé la question de l'agriculture biologique, je m'attendais à rencontrer de la résistance, de l'incompréhension, de la méfiance. Ce fut le contraire, à de très rares exceptions près, l'adhésion a été totale.»
Très vite, les quelque 80 vignerons, qui travaillent 90% des surfaces agricoles de Correns, se mobilisent comme un seul homme. Ils croient dur comme fer au projet de Michaël Latz. Ils savent aussi qu'ils ont des avantages naturels. Leur sol, riche, sec et ensoleillé, est peu exposé aux maladies de la vigne. Les exploitations sont familiales et la culture traditionnelle perdure. Le pari du bio peut être remporté à moindre risque. Mais avant de faire le grand saut, ils doivent encore attendre trois ans pour que les sols se purgent des produits chimiques et que la production puisse être certifiée. Les aides non négligeables de l'Etat en matière d'agriculture biologique - 838,47 euros par hectare - leur permettent d'acquérir le matériel nécessaire et de tenir le coup.
Aujourd'hui, la quasi-totalité des vignes et 95% des terres restantes, soit un total de 300 hectares, sont cultivées selon les critères du bio. Aucun pesticide n'est désormais employé. Seuls le sulfate de cuivre et le soufre, pour combattre le mildiou et l'oïdium, sont utilisés. La coopérative, qui était sur le point de fermer faute de rentabilité, a avalé sa voisine du village du Val. La production est passée de quelques dizaines de milliers de bouteilles en 1996 à près de 900 000 aujourd'hui. Regroupés dans l'association des maîtres vignerons bio de Correns, les viticulteurs ne regrettent pas leur choix. «On peut dire que le passage au bio a changé la donne, se réjouissent Denis Mispre et Marc Simon, vignerons de la coopérative. Nous avons pu améliorer considérablement la qualité de nos vins, rouges, blancs et rosés et atteindre des marchés à l'export. Bien sûr, la façon de travailler est différente. Il faut être beaucoup plus présent dans les vignes et plus attentifs. Mais à la fin, tout le monde y gagne.»
Correns a réussi à faire de son handicap un atout. «Nous avons pu affiner et valoriser nos vins blancs, une tradition ancienne à Correns. Les ventes ont véritablement décollé», expliquent les frères Jean-Pierre et Bruno Guibergia du domaine de la Grande Pallière.
L'expérience a aussi redonné vie au village. Les terres à vignes en repos - l'arrachage a lieu en moyenne tous les six ans - servent désormais à cultiver des plantes aromatiques et médicinales, lavande, sarriette, sauge, origan, thym... Une distillerie doit très prochainement voir le jour. Dix années sans adjonction de produits chimiques dans les sols commencent également à porter leurs fruits. Un céréalier, des maraîchers, un apiculteur, un éleveur de poules et un chevrier, qui fabrique des fromages, ont suivi le mouvement. L'agriculture biologique est désormais la marque de fabrique de Correns.
La mairie a été refaite en haute qualité environnementale (HQE) et le conseil municipal soutient l'énergie solaire à travers des heures d'expertises en HQE offertes lors du dépôt de tout permis de construire. Le troisième week-end d'août est, depuis 2000, le rendez-vous de la Fête de la bio et du naturel. Chaque semaine, la cantine scolaire sert un repas bio aux enfants. En 2001, la commune a été récompensée pour sa politique globale par le trophée des éco-actions des Eco maires et, en 2002, par le ministère de l'Environnement, label «Merci, dit la planète».
La protection de l'environnement a aussi permis au village de développer l'écotourisme. Correns possède désormais une capacité d'accueil d'environ 200 lits, un hôtel de charme et deux restaurants. Un moyen pour les familles de diversifier leurs activités et leurs revenus. L'expérience est unique en France. Car, à Correns, le passage à l'agriculture biologique s'est fait sans rupture sociale ni idéologie. Etre bio n'est ni une posture ni un choix intellectuel ou politique. Au marché, on ne trouve ni poncho en poil de lama ni batik parfumé au patchouli. En se transformant de l'intérieur, avec l'adhésion de ses habitants autour d'un vrai projet de développement durable, Correns a retrouvé une joie de vivre provençale et un accueil que l'on croyait disparu. Les jeunes sont restés au village, qui enregistre un taux record de naissances. Les commerces et les services de proximité se sont maintenus. Comme au temps de la République de 1848 et du Midi rouge, les conversations s'enchaînent toujours dans la salle du Cercle de l'Avenir, le seul café de Correns. Le musicien occitan, Miqueu Montanaro, qui a installé son centre de création des nouvelles musiques traditionnelles au fort Gibron, au coeur du village, s'y sent comme chez lui.
«Nous ne sommes pas des intégristes du bio, précise Michaël Latz. Notre démarche est aussi économique qu'écologique. Il est évident qu'il serait impossible en l'état actuel des choses de faire du biologique partout. Mais nous avons prouvé, il me semble, qu'une approche mêlant respect de la nature et technologie moderne permettait un développement durable, au vrai sens du mot.»


Non, l’agriculture biologique n’approvisionne pas que les boutiques des quartiers bourgeois. Dans les pays pauvres, elle se révèle un atout pour la subsistance des populations, leur santé et leur indépendance.
Et si le bio pouvait vaincre la faim dans le monde ? Vue d’ici, la question paraît saugrenue. C’est pourtant l’avis de la FAO, la très sérieuse organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui, dans un rapport publié en mai dernier, bat en brèche une belle poignée d’idées reçues. D’abord, l’agriculture biologique n’est plus seulement l’apanage des pays riches.
Présente dans 120 pays, elle couvre désormais 31 millions d’hectares. Surtout, les conversions se multiplient dans les pays en développement. Comme en Égypte, où pénurie et pollution de l’eau ont favorisé le passage au bio. Ou même en Chine, où, selon le rapport de la FAO, les surfaces qui lui sont consacrées ont quasiment triplé entre 2003 et 2005 (de 342 000 à 978 000 ha). Mieux : la FAO ne lui reconnaît que des qualités. Environnementales, bien sûr, mais aussi socio-économiques. Parce que les techniques biologiques préservent la qualité des sols, le bio renforce la stabilité des approvisionnements en aliments. Comme il produit des espèces de meilleure qualité, il améliore l’apport en nutriments des ménages. Surtout, l’agriculture biologique permet le « développement de systèmes alimentaires autonomes performants ». En clair, la création à l’échelle familiale de potagers, vergers, à moindre coût. « L’agriculture conventionnelle moderne est réservée aux riches, car elle a recours à des intrants chimiques hors de prix, affirme désormais sans complexe Pierre Rabhi, grand défenseur de l’« agroécologie », une démarche globale autour de l’agriculture bio. Or, on a voulu l’imposer dans les pays du Sud. Une absurdité ! » Alors qu’un simple retour au bon sens contribuerait, selon lui, de lutter plus efficacement contre les famines. Plus facile à dire qu’à faire ? Pas si sûr. Peu médiatisées, des expériences réussies prouvent qu’avec un peu de formation aux techniques biologiques (compost, engrais naturels), et le retour à des semences adaptées au terroir, le bio permet de nourrir urbains ou campagnards du Sud.
Vilma Cala, une habitante des quartiers pauvres de Rosario, troisième ville d’Argentine, avait bien du mal à nourrir ses quatre enfants avec son seul salaire de domestique, jusqu’à ce qu’elle puisse cultiver ses propres plantes et légumes... Citée dans plusieurs rapports internationaux, son histoire fait figure de modèle. Car Vilma est l’une des bénéficiaires d’un programme à succès, Pro-huerta (pour le maraîchage, en français), une initiative d’agriculture urbaine gérée par le ministère argentin du Développement social et l’Institut national de technologie agricole (Inta). Lancé il y a une quinzaine d’années, Pro-huerta a permis à plus de 3 350 000 Argentins de vivre mieux en cultivant leur propre potager. Des familles qui sont désormais autosuffisantes à 70 % en fruits et en légumes. Comment ? Grâce au bio ! « Nous avons constaté que les techniques d’agriculture biologique étaient les mieux adaptées à une population à faible revenu, explique, dans un rapport sur le sujet, Daniel Diaz, l’un des ingénieurs agronomes chargé du programme. C’est une façon naturelle, économique et sûre de produire des aliments. Économique, parce que ce type d’agriculture permet, à terme, l’autosuffisance. Et sans danger, car aucun produit toxique n’est utilisé. »
Pro-huerta, c’est aussi une méthode efficace. Dans chaque quartier sont nommés des « promoteurs », souvent maraîchers eux-mêmes. Formés à l’agriculture biologique, ils sèment la bonne parole dans les familles. Les collectivités locales créent ensuite un jardin modèle, où chacun peut observer les travaux en cours. Histoire de donner envie aux habitants, mais aussi de tester les variétés et les techniques adaptées au terroir. Reste ensuite à répartir les terrains libres de la ville et à distribuer des semences aux familles volontaires. L’idée commence même à faire des petits : en Haïti, notamment, où Pro-huerta a été lancé aux Gonaïves, une ville dans l’ouest de l’île, en septembre 2005. Avec succès : 2 000 familles et plus de 24 écoles participent désormais activement au programme.
En Argentine, un cercle vertueux s’est, peu à peu, instauré. Non seulement les habitants améliorent leurs repas quotidiens, mais certains créent leur activité économique. À partir de la production des jardins, 8 500 petites entreprises communautaires, employant 350 000 personnes, se sont ainsi montées à travers le pays : vente de légumes et de fruits sur les marchés, mais aussi ateliers de fabrication de produits artisanaux.


A Ivry, une société conçoit les étiquettes carbone des produits de Casino. Une fabrique de transparence, ça peut ressembler à un pavillon discret de deux étages, entouré d’un petit jardin à Ivry-sur-Seine, dans la banlieue parisienne. Le siège de Bio Intelligence Service (BioIS), où six consultants - sur les 35 que compte la société - conçoivent en ce moment les étiquettes environnementales qui orneront dans quelques semaines les produits de la marque distributrice Casino (Libération du 10 septembre). Des étiquettes qui devraient comporter des données chiffrées sur la quantité de CO2 émise par le transport du produit ou la fabrication de son emballage ainsi que sur le taux de déchets recyclables. Le tout assorti d’un code couleur simple pour identifier d’un coup d’œil les produits vertueux. «Il est temps de rendre ces informations transparentes, lisibles, assure Eric Labouze, directeur général et fondateur de BioIS, afin de placer le consommateur devant ses responsabilités.» C’est donc sa société qui a été chargée par Casino de décerner ces bons ou mauvais points carbone à votre yaourt, vos filets de poisson surgelé ou votre shampoing, avec la validation de l’Ademe (1). Fondée en 1989, BioIS s’est spécialisée, avant que ce soit à la mode, dans l’étude et le conseil en environnement et notamment dans l’ «analyse du cycle de vie». Un concept, encadré par des normes internationales, qui consiste à évaluer l’empreinte environnementale d’un produit «du berceau à la tombe» ; de la ressource première au déchet final, en passant par le transformateur, le transport, le consommateur... Une façon de dresser la carte d’identité du produit, avec sa consommation en ressources naturelles (eau, charbon, bois, minerais, argile...) et l’ensemble de ses rejets dans l’air, l’eau, les sols et en déchets. Forte de ce savoir-faire et de la masse de données accumulées depuis quinze ans, la société est aujourd’hui en mesure de fournir 3 000 «étiquettes environnement» à Casino en moins d’un an.
Recette. Revenons à notre yaourt aux fruit. Pour l’évaluation, le fournisseur doit communiquer la recette exacte de son produit (en gros du lait, de la purée de fruits, des ferments lactiques, du sucre), la liste des fournisseurs et le nombre de kilomètres que chaque ingrédient doit parcourir jusqu’à l’usine, en y incluant le mode de transport. Et bien sûr la quantité d’emballages : le pot, le carton qui l’entoure, l’emballage pour le transport… Puis, rebelote chez le fournisseur «de rang 2» : la coopérative laitière, le fabricant de purée de fruits, la raffinerie de sucre, les fabricants d’emballages...
«Boîtes noires». Quand l’ensemble du produit est décomposé, les bases de données constituées au fil des ans permettent d’évaluer le coût carbone du produit. «On est plutôt bien reçu, raconte Eric Labouze. Les fournisseurs ont compris que c’était le chemin que tout le monde allait suivre. Même s’il reste encore pas mal de boîtes noires dans l’industrie. C’est un peu plus compliqué quand on remonte à des composants venant de l’industrie chimique ou de l’industrie cosmétique. Cette dernière, par exemple, juge que le consommateur n’est pas encore assez sensible à ces enjeux.» Car l’agrégé de biochimie et diplômé d’HEC en est convaincu : c’est du consommateur que viendra la solution. «Il ne faut pas attendre que les changements viennent de l’industrie. Ça fait dix ans que les industriels se regardent en se demandant si le consommateur est prêt.» C’est pour ça que la dernière partie du travail consiste à donner un sens à toutes les données collectées.
Dans le cas de Casino, deux indicateurs CO2 sont en cours de test : les émissions liées à la fabrication de l’emballage (en grammes) et celles liées au transport, ramenées à une seule unité : le kilomètre de camion. «C’est une mesure pédagogique de l’impact climatique, précise Eric Labouze. Mieux vaut parfois un bateau qui fait 10 000 km qu’un camion qui en fait 2 000 ». BioIS travaille déjà à des indicateurs plus complets, prenant en compte l’ensemble du cycle de vie du produit. En attendant, la société (qui vit pour moitié de commandes privées, pour moitié de commandes publiques, notamment de la Commission européenne) se développe à la vitesse de l’intérêt croissant pour le développement durable. Son chiffre d’affaires à été multiplié par quatre en deux ans et les embauches se multiplient. « Depuis deux ou trois ans, on sent un intérêt des ingénieurs. Pour un poste on reçoit 500 CV !» Après des années à «travailler dans l’ombre», BioIS va ainsi commencer à toucher les dividendes de son statut de pionnier. Surtout si ces étiquettes finissent par devenir obligatoires...
(1) Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.
http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/283949.FR.php


Rien de tel que le contact avec la nature pour transmettre la vie et apprendre, ou ré-apprendre, à l’apprécier : c’est la conviction d’Anne Ribes, fondatrice en 1997, avec son mari, de l’association Belles Plantes, qui crée et anime des “jardins guérisseurs” dans les hôpitaux ou les maisons de retraite. Infirmière en milieu hospitalier depuis la fin des années 60, Anne Ribes part un peu plus tard en famille vivre à la campagne : émerveillée devant la beauté de la nature, elle reprend des études de paysagiste. C’est la révélation : elle décide de concilier ses deux passions et crée Belles Plantes, avec l’idée d’implanter dans les hôpitaux des jardins dont s’occuperont les malades, enfants ou personnes âgées. Un ami pédopsychiatre à La Pitié Salpétrière, conquis par son projet, lui donne un lieu ensoleillé : Anne y anime des ateliers hebdomadaires de jardinage pour les enfants autistes. “Le personnel a vu très vite l’importance de cette activité pour les enfants, qui se calmaient instantanément, souriaient, offraient des fleurs à leurs parents pour la première fois…” Convaincue que le jardin transmet la force de la vie, Anne a également créé il y a 5 ans un jardin de 100 m2 à l’Hôpital de Colombes : les platebandes sont réhaussées pour être accessibles depuis un fauteuil roulant et les personnes âgées y jardinent de mars à juin avec les enfants de la maternelle voisine. Récompensée par le Prix Henry Ford en 1999 puis le Prix Yves Rocher en 2002, Anne rêve désormais d’un réseau d’hôpitaux verts… et regrette que l’on investisse plus facilement, en France, sur le bâti que sur la nature.
Pour aller dans son sens, des études américaines ont montré dans les années 80 que des patients hospitalisés qui jouissaient de la lumière naturelle et d’une vue directe sur des arbres à l’extérieur bénéficiaient d’un temps d’hospitalisation post-opératoire plus court, créaient moins de tension avec le personnel et présentaient moins de complications mineures à traiter (maux de tête, nausées, etc.) que les groupes-témoins qui n’avaient pour leur part qu’une vue sur un mur voisin. Depuis, les jardins thérapeutiques ont fleuri dans les hôpitaux outre-Atlantique, comme au Samaritan Lebanon Community Hospital (Oregon), équipé d’un jardin jaonais connu par les architectes-paysagistes de Kurisu International qui se sont spécialisés sur ces prestations, au centre de cancérologie du Massachussets General Hospital ou encore au Virginia Thurston Healing Garden de Harvard.


Propos recueillis par Dominique Leglu
Riches en protéines, les légumineuses, déjà cultivées il y a 9500 ans, devraient, selon le botaniste, retrouver le chemin de nos assiettes
Dans son bureau de la colline Sainte-Croix, au coeur de Metz, trône un magnifique bouquet d'orchidées blanches(« mais ce sont des fausses que ma petite cousine a apportées !»). Sous la fenêtre, au coeur du cloître des Récollets, verdit un jardin piqueté de noms latins, de l ' Humulus lupulus ( houblon ) à la Filipendula ulmaria( reine-després ) en passant par le Taraxacum officinal ( pissenlit ) ou la Lavendula ( lavande )... Botaniste, il dit qu'il est devenu « généraliste de l'écologie , par nécessité » ( 1 ). Résultat : Jean-Marie Pelt, 73 ans, président de l'Institut européen d'écologie et père de « l'écologie urbaine », parlera toujours avec passion de ses premières amours. Outre L'Aventure des plantes , deux séries télévisées devenues célèbres, une dizaine de ses ouvrages ont été consacrés aux fruits, fleurs, légumes, plantes magiques... Et son récent Ces plantes que l'on mange ( 2 ) regorge d'anecdotes savoureuses. Rencontre roborative.
Les légumineuses, lentilles et pois ! Je crois que notre alimentation manque de ces légumes secs, riches en protéines. On sait peu qu'elles ont fait partie de la révolution du néolithique. On croit toujours qu'il y a 9500 ans ou plus, au Proche-Orient, n'ont été domestiquées que les céréales, l'orge ou le blé...
Oui, il a volé aux dieux leurs secrets, et il s'agissait aussi bien de ceux de la technologie que de l'agriculture. Mais outre les céréales, il y eut aussi les lentilles et les pois qui ont joué un rôle très important, très longtemps. On en a retrouvé dans les tombes égyptiennes vieilles de 4200 ans, et chacun connaît l'épisode étrange de la Bible où Esaü vendit à Jacob son droit d'aînesse pour un plat de lentilles... Au début du siècle dernier, pois et lentilles étaient encore au menu des casernes et des pensionnats. Mais comme ces derniers se font rares, ils ont quasi disparu avec. Or, ils nous apportent directement des protéines !
Il est important d'expliquer le problème écologique posé par la viande rouge. C'est probablement une erreur d'en manger trop parce que, pour la fabriquer, il faut énormément de plantes. Si un boeuf fournit 1500 repas, les plantes à protéines pour le nourrir (« tourteaux de soja », par exemple ) pourraient en assurer 18 000 ! Et ce, sans compter les engrais, les pesticides, tout un investissement en chimie ( donc en pétrole ) important pour faire pousser ces plantes. Nous sommes là dans une sorte d'économie de riches et de gaspillage, sans impact très favorable sur la santé.
C'est un terme très ancien, repris par les botanistes classificateurs à partir du XVIIe siècle pour définir les plantes dont le fruit était appelé légume. C'est-à-dire une gousse, quelque chose qui pend. C'est la gousse des petits pois, des haricots, des « casses » ( ces fruits qu'on utilisait comme médicament autrefois ), avec leurs graines alignées.
Oui, ce serait assez sage pour son apport de protéines. Mais aussi pour une autre particularité importante des légumineuses : ce sont presque les seules plantes à savoir fixer l'azote atmosphérique dans leurs racines. Elles font donc entrer l'azote dans le cycle de la vie, y compris dans nos propres cellules, ce qui nous permet de fabriquer nos propres acides aminés. L'ADN et toutes les grandes molécules ont besoin de cet azote que les légumineuses prennent dans l'atmosphère, fixent dans le sol par de petits nodules - aidés en cela par les bactéries - et font passer dans la plante. C'est une des plus belles symbioses de la nature, ici entre bactéries et plantes.
On n'en mange effectivement pas assez, et de loin. C'est ce que l'on essaye de compenser par les fameux alicaments ou les séries vitaminiques. Pourtant, on connaît bien les effets protecteurs, antiradicalaires ou préventifs des fruits et des légumes. Le citrus et les fraises qui apportent la vitamine C. La pomme et ses vitamines C, A, E, B 1, B 2... J'ai mon idée sur ce déficit alimentaire. Il vient de ce que les fruits ont été sélectionnés pour leur beauté et non leur « bonté ». On connaît ces fraises superbes et sans goût qui nous viennent à Noël du Chili ! C'est d'ailleurs amusant qu'elles viennent de là, car c'est leur origine ( avec la Virginie ). C'est un navigateur français, le bien nommé Frézier, qui a rapporté en 1713 cinq plants d'une plante indigène d'où sont issus la plupart des plants de grosses fraises aujourd'hui cultivées. Puisqu'elles voyagent en avion, ces fraises dégagent une quantité gigantesque de gaz à effet de serre : 3 à 4 kilos de gaz carbonique par kilo de fruits transportés, bilan énergétique épouvantable qui contribue au réchauffement de la planète. De surcroît, elles n'ont pas forcément beaucoup de goût, car elles ont été « forcées » à pousser, de même que les fraises venant d'Espagne tôt dans l'année.
Oui, la fraise des bois qui existe encore à l'état sauvage mais ne connaît pas une forte commercialisation. Elle était suspecte aux yeux des Romains, parce qu'ils pensaient qu'on se faisait mordre par des vipères quand on la récoltait. La mauvaise réputation des fraises des bois vient de Virgile... Aujourd'hui, on a peur qu'un renard ait fait pipi dessus, et les voilà encore suspectes !
Il s'agissait d'une hiérarchie entre les éléments. Le plus noble, c'était l'air, le moins noble, la terre. Le raisonnement allait ainsi : si on pousse à partir d'un élément peu noble comme la terre, mieux vaut être un fruit car on est porté par l'air, qu'une racine, complètement dans le sol. Les oiseaux, complètement dans l'air, étaient considérés comme vraiment très très bons. Voilà pourquoi les nobles allaient à la chasse aux faisans, aux perdrix... Les quadrupèdes, eux, étaient vus comme moins nobles, car ils ont les pieds par terre. Mais comme ils sont en l'air aussi, ils étaient... ambigus. Quant aux oignons, ils n'étaient pas ambigus du tout, poussant horriblement dans le sol. Ils étaient donc mal jugés et destinés aux pauvres gens.
Peut-être l'intérêt renouvelé pour l'exotisme, pas seulement pour prendre des vacances aux Maldives, mais pour se baigner dans les « saveurs d'ailleurs ». C'est ruineux, désastreux pour la planète, mais c'est « tendance ».
A midi, c'est vrai, nous avons eu des pommes de terre avec du colin. C'est léger et frais pour la saison, avec une bonne bière.
Savez-vous que les fondamentaux de la nourriture demeurent dans les régions ? En 2004, une enquête menée par l'Inserm ( Institut national de la santé et de la recherche médicale ) pour comparer la nourriture de Toulouse, de Lille et de Strasbourg a montré qu'on continuait à consommer nettement plus de vin, de pain et d'huile d'olive à Toulouse, alors que dans le Nord, il y a plus de bière, de pommes de terre et moins de fruits et légumes. La différence existe encore, et elle est au bénéfice du monde méditerranéen, du point de vue de la santé.
C'est en effet l'archétype du régime méditerranéen, avec du pain, du vin, de l'huile d'olive, issu de trois plantes - blé, vigne, olivier - éléments essentiels de l'Antiquité méditerranéenne. Trois plantes symboliques reprises d'ailleurs par le christianisme pour l'eucharistie et les saintes huiles... Dans ce régime, il y a aussi beaucoup de fruits, de légumes, de poisson, et peu de viande rouge...
Oui, sauf que ce n'est ni l'un ni l'autre, puisqu'il s'agit d'un symbole, d'un mythe. Mais oui, dans le mythe, il s'agit de la figue.
Sous forme de fruit sec, c'est très bon, elle apporte des vitamines et du sucre. Nous devrions manger plus de fruits secs, pas seulement des figues, mais des abricots, dattes, amandes, noisettes, noix de cajou...
En effet, huile vient d' « oleum » , « olea » signifiant olivier...
La tomate apporte beaucoup d'eau, elle ne rassasie pas mais oui, elle est agréable au goût. C'est un fruit acidulé, conçu surtout pour le plaisir, c'est un agrément...
Oui, elle est venue à Paris avec les volontaires marseillais qui chantaient la Marseillaise pendant la Révolution, en 1791, alors qu'elle était arrivée en Espagne deux siècles et demi plus tôt depuis les Andes péruviennes où les Incas la cultivaient bien avant l'arrivée des conquistadors !
Les Indiens de la cordillère des Andes conservaient longtemps les pommes de terre sous forme de petites noix en les déshydratant. Ils les exposaient au froid la nuit et à la chaleur le jour. Après sa découverte en 1532 par les Espagnols, la pomme de terre a été cultivée dès 1680 en Prusse et vantée par Frédéric le Grand, ce qui a valu à ce légume prussien une très mauvaise réputation en France. Longtemps, les nutritionnistes n'ont de toute façon vu dans ce tubercule qu'une simple nourriture destinée aux cochons !
Ce sont les Belges qui ont découpé des morceaux de pomme de terre en forme de petits poissons et les ont jetés dans la friture. Et ce, parce que la Meuse était gelée et qu'ils n'avaient rien pu pêcher. Ainsi ils ont inventé les frites, au début du XIX e siècle. Une façon assez tardive d'accommoder la pomme de terre, légume qui apporte un peu de protéines, un peu de vitamine C, beaucoup d'amidon. Elle est très nutritive mais pas très diététique.
La diététique, c'est l'art de l'alimentation. Il y a dans ce mot l'idée d'une alimentation de qualité, à la fois variée, équilibrée, modérée...
Je crois qu'on a toujours mangé selon les traditions culturelles de la région dans laquelle on habitait. Rappelez-vous comme les Romains ont été épouvantés quand ils ont vu les Barbares boire du lait - ce qu'ils ne faisaient jamais - et surtout manger beaucoup de viande - alors qu'eux-mêmes en consommaient très peu, seulement celle en provenance des sacrifices rendus à l'empereur et aux dieux. Et cette viande sacrificielle était l'apanage des riches.
Quand j'ai fait mes études il y a une cinquantaine d'années, l'idée qu'il puisse y avoir un rapport entre alimentation et santé n'existait pas ! Bien sûr, on savait bien que si on mangeait des baies de belladone, on mourait ; on connaissait les champignons mortels. Mais l'idée d'un rapport entre la qualité alimentaire et la santé était absente. Cela allait à l'encontre d'un adage célèbre d'Hippocrate : « Que ton aliment soit ton médicament. » A l'encontre de toute la tradition médicale chinoise qui insiste beaucoup sur l'alimentation garante d'une bonne santé. A l'encontre de toute la tradition indienne qui dit la même chose dans les Veda. Aussi extraordinaire que cela paraisse, nous avions oublié tout cela. Nous n'avions que des régimes curatifs, par exemple pour le diabète. On ne pensait pas au préventif, on n'aurait pas eu l'idée de dire aux consommateurs : mangez des yaourts pendant quinze jours et ensuite, vous aurez une forme éblouissante ! Cette culture n'a émergé qu'il y a environ trente ans... (1) Son dernier ouvrage s'intitule C'est vert et ça marche ! février 2007, éd. Fayard. 2 ) Septembre 2006, éd. Chêne.


Dérouté par l'abondance des produits, des « conseils santé » et des slogans publicitaires, le consommateur doit retrouver le sens de l'équilibre alimentaire.
Bien manger entre plaisir et santé
La beauté est-elle dans le yaourt ?
« Ne plus manger avec sa tête mais avec son coeur »
Les alicaments entre science et allégations
Petite leçon de marketing
Le régime prévention
Le cas particulier de l'immunité
Pour accéder au sommaire et aux articles de ce numéro :
http://sciencesetavenirmensuel.nouvelobs.com/hebdo/parution/p724/


Les prix des produits agricoles s'envolent. La diminution des terres arables et des ressources en eau couplée à l'augmentation de la population mondiale fait craindre une pénurie alimentaire.
L'agriculture nourrit aujourd'hui plus ou moins bien 6,5 milliards d'êtres humains. Plus ou moins bien parce qu'elle n'empêche pas 850 millions d'entre eux de souffrir de la faim. Comment fera-t-elle demain pour assumer l'augmentation prévue de la population mondiale, qui devrait culminer en 2050, dans deux petites générations, a 9 milliards d'hommes ? La question agite moins la communauté internationale que le réchauffement climatique ou la raréfaction de l'eau potable. Mais elle constitue comme eux un défi d'ampleur planétaire et ne va pas tarder à s'imposer comme une menace majeure.
D'ailleurs, des signaux inquiétants ont fait leur apparition. Les réserves mondiales de céréales ont diminué sensiblement ces dernières années : après avoir représenté durant des décennies six mois des besoins alimentaires globaux, elles n'en couvrent plus que trois désormais. Et les prix des produits agricoles, qui ont connu pendant très longtemps une tendance à la baisse, subissent désormais une forte pression à la hausse. La demande s'accroît plus vite que l'offre. Ou est le problème, demandera-t-on ? L'agriculture s'est bien adaptée, au cours du XXe siècle, à une augmentation de la population mondiale de plus de 4 milliards d'êtres humains. Pourquoi ne parviendrait-elle pas à gérer avec un même succès une croissance de 3 milliards de personnes en une cinquantaine d'années ? La remarque est légitime. Mais voilà: la situation ne se présente pas du tout de la même manière dans les deux cas. «Jusqu'ici, on a fait plus avec plus, résume Bruno Parmentier, directeur du groupe ESA (Ecole supérieure d'agronomie d'Angers). Plus de terre, plus d'eau, plus de mécanisation. Or maintenant, il va falloir faire plus avec moins.»
La terre. Entre 1945 et 2000, l'homme a mis en culture davantage de sols que pendant les XVIIIe et XIXe siècles réunis. Mais il a maintenant atteint les limites physiques de la planète. Si des espaces vierges subsistent, en Amazonie, en Afrique et en Asie tropicale, ils ne peuvent pas être conquis sans détruire des forêts essentielles à l'équilibre écologique de la planète. Donc sans poser d'énormes problèmes environnementaux, en accélérant le réchauffement climatique par exemple.
Et puis, à l'autre bout de la chaîne, des terrains agricoles disparaissent, sous l'effet de l'urbanisation, de l'érosion, de la salinisation.
L'eau. L'agriculture est parvenue à accroître largement sa productivité ces dernières décennies en recourant massivement à l'irrigation. Au XXe siècle, elle en a fait profiter quelque 200 millions d'hectares. Mais ce temps-la est terminé. Les barrages existants se sont élevés là où ils étaient le plus faciles et le meilleur marché à construire. Les prochains seront plus compliqués et plus chers à mettre en place. Certaines des principales nappes phréatiques du globe - celle de la vallée du Gange, en Inde, celle d'Ogalala, aux Etats-Unis - sont tellement sollicitées que leur niveau est en chute libre. Le réchauffement climatique enfin, en réduisant la taille des glaciers, promet des débits de rivières de plus en plus faibles en été. Resultat : seuls 40 millions d'hectares supplémentaires pourraient bénéficier de l'irrigation au cours du XXIe siècle.
La mécanisation. Les meilleurs rendements sont atteints là où l'agriculture emploie de puissants véhicules et de grosses quantités d'engrais. Or, les uns et les autres dépendent du pétrole. Et le pétrole, resté abondant et bon marché pendant la seconde moitié du XXe siècle, paraît condamné à devenir de plus en plus rare et cher. Certains paysans, et les subventions qui leur sont versées, ne parviendront pas à suivre.
Et puis, pour tout arranger, l'agriculture n'est plus censée subvenir uniquement aux besoins alimentaires de l'humanité. Dorénavant, elle a pour seconde mission de la pourvoir également en carburant. «Le bioéthanol à base de canne à sucre devient intéressant à fabriquer à partir d'un baril de brut à 34-35 dollars, celui à base de maïs a partir d'un baril à 44-45 dollars, indique Pierre Rainelli, directeur de recherche honoraire à l'Institut français de recherche agronomique (INRA). Or, le pétrole était coté l'autre jour à 75 dollars à New York et 70 dollars à Londres.» Les conséquences en sont claires et ne se sont pas fait attendre. 20% de la production américaine de maïs va dorénavant à la production d'énergie, pour remplir non plus des ventres mais des réservoirs. Et des terres vouées jusqu'ici au blé se convertissent au maïs. La concurrence des biocarburants menace partout la production alimentaire. Mais le risque de disette n'en est pas moins très inégalement réparti d'un continent à l'autre. L'Europe et l'Amérique du Nord n'ont pas trop de soucis à se faire étant donné leurs surplus actuels et leur faible taux de croissance démographique. L'Asie va connaître davantage de difficultés, puisqu'elle se trouve au maximum de ses capacités productives et qu'elle s'apprête à gagner plus d'un milliard d'habitants. Mais sa bonne santé économique devrait lui permettre d'importer de grosses quantités de nourriture, notamment d'Amérique latine. L'Afrique, elle, semble plus mal partie que jamais. Vu son état de misère et ses taux de fécondité record, il lui faudrait multiplier par cinq sa production, d'ici à 2050, pour s'en sortir. Or, elle souffre d'une conjonction de rendements extrêmement faibles et de gouvernance désastreuse qui ne lui laisse guère d'espoir.
Alors, que faire ? La chimie a offert une solution miracle au XXe siècle, en mettant à disposition des agriculteurs les engrais azotés, bien plus performants que les excréments de bétail, ou le guano, utilisés jusqu'alors. Mais elle n'a pas de révolution comparable à proposer pour accroître la productivité des terres au XXIe siècle. Il faut par conséquent chercher ailleurs. Bruno Parmentier suggère deux pistes : l'organisation et la biologie.
«L'organisation a une influence immense sur les rendements, souligne le directeur du groupe ESA. En 1920, les cours des céréales se fixaient à Odessa, pas à Chicago. Aujourd'hui, plus personne ne sait où se trouve Odessa. Et pourquoi? Parce que l'Ukraine, qui dispose avec la Russie des meilleures terres agricoles du monde, a souffert depuis lors de politiques agricoles désastreuses. Mais attention ! Cet exemple n'est pas désespérant. Il signifie aussi que ce pays dispose d'une marge de progression considérable, qu'il pourra combler s'il est à nouveau correctement géré.» Idem pour d'autres régions du monde, à commencer par l'Afrique, où la productivité a une marge de progression exceptionnelle.
Quant a la biologie, beaucoup prédisent qu'elle sera au XXIe siècle la bonne fée que la chimie a été au XXe. Une bonne fée capable de relever les deux défis auxquels l'agriculture est confrontée: la nécessite de respecter davantage l'environnement tout en élevant encore les rendements. La chimie a «artificialisé» la production, en la soutenant avec de nombreux produits de fabrication humaine, engrais, pesticides, etc. La biologie tendrait a la «renaturaliser», en cherchant un surplus d'efficacité dans le fonctionnement même des plantes. «Il s'agit de solliciter les mécanismes naturels mais aussi de les accélérer, précise Bruno Parmentier. Et pour y arriver, l'emploi d'organismes génétiquement modifiés (OGM) est incontournable. Cette technologie rencontre des résistances très médiatisées. Mais elle n'en est pas moins en plein développement : utilisée actuellement sur une superficie équivalant à cinq fois la surface agricole française, elle occupera cinquante fois plus de terres dans dix ans. Et pour cause. Elle est en mesure de relever les principaux défis du présent, en créant notamment des plantes plus riches en protéines, moins consommatrices d'eau et plus résistantes au sel. Qui dit mieux ?»
La révolution biologique représente davantage une promesse, aujourd'hui, qu'une réalité. Elle requiert encore un travail de recherches colossal pour donner sa pleine mesure. La somme des découvertes à réaliser n'est pas le problème principal cependant. «Le plus inquiétant est la rapidité avec laquelle tout cela devra être accompli, confie Michel Griffon, chercheur au Centre de coopération internationale pour la recherche agronomique sur le développement (CIRAD). Nous n'avons qu'une à deux générations d'agriculteurs pour passer le cap de tous les dangers, celui de 2050. Et nous pouvons avoir de sérieux doutes sur la capacité des Etats et des collectivités locales à s'organiser, comme sur celle du marché à s'adapter, dans un tel délai.»
Contrairement à une croyance largement répandue dans le monde développé, l'alimentation n'est pas un problème du passé. Elle est l'un des principales incertitudes de l'avenir.
«Nourrir la planète», de Michel Griffon, édit. Odile Jacob, Paris, mai 2006, 456 pages.
«Nourrir l'humanité - Les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle», de Bruno Parmentier, édit. La Découverte, Paris, 2007, 275 pages.
«L'agriculture de demain - Gagnants et perdants de la mondialisation», de Pierre Rainelli, édit. Félin, 2007.
Etienne Dubuis
L'humanité a deux façons de subvenir d'ici à 2050 à ses besoins alimentaires. La première, la plus évidente, est d'accroître sa production alimentaire. La seconde est de diminuer sa consommation. Il existe une marge de réduction évidente dans les pays industrialisés ou les individus, qui absorbent une moyenne de 3380 kilocalories par jour, mangent généralement trop. D'où, parmi eux, des problèmes d'obésité. Il y en a une autre, plus grande encore, partout ou les produits d'élevage occupent une place importante dans l'alimentation. Les animaux consomment davantage de calories qu'ils n'en produisent. Ce qui signifie que les calories animales (viande et lait) exigent plus de terres, d'eau et d'intrants que les calories d'origine végétale (céréales et légumineuses). Beaucoup plus : le rapport est de quatre pour un dans le cas du poulet et du porc, de onze pour un dans celui du mouton et du bœuf. Pour donner un exemple plus précis, un kilo de blé requiert en moyenne 1100 litres d'eau, un kilo de bœuf 13500. Conséquence : si l'humanité était végétarienne, elle aurait amplement de quoi se nourrir. Sans le souci d'avoir à augmenter sa production.
Mais c'est là une solution extrême. Se rapprocher de la diète des années 1950 serait déjà un progrès substantiel. Les Français consommaient alors chaque année 44 kilos de viande, 10 de poisson et 5 de fromage contre respectivement 85, 25 et 18 aujourd'hui. Et ils compensaient cela en mangeant davantage de pain (121 kilos contre 60) et de pommes de terre (153 contre 65). Un tel mouvement est-il souhaitable ? Il appartient aux nutritionnistes de le déterminer. Mais il risque d'apparaître un jour ou l'autre tout bonnement nécessaire.
Trois autres évolutions auraient à l'inverse des conséquences catastrophiques pour l'agriculture mondiale, soutient Bruno Parmentier : l'adoption du lait par les Chinois, la perte d'influence de la religion hindoue dans le domaine alimentaire et les greffes d'organes de porc à l'homme. La Chine produit à peine plus de lait que la France (29 milliards de litres par an contre 26 milliards) avec une population vingt fois plus nombreuse, explique le directeur du groupe ESA. Si ses habitants, en cours d'enrichissement accéléré, se décident à en consommer davantage, la pression sur l'agriculture mondiale sera énorme. Même problème en Inde, dont la religion dominante a jusqu'ici limité drastiquement l'absorption d'aliments d'origine animale. Et si les hindous, de plus en plus prospères, se laissaient tenter par la viande ? Enfin, si les médecins généralisent un jour les greffes d'organes de porc à l'homme, qui sait si notre relation à cet animal ne s'en trouverait pas bouleversée, au point de rendre sa chair taboue ? Et de détourner ses mangeurs vers la chair de bœuf, trois fois plus gloutonne en calories végétales? «Le métier des agriculteurs, sourit Bruno Parmentier, n'est plus de nourrir l'humanité. Il est de la faire maigrir.»


“L’agriculture biologique n’est plus un phénomène propre aux pays développés. En 2006, elle était pratiquée dans 120 pays sur un total de 31 millions d’hectares et représentait un marché de 40 milliards de dollars”, souligne la FAO dans un rapport Agriculture biologique et sécurité alimentaire présenté à la Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire qui s'est tenu du 3 au 5 mai 2007 au siège de la FAO.
Le rapport identifie les points forts et les faiblesses de l’agriculture biologique en ce qui a trait à sa contribution à la sécurité alimentaire. Il analyse les caractéristiques de la chaîne d’approvisionnement biologique au regard de la Plateforme du droit à l’alimentation. Et il formule des propositions en matière de politique et de recherche en vue d’améliorer les performances de l’agriculture biologique au triple plan national, international et institutionnel. “La principale caractéristique de l’agriculture biologique est qu’elle s’appuie sur des biens de production disponibles sur place et n’utilise pas de carburants fossiles; le recours à des procédés naturels améliore aussi bien le rapport efficience-coût que la résilience des écosystèmes agricoles au stress climatique”, selon le rapport.
“En gérant la biodiversité dans le temps (rotation des cultures) et l’espace (cultures associées), les agriculteurs bio utilisent la main-d’oeuvre et les services environnementaux pour intensifier la production de manière durable. Autre avantage: l’agriculture biologique rompt le cercle vicieux de l’endettement pour l’achat d’intrants agricoles, endettement qui entraîne un taux alarmant de suicides dans le monde rural.”
Le rapport reconnaît que “dans les pays en développement, la plupart des produits alimentaires biologiques certifiés sont destinés à l’exportation” et ajoute que “lorsque les cultures de rente sont liées à des améliorations agroécologiques et procurent des revenus supplémentaires aux paysans pauvres, cela entraîne une meilleure autosuffisance alimentaire et un regain de vitalité pour les petites exploitations agricoles”.
Toujours selon le rapport, certaines conditions doivent être réunies lorsqu’on se convertit à l’agriculture biologique. Il s’agit principalement de la connaissance agroécologique et de la disponibilité de la main-d’oeuvre. “La gestion biologique est une approche cognitive nécessitant une bonne connaissance des processus agroécologiques et elle reste une contrainte là où la main-d’oeuvre est rare, notamment au sein des populations décimées par le sida.” Toutefois, l’exigence d’une main d’oeuvre en nombre suffisant et les gains qui en découlent offrent, là où cette ressource est la plus abondante, des opportunités d’emplois tout en sauvegardant les moyens d’existence des ruraux, selon l'experte de la FAO Nadia Scialabba. Le rapport cite des modèles récents sur l’approvisionnement mondial qui montrent que l’agriculture biologique peut produire assez par tête d’habitant pour nourrir la population actuelle de la planète.
“Ces modèles suggèrent que l’agriculture biologique a le potentiel de satisfaire la demande alimentaire mondiale, tout comme l’agriculture conventionnelle d’aujourd’hui, mais avec un impact mineur sur l’environnement”, selon la FAO.
Le rapport invite les gouvernements à “allouer des ressources à l’agriculture biologique et à intégrer ses objectifs et ses actions dans leurs stratégies nationales de développement agricole et de réduction de la pauvreté, en mettant l’accent sur les besoins des groupes vulnérables”. Il insiste aussi sur l’investissement pour le développement des ressources humaines et la formation en agriculture biologique dans le cadre des stratégies de développement durable. Selon la Commission du Codex Alimentarius et toutes les réglementations nationales existantes, “l’agriculture biologique est un système de gestion globale de la production qui exclut l’utilisation d’engrais et de pesticides de synthèse et d’organismes génétiquement modifiés, réduit au maximum la pollution de l’air, du sol et de l'eau, et optimise la santé et la productivité de communautés interdépendantes de végétaux, d’animaux et d’êtres humains”.
La Conférence internationale sur l’agriculture biologique et la sécurité alimentaire a été organisée par la FAO en association avec l’Associazione Italiana per l’Agricoltura Biologica, le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes, la Fédération internationale des mouvements d’agriculture biologique, la Fondation internationale pour l’avancement rural, le Fonds mondial pour la nature, le Réseau Tiers monde, l’Institut de recherche pour l’agriculture biologique et l’Institut mondial de surveillance.
En savoir plus :
Les documents de la Conférence internationale sur l'agriculture biologique et la sécurité
alimentaire
http://www.fao.org/organicag/ofs/index_fr.htm
Auteur :
Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture
http://www.fao.org/index_fr.htm
http://www.notre-planete.info/actualites/
actu_1214_agriculture_biologique_defi_securite_alimentaire.php


Hasard géographique ou étonnante synchronicité : deux établissements alternatifs pour les enfants viennent d’ouvrir leurs portes dans le 19e arrondissement de Paris. Le premier s’adresse aux bébés : située sur le site de l’ancien hôpital Hérold, rue Francis Ponge, la première éco-crèche de 66 places, inaugurée en mars dernier par le Maire de Paris, accueille les tout-petits dans un bâtiment construit selon les principes de la haute qualité environnementale, avec des matériaux naturels et non-toxiques (peintures et vernis NF Environnement, sol en caoutchouc pour remplacer le polluant PVC, etc.), et toute une série de choix écologiques et ambitieux (60 m2 de panneaux solaires pour préchauffer l’eau sanitaire utilisée aux postes de change et dans les machines à laver, une toiture-terrasse végétalisée pour améliorer l’isolation du bâtiment et récupérer 30 à 50 % de l’eau de pluie afin de limiter l’engorgement des égouts et arroser le jardin, des ampoules à basse consommation imitant la lumière naturelle pour éviter l’éblouissement). Un engagement qui se retrouve dans les pratiques quotidiennes de la crèche, où la nourriture est bio et sans emballages superflus, les jouets et le mobilier sont en matériaux naturels (vois principalement), les produits d’entretien sont écologiques, les livraisons sont hebdomadaires et à 80% effectuées par des véhicules roulant au GPL, et le directeur (diversité oblige, c’et un homme !) a opté pour une politique « zéro lingette ».
Le second est bien parti pour prendre le relais du premier : Living School est une école bilingue privée innovante qui ouvrira à la rentrée prochaine sa première classe de maternelle (3-6 ans). Sous l’impulsion de sa fondatrice Caroline Sost, qui a mis 3 ans à mener à bien son projet, cette école propose, en plus du programme de l'Education nationale, d'enseigner aux enfants les attitudes essentielles de la vie : être autonome, avoir des relations harmonieuses avec les autres, être en bonne santé, comprendre le monde et y apporter sa contribution. Parrainée par Jean-Louis Servan-Schreiber (Psychologies Magazine), André Giordan (Professeur à l'Université de Genève, auteur de «Une autre école pour nos enfants») et Patrick Viveret (philosophe et magistrat à la Cour des Comptes), Living School fait aussi la part belle dans son cursus à l’éducation à l'environnement et au développement durable, à la citoyenneté et à la santé... Objectif : « préparer les enfants à lire, écrire et compter » mais aussi « à devenir des citoyens du monde, épanouis et responsables ».


Elles ne sont pas uniquement là pour faire joli, les fleurs. Elles matérialisent, sous nos latitudes tempérées, l'arrivée du printemps et le renouveau végétal. Partout dans le monde, elles sont le signe coloré et souvent odoriférant de la reproduction des plantes. Et celle-ci est bien plus diversifiée que dans le monde animal. Les stratégies mises en oeuvre par les plantes pour se reproduire sont d'une inventivité et d'une diversité remarquables. Toutes les solutions possibles et imaginables « sur le papier » sont mises en oeuvre dans la réalité.
D'espèce en espèce, les règles de perpétuation changent. Plus encore, à l'intérieur d'une même espèce, des différences apparaissent en fonction des moments et des « individus ». Ce qui, en passant, traduit une grande adaptabilité aux milieux et aux conditions et, parallèlement, donne aux hommes des outils naturels et puissants d'amélioration génétique des plantes. Certaines plantes ont une reproduction sexuée. C'est-à-dire que la graine qui pourra donner un nouvel « individu » est formée par l'apport d'une cellule mâle (le pollen des étamines) et d'une cellule femelle (dans le pistil).
Mais les plantes s'en voudraient d'être aussi simples. Ainsi, certaines plantes possèdent des fleurs portant à la fois des étamines et un pistil. D'autres uniquement des étamines, d'autres uniquement un pistil. Et cela ne s'arrête pas là. Les plantes avec étamines et pistil peuvent soit s'autoféconder directement, soit être obligées de recevoir du pollen d'autres fleurs grâce au vent ou aux insectes pollinisateurs. C'est le cas par exemple de l'abricotier, de l'aubergine, du blé, du cotonnier, de l'oranger, du tabac...
Les plantes qui ont des fleurs mâles (uniquement étamines) ou des fleurs femelles (uniquement pistil) peuvent soit porter sur un même plant les deux types de fleurs, soit les porter sur des plants différents. Le premier type se rencontre chez le cèdre, le châtaignier, le maïs, le noisetier, le pin... Le second type apparaît pour l'asperge, l'épinard, le palmier-dattier, le peuplier, le saule... Il existe aussi d'autres types de combinaisons, certaines plantes présentant sur un même « individu » des fleurs avec étamines et pistil et des fleurs avec soit l'un, soit l'autre. Ou des plantes avec fleurs « complètes » côtoyant des fleurs « incomplètes ».
Enfin, le monde végétal s'est même offert ses ateliers naturels de clonage. C'est ainsi que se reproduit la « dent-de-lion », plus connue sous le nom de pissenlit, comme plus de trois cents espèces sauvages. La fleur de pissenlit, cette boule duveteuse sur laquelle tout le monde a soufflé un jour ou l'autre, contient des graines qui sont des embryons clonés naturels de la plante mère (phénomène savamment appelé apomixie). Une autre façon qu'ont les plantes de se cloner est la multiplication végétative : certaines plantes peuvent faire pousser sur leurs racines des bourgeons secondaires qui pourront se développer en plantes individuelles. Le chiendent, le muguet ou l'iris se reproduisent ainsi. C'est cette propriété qui est utilisée dans les techniques de bouturage et de marcottage pour la multiplication de certaines plantes.
Mis en part dans ces derniers cas, quand la fleur est fécondée, elle va donner des graines. Celles-ci vont s'entourer d'un organe végétal issu du pistil qui va la protéger. C'est ce que l'on appelle le fruit. Mais, là aussi, le monde végétal s'amuse. Car, pour nous, la poire ou la fraise sont des fruits tandis que l'aubergine, le haricot vert sont des légumes. En fait, l'aubergine et le haricot vert sont botaniquement... des fruits. Et la fraise n'est pas un « vrai » fruit, mais comme l'ananas ou la figue, un « faux fruit ». La fraise résulte de la transformation du réceptacle floral de la plante. Ce qui est issu du pistil, et qui donc seul mériterait le nom de fruit sont les petits grains jaunâtres disséminés à la surface de la fraise. À ce titre, la pomme ou la poire sont également de « faux fruits ».
Le terme de légume est donc botaniquement sans signification. À l'origine, il désignait les plantes à gousses, appelées « légumineuses ». C'est un terme qui a par la suite été généralisé par les cuisiniers pour désigner une plante accompagnant un plat. Il faudrait en toute rigueur parler de bulbe, tubercule, racine, feuille ou fruit. Et considérer comme des fruits les petits pois, les tomates, le poivre, les olives ou les gousses de vanille. Mais il y a fort à parier que les légumes tels que nous les connaissons actuellement ont encore de beaux jours devant eux. Toutes les chroniques de Jean-Luc Nothias sur www.lefigaro.fr/sciences.


Croquer des fraises hors saison... Ce petit luxe a un coût écologique. Avec le WWF, nous avons remonté la filière jusqu’en Espagne. Scandaleux !
"Regardez mes fraises comme elles sont belles !"...Sur les marchés français, alors que la température ne dépasse pas les 10 °C, elles nous mettent l’eau a la bouche... Et je l’avoue, j’ai parfois craqué. Mais depuis ce voyage en Espagne, je jure qu’on ne m’y reprendra plus... Les fruits sont cultivés dans une forêt totalement ravagée Janvier2007. Quittant Séville, je roule vers Huelva, entre la cute et le Guadalquivir. Sol sableux, climat doux : c’est le paradis de la fraise. Première surprise : la plupart des exploitations se trouvent au coeur d’une forêt, en lisière du parc national de Donana, l’une des principales zones humides protégées d’Europe. Ici, la forêt de pins et d’eucalyptus est ravagée. Des serres, longs tunnels de plastique blanc, y moutonnent à perte de vue. Jusqu’au vertige. Les lambeaux de plastique font partie du paysage, accrochés aux buissons de genêts ou mi-enfouis dans les ornières : ces serres en génèrent 4 500 tonnes par an ! A El Palomar, Finca Las Palomeras, Vicente, patron d’une ferme de 4 ha, observe les femmes - souvent des Roumaines ou des Polonaises -, qui récoltent les fraises. "Ici, tout est legal : je loue la terre a la ville", previent-il, méfiant. Sauf que cette terre n’a jamais été dédiée à l’agriculture. Comme Vicente, ils sont des centaines d’exploitants a cultiver des fraises en toute illégalité dans la région. Sur 5 000 ha de champs de fraises, 2 000 sont illicites, 110 se trouvent même en zone protégée ! Mais le summum de l’absurdité est atteint avec l’irrigation : les producteurs doivent creuser des puits pour abreuver leurs champs. Dans la moitié des cas, ils n’ont aucune autorisation. Vicente se plaint : "Il y a deux ans, on trouvait de l’eau a 7 m. Aujourd’hui, il faut descendre à 30 m !" Et demain, s’il n’y a plus une goutte ? "On ira la chercher a la rivière !" affirme-t-il.
La rivière en question, la Rocina, est pourtant déjà mal en point. Elle est a sec de juillet à octobre. A cause des forages illégaux, en trente ans, le sous-sol a perdu 50 % de son eau ! "Ce qui reste est concentré en nitrates. Le terrain s’affaisse, et la végétation se dessèche", s’alarme Javier Serrano, commissaire à l’eau pour le bassin du Guadalquivir. "Les forages sont interdits depuis 2005, explique-t-il. Creuser un puits est passible de 3 000 euros d’amende". L’Etat en a fermé vingt... sur plus de 1 300 ! "C’est peu, reconnait M. Serrano, mais c’est délicat de priver d’activité des fermiers qui vivent ici depuis vingt ans." En attendant, chacun se sert. "A ce rythme, s’inquiète Guido Schmidt, délégue eau douce du WWF espagnol, cette région marécageuse pourrait se transformer en savane !" Que faire alors ? Pour le WWF, la solution passe par une culture légale et raisonnable, mais seule la ferme pilote de Guaperal, près d’El Monte, la pratique. Autre solution, pour que les fraises d’hiver ne nous laissent pas en bouche un gout amer : en manger en juin. Simplement. Comme avant.


Fasciné par le monde social des abeilles, qu'il compare au nôtre, Olivier Darné, apiculteur original, a installé ses ruches en banlieue parisienne. En créant le Miel Béton, il a valorisé l'environnement urbain et a suscité la curiosité des habitants qui ont découvert, ici ou là, le goût de leur cité. Enfin, il a stimulé un dialogue. Une bien belle récolte.
Olivier aime les abeilles, leur organisation sociale proche de celle des hommes, leur besoin de diversité pour se nourrir et vivre. Plasticien et apiculteur urbain, Olivier Darné a installé ses premières ruches sur son toit, à Saint-Denis (93) voilà une dizaine d'années. Et, surprise, il a récolté 40 kilos de miel. «Ce n'était pas l'objectif au départ. Mais découvrir le goût du miel, et donc le goût de mon quartier puisque les abeilles butinent dans un rayon de 3 km autour de la ruche, m'a beaucoup plu. Cette récolte révélait les ressources sauvages insoupçonnées de la ville, des interactions entre l'homme et son milieu.»
Il a partagé ces premiers pots avec des amis, des gens de ce quartier populaire. Quand un gamin qui goûtait à la douceur a lancé : «Il est béton ton miel ! ». Ainsi est né le «Miel Béton», garanti pur soleil et mille fleurs de Paris-banlieue.
Olivier a ensuite multiplié les ruches. En 2000, il installe un rucher expérimental sur le toit de la mairie de Saint-Denis : l'idée est de faire raconter par 80 000 abeilles les ressources de la ville. La population est invitée à des dégustations et découvre la richesse d'un territoire trop souvent considéré comme peu fréquentable.
«Un peu par jeu, un peu par curiosité, j'ai envoyé le Miel Béton au concours régional agricole. Depuis 2001, chaque année, il est médaille (or, argent, bronze).» Paradoxe : les analyses polliniques des différents crus de Miel Béton ont révélé une grande complexité aromatique. Le Miel Béton se compose de 350 pollens de fleurs et s'avère bien plus riche que la plupart des miels de campagne ! Car les agriculteurs, en arrachant les haies, en supprimant les prairies fleuries, en unifiant les paysages avec des monocultures de maïs, tournesol et betteraves, ont banalisé les environnements. Finie la diversité, les abeilles n'ont rien à butiner dans cette campagne, qui ressemble à la campagne, mais n'a plus le goût de la campagne. La ville, avec cette étonnante biodiversité, serait-elle en train de devenir l'eden que la campagne n'est plus ?
Olivier Darné poursuit ses expérimentations. Il installe ses ruches, ses abeilles et ses questions sur les trottoirs de Saint-Denis, d'Aubervilliers, de Paris, de Roubaix, de Marseille... «Installer une ruche quelque part, cela consiste à poser un centre de prospection et à tracer autour un cercle de 3 km de rayon. Ce territoire invisible couvre une superficie d'environ 3 000 ha. Elle représente approximativement la zone de butinage de l'abeille. Le Miel Béton traduit, en goût, la géographie et l'histoire de cet environnement. C'est une accumulation d'anecdotes de butinage, une ville mise en pots.»
D'où vient cette capacité des villes à créer une telle diversité florale ? Les zones de friche, les jardins ouvriers, les alignements d'arbres, les squares, les zones d'activités, les fleurissements de terrasses, de balcons, d'appuis de fenêtres, de ronds-points influencent la récolte... Faut-il voir dans cette capacité de la ville à créer de la mixité végétale, un écho à sa difficulté à créer de la mixité sociale?
«Quelles images nous renvoient ces abeilles et leur miel dans une métropole ou se croisent les peuples et les cultures ? Quelle idée de nature voulons-nous en ville ? Avec leur rayon de butinage, les abeilles concentrent un milieu urbain visible et invisible, accessible ou non, constitue d'espaces publics sauvages aménagés et secrets. Nos villes se caractérisent par la "biodiversité culturelle" des hommes qu'elles abritent. L'abeille agit comme le révélateur de cette richesse», analyse Olivier Darné.
A Villetaneuse, au pied des tours, avec l'aide de quelques habitants, Olivier investit un terrain en friches, le nettoie, le clôt. Il s'improvise botaniste et plante des pieds de menthe à côtés des fleurs sauvages qui y poussent. Un peu plus tard, tout le quartier viendra discuter, échanger et déguster du thé à la menthe, sucré au Miel Béton.
Quand Olivier pose un grand conteneur normalisé bleu sur une place, les passants approchent et posent des questions. Cette benne, outil transhumant, est aménagée en ruche et permet la «pollinisation de la ville». Autour d'elle, il délimite une « zone de butinage» ou «zone sensible» avec des bandes de couleur. Olivier dispose ensuite des chaises longues et invite les curieux à faire une sieste sous les abeilles. II récolte en même temps des histoires qui témoignent des pratiques de la ville, de la vision et des envies de chacun. II conçoit également des ateliers avec des enfants, qui découvrent la vie de la ruche, font la récolte et se partagent avec bonheur le «bu tin». La peur, au fil du temps, devient curiosité. Car, comme aime a le dire Olivier Darné en parodiant la célèbre maxime : «Le temps, ce n'est pas que de l'argent, c'est parfois du miel. Time is honey ! »
Graphiculteur : vient de graphiste et apiculteur
Miel béton : nectar urbain, riche, complexe, produit par des ouvrières, qui nous donne à goûter un quartier de notre ville.
Pollinisation de la ville : désigne une pratique qui consiste à inviter des abeilles dans l'espace public des villes, à provoquer des questions et à ouvrir des champs libres, en ville.
Zone sensible : alors que, pour certains, la terminologie «zone sensible» est un euphémisme qui signifie plutôt «zone à risque» en territoire urbain, Olivier Darné cherche à lui redonner son sens premier, c'est-à-dire zone de sensibilité, de sens.